Harcèlement / Menaces graves

02/12/2003
Appel urgent

L’Observatoire pour la Protection des Défenseurs des Droits de
l’Homme, programme conjoint de la FIDH et de l’OMCT, vous prie
d’intervenir d’urgence à propos de la situation suivante au Cameroun.

Description des faits :

L’Observatoire a été informé d’actes extrêmement graves de
harcèlement à l’encontre des défenseurs des droits de l’Homme,
notamment depuis la parution fin octobre du rapport de la FIDH " la
torture au Cameroun, une réalité banale, une impunité systématique ".
Les membres des associations non gouvernementales camerounaises
rencontrées par les chargés de mission aux besoins de leur enquête se
trouvent aujourd’hui menacés et entravés dans leurs activités.

Le Ministre camerounais de la Communication, Pr. Jacques Fame Ndongo,
a récemment dénigré, par médias interposés (ex : édition du Messager
du 19 novembre 2003), le travail de la FIDH et de ses " affidés "
qui, selon lui, avait pour but d’ " instrumentaliser le peuple
camerounais et de désinformer l’opinion publique ". Ces propos
confirment la crainte des ONG d’être considérées comme " les ennemis
du pouvoir, cherchant à détruire l’image du pays à l’extérieur ".

Le 22 novembre, une personne non identifiée s’est présentée au Bureau
du Human Rights Defence Group (HRDG), basé à Bamenda, demandant à la
Directrice, Madame Franka Nzounkekang, de la suivre pour rencontrer
une victime de mauvais traitements. Inquiète, Franka Nzounkekang a
refusé l’invitation. Dans le même temps, le frère de la directrice
apercevait dans la voiture de l’inconnu trois autres individus ainsi
qu’un attirail suspect, une bouteille de gaz et un tube.
Le 24 novembre, un agent de sécurité a confirmé à la secrétaire de
l’association, qu’une mission spéciale était en préparation contre
l’HRDG et que l’arrestation de Franka Nzounkekang était dores et déjà
prévue.
Le 26 novembre, dans la soirée, le taxi de Franka Nzounkekang était
suivi par une voiture conduite par deux individus non identifiés.
Le 27novembre, un coup de téléphone anonyme avertissait la directrice
qu’une personnalité officielle de haut rang avait ordonné son
assassinat.

Par ailleurs, à Kousseri, à 275 Km de Maroua, deux membres du
Mouvement pour la défense des droits de l’Homme et des libertés
(MDDHL), présidé par Abdulaye Math, ont aussi été inquiétés par la
force publique en fin de semaine dernière. Le domicile d’Alh Wakil
mahammat a été perquisitionné, le 29 novembre, sans motif légal.
Bouba Dirva a, quant à lui, reçu la visite le 28 novembre à 23
heures, de deux gendarmes armés, mais en tenue civile, qui lui ont
signalé qu’ " il était sur la liste des recherchés ". Ils sont
finalement partis en lui extorquant la somme de 100.000 FCFA.

Parallèlement, les bureaux de l’ACAT-Douala sont sous surveillance
d’hommes suspects. Sa responsable, Madeleine Afité, spécifiait à
l’Observatoire qu’elle avait pu constater, le lendemain de son retour
de Genève où elle participait à la session ordinaire du Comité contre
la torture, que les serrures de son lieu de travail et du foyer
avaient été forcées.
Le 28 novembre, aux environs de 21 heures, trois hommes en tenues ont
été repérés sillonnant les alentours du domicile des parents de Mme 
Afité. Au même moment, elle recevait des coups de fil anonymes de
personnes cherchant à savoir où elle se trouvait.

L’Observatoire condamne fermement les menaces et harcèlements
perpétrés à l’encontre des membres d’ONG camerounaises en violation
manifeste de la Déclaration des Nations unies de 1999 sur les
défenseurs des droits de l’Homme. L’Observatoire rappelle aux
autorités camerounaises qu’il est de leur devoir d’assurer la
sécurité de tous ces citoyens conformément aux dispositions du Pacte
international relatif aux droits civils et politiques. L’Observatoire
considère ainsi le gouvernement camerounais comme principal
responsable de toutes atteintes physiques et morales à l’encontre de
Franka Nzounkekang, Madeleine Afité, Abdulaye Math et de leurs
collaborateurs. Dans le contexte prévalant au Cameroun, de telles
menaces et harcèlements contre ces personnes, les exposent à un
véritable danger. L’Observatoire craint pour l’intégrité physique et
psychologique des personnes citées ci-dessus.

Actions demandées :

Merci d’écrire aux autorités camerounaises et de leur demander de :

i. garantir l’intégrité physique et psychologique de Franka
Nzounkekang, Madeleine Afité, Abdulaye Math et de leurs
collaborateurs ;
ii. mettre fin à toute forme de harcèlement à l’encontre des
défenseurs des droits de l’Homme au Cameroun ;
iii. se conformer aux dispositions de la Déclaration sur les
défenseurs des droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée Générale
des Nations unies le 9 décembre 1998, en
particulier à l’article l’article 1, qui dispose que " chacun a le
droit, individuellement ou en association avec d’autres, de
promouvoir la protection et la réalisation des droits
de l’Homme et des libertés fondamentales aux niveaux national et
international " et à l’article 6 (b) précité.
iv. se conformer aux dispositions des instruments internationaux
relatifs aux droits de l’Homme liant le Cameroun et notamment celles
du Pacte international relatif aux
droits civils et politiques portant sur le droit pour tout individu à
la liberté et à la sécurité de sa personne.

Adresses :

- Monsieur Paul Biya, Président de la République du Cameroun (fax) :
+237 222 08 70
- Ministre de l’Administration territoriale (tél) : +237 223 10 56
- Ministre de la Justice (tél) : +237 222 21 54
- Gouverneur de la province extrême nord (tél) : +237 229 14 61 ou
+237
229 22 03
- Procureur général (tél) : +237 229 33 03
- Président du Comité national des droits de l’Homme et des libertés
(CNDHL) (tél) : +237 222 61 17
- Ambassade du Cameroun dans vos pays respectifs

Paris - Genève, le 02 décembre 2003

Merci de bien vouloir informer l’Observatoire de toutes actions
entreprises en indiquant le code de cet appel.

L’Observatoire, programme de la FIDH et de l’OMCT, a vocation à
protéger les défenseurs des droits de l’homme victimes de violations
et à leur apporter une aide aussi concrète que possible.
L’Observatoire a été lauréat 1998 du Prix des Droits de l’Homme de la
République Française.

Pour contacter l’Observatoire, appeler La Ligne d’Urgence :
E-mail : observatoire@iprolink.ch
Tel et fax FIDH : 33 (0) 1 43 55 20 11 / 01 43 55 18 80
Tel et fax OMCT : +4122 809 49 39 / 41 42 809 49 29

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