Les ONG accusées de diffuser des informations fausses et « sensationnelles »

Communiqué conjoint de la FIDH et de l’ACAT Littoral à la suite de l’examen du Cameroun par le Comité des Nations unies contre la Torture

21/11/2003
Communiqué
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La Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et l’ACAT Littoral ont observé la session du Comité des Nations unies contre la torture, à l’occasion de l’examen du troisième rapport périodique du gouvernement du Cameroun.

Alors que les organisations se félicitent des observations finales et des recommandations du Comité, elles expriment leur désaccord et leur déception quant aux informations soumises par le gouvernement du Cameroun au Comité. Elles déplorent également l’attitude du gouvernement envers la société civile camerounaise, cette dernière étant accusée de fournir de fausses informations au Comité, dans le but de diffuser des informations « sensationnelles ».

Le gouvernement a donné une image du pays radicalement différente de celle que la FIDH a pu observer lors de sa dernière mission d’enquête au Cameroun en août 2003, et qui a fait l’objet d’un rapport intitulé : « Cameroun, la torture : une réalité « banale », une impunité systématique ». Le gouvernement a démenti presque toutes les préoccupations de la FIDH et de l’ACAT Littoral concernant la pratique de la torture au Cameroun, et notamment les préoccupations suivantes :

1.Le gouvernement a démenti les problèmes de l’indépendance du système judiciaire. Il a également affirmé que les cas de corruption sont isolés et que le gouvernement la combat activement. La FIDH et l’ACAT sont particulièrement préoccupées par ces affirmations, alors que la corruption et l’absence d’indépendance du judiciaire sont les causes d’impunité de la majorité des personnes coupables de torture. Nos organisations partagent l’opinion du Comité, qui affirme que les victimes et leurs familles sont fréquemment intimidées et par voie de conséquence n’osent pas dénoncer les auteurs de torture.

2.La FIDH et l’ACAT Littoral partagent les préoccupations du Comité concernant les terribles conditions de santé et les traitements dégradants dont souffrent plusieurs centaines de détenus dans le pays. Nos organisations déplorent que le gouvernement ait démenti le nombre de prisonniers décédés, particulièrement au centre de détention de Douala. Elles espèrent que le gouvernement, en conformité avec les recommandations du Comité, ouvrira immédiatement une enquête indépendante en cette matière. Nos organisations considèrent également que l’absence de mécanisme de supervision efficace des centres de détentions ne peut se justifier par des « contraintes budgétaires », comme le prétend le gouvernement. Les organisations accueillent avec enthousiasme les recommandations du Comité, demandant au gouvernement de permettre la visite des centres de détention par les ONG.

3.Nos organisations partagent les profondes préoccupations du Comité concernant les longues périodes de détention pratiquées par la police, qui sont apparemment légales sous la loi camerounaise, notamment lors de la proclamation de l’état d’urgence. Les organisations rappellent que la prohibition de pratique de la torture, des traitements inhumains ou dégradants, est un droit indérogeable, qui ne peut dont être suspendu pendant l’état d’urgence.

4.Nos gouvernement a assuré qu’il combattait efficacement le « système judiciaire » coutumier « illégal » des « Lamidos », qui pratiquent largement la torture. A l’opposé de ces affirmations, la FIDH, lors de sa mission d’enquête, avait observé qu’en pratique aucune action n’était prise pour empêcher les Lamidos de poursuivre leurs pratiques. A cet égard, les organisations accueillent les recommandations du Comité demandant des informations détaillées sur les sanctions et autres mesures prises par le gouvernement contre les pratiques illégales des « Lamidos ».

5.Nos organisations déplorent que le gouvernement ait exploité des « contraintes de temps » pour éviter de donner des explications à propos de différents cas de personnes présumées torturées, et qui ont été mentionnées par les experts durant la session. De plus, le gouvernement a accusé plusieurs ONG de fournir de fausses informations au Rapporteur Spécial des Nations Unies sur des cas de torture subis particulièrement par les défenseurs des droits de l’Homme. Le gouvernement a nié tout acte de torture contre ces personnes qualifiées de « fauteurs de troubles ».

6.En ce qui concerne l’affaire des « 9 de Bepanda », dans laquelle un nombre toujours inconnu de personnes ont été présumées tuées par le « Commandement opérationnel » lors de leur détention, le gouvernement a prétendu que les personnes concernées se seraient probablement évadées de leur centre de détention. Ils ont également affirmé que cette affaire était instrumentalisée par la presse, l’Eglise et d’autres « groupes » et que des personnes se prétendant membres des familles de victimes ont tenté de gagner de l’argent avec cette affaire. « C’est un outrage aux familles de victimes » a répondu Madeleine Afité de l’ACAT Littoral.

La FIDH et l’ACAT Littoral appellent les autorités à mettre en oeuvre, de manière urgente, les recommandations du Comité des Nations unies contre la Torture, et de respecter et de garantir la liberté d’action des défenseurs des droits de l’Homme au Cameroun.

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