Les arrestations de dirigeants syndicaux se poursuivent

14/03/2006
Communiqué
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La Confédération internationale des syndicats libres (CISL) et l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, programme conjoint de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), expriment leur plus vive préoccupation sur la dégradation continue de la situation des défenseurs des droits syndicaux à Djibouti : répression de mouvements de grèves, licenciements abusifs, poursuites judiciaires, arrestations et détentions arbitraires se multiplient depuis septembre 2005 à l’encontre des syndicalistes indépendants.

L’arrestation par la police, le 11 mars 2006, de M. Adan Mohamed, secrétaire général de l’Union djiboutienne du Travail (UDT), et de M. Hassan Cher Hared, secrétaire aux relations internationales de l’UDT, illustre cette situation. Après avoir été appréhendés, l’un à son domicile, l’autre sur son lieu de travail, ils ont tous deux été conduits dans les locaux de la Brigade Criminelle, sans qu’aucun mandat ne leur ait été présenté.

Selon les informations reçues, MM. Mohamed et Cher Hared auraient été déférés devant un juge d’instruction pour interrogatoire, puis inculpés de « livraison d’informations à une puissance étrangère » (articles 137 à 139 du Code pénal djiboutien), avant d’être placés sous mandat de dépôt à la prison civile de Gabode. Ils n’auraient eu accès ni à un avocat ni à un médecin.

La CISL et l’Observatoire condamnent très fermement ces arrestations qui constituent un nouvel acte de représailles à l’encontre des activités de défense des libertés syndicales menées par les membres de l’UDT. Ces arrestations font suite à celles de M. Mohamed Ahmed Mohamed, responsable aux affaires juridiques de l’Union des Travailleurs du port (UTP) de Djibouti, et de M. Djibril Ismael Egueh, secrétaire général du Syndicat du personnel maritime et du service de transit (SP-MTS), deux organisations affiliées à l’UDT, le 5 mars 2006. Tous deux ont également été accusés de « livraison d’informations à une puissance étrangère » après être revenus d’une formation syndicale en Israël dispensée par la centrale syndicale israélienne Histadrut. Ils sont toujours détenus à la prison de Gabode.

Ces arrestations interviennent également après le dépôt d’une plainte adressée par l’UDT au Bureau international du travail (BIT), au sujet des licenciements et mise en pré-retraite abusifs dont ont été victimes 12 dirigeants et militants syndicaux du port de Djibouti, dont M. Mohamed Ahmed Mohamed, en septembre 2005. Cette plainte avait été interceptée à la poste de Djibouti par les services de sécurité. Depuis lors, les défenseurs djiboutiens des droits économiques et sociaux, en particulier les membres de l’UDT, ont dû faire face à des actes de harcèlement récurrents (cf. appels urgents de l’Observatoire DJI 001/0206/OBS 016, 016.1, 016.2 et 016.3 et rapports de la CISL).

L’Observatoire et la CISL considèrent que ces arrestations et les charges pesant contre MM. Adan Mohamed, Hassan Cher Hared, Mohamed Ahmed Mohamed et Djibril Ismael Egueh sont arbitraires, en ce qu’elles ne visent qu’à sanctionner leurs activités en faveur des libertés syndicales à Djibouti.

L’Observatoire et la CISL demandent par conséquent aux autorités djiboutiennes de :

· procéder à leur libération immédiate et inconditionnelle en l’absence de toutes charges valables à leur encontre ;

· garantir l’accès des prévenus à un avocat et à un médecin tel que garantis par le Code de procédure pénale djiboutien en ses articles 64-4 et 65-2 ;

· se conformer aux dispositions des Conventions n° 87 et 98 de l’Organisation internationale du travail (OIT) portant sur la liberté syndicale et notamment le droit d’organisation et de négociation collective, dont le caractère contraignant s’applique en vertu de l’appartenance de Djibouti à l’OIT ;

· se conformer aux dispositions du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ratifié par Djibouti en novembre 2002, ainsi qu’aux dispositions de la Déclaration des Nations unies sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 9 décembre 1998, notamment son article 5c) qui prévoit qu’"afin de promouvoir et protéger les droits de l’Homme et les libertés fondamentales, chacun a le droit, individuellement ou en association avec d’autres, aux niveaux national et international, de communiquer avec des organisations non gouvernementales ou intergouvernementales".

Pour plus d’informations, merci de bien vouloir contacter :

Ø CISL : 0032 476 62 10 18
Ø FIDH : 00 33 1 43 55 25 18
Ø OMCT : 00 41 22 809 49 39

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