Cameroun : Intensification des menaces visant la directrice exécutive du REDHAC, Mme Maximilienne Ngo Mbe

08/04/2013
Appel urgent

L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, programme conjoint de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), vous prie d’intervenir de toute urgence sur la situation suivante au Cameroun.

Description de la situation :

L’Observatoire a été informé par le Réseau des défenseurs des droits humains de l’Afrique centrale (REDHAC) de l’intensification des menaces visant sa directrice exécutive, Mme Maximilienne Ngo Mbe, ainsi que les membres de sa famille.

Selon les informations reçues, le 5 avril 2013, des individus non identifiés ont tenté d’enlever le fils de Mme Maximilienne Ngo Mbe alors qu’il se trouvait à l’école. Cette tentative intervient alors que depuis plusieurs semaines, Mme Maximilienne Ngo Mbe et ses enfants sont la cible de menaces violentes proférées par téléphones et SMS. Par exemple, le 22 mars 2013 à 9h30, elle a reçu le SMS suivant « Comme tu pense que tu es indomptables parce que tu es en contact avec les représentations diplomatiques, tes enfants payerons à ta place » en provenance du numéro : +237 76 10 05 79 ; le 26 mars, le SMS suivant « Bonjour espèce de SALOPE NOUS SOMMES TOUT PRET DU BUT TES ENFANT ST DANS NOTRE Collimateur Ta vie va être brise bientôt » envoyé par le même expéditeur ; le 1er avril le message « ’SALE PUTE TA VIE ET CELLE DE TES DEUX PETITS MORPIOPNS SONT ENTRE NOS MAINS CE N’EST QU’UNE QUESTION DE TEMPS TU N’ES QU’UNE PPAUVRE FILLE. NOTRE PAYS VA BIEN GRACE A NOTRE PPRESIDENT. NOUS ALLONS TE METTRE HORS D’ETAT DE NUIRE » d’un numéro inconnu ; le 2 avril le message « ’’FAIS TOIS DES ALLIES BAMILEKE COMME LE MESSAGER CELA NE CHANGERA RIEN A CE QUE TES BATARDS VONT SUBIR TRES BIENTOT PAUVRE PION ET PUTE’ » ; le 27 avril « NOUS SAVONS QUE VOUS AVEZ RENCONTRE DEUX PERSONNES HIER ’’avocate et officier’’ NOUS VOUS CONSEILLONS DE NE PPAS LES METTRE EN DIFFICULTE ; TES ENFANTS SONT A SAKER, COMME TU VEUX VENDRE LE PAYS A L’EXTERIEUR NOUS ALLONS LES CUEILLIR. ESPECE DE PION » d’un numéro inconnu.

En outre, Mme Maximilienne Ngo Mbe aurait également été victime de filatures et d’écoutes téléphoniques et d’autres actes d’intimidation de la part des services de renseignement.

Ces actes font suite à l’hébergement par le REDHAC de la première rencontre du Réseau pan-africain des défenseurs des droits humains les 18-22 mars 2013. Durant le séminaire des éléments des renseignements généraux avaient tenté de s’introduire à cette réunion. Mme Maximilienne Ngo Mbe leur avaient demandé de quitter la salle, la réunion n’étant réservée qu’aux délégués du réseau. Plus généralement, il est reproché à Mme Maximilienne Ngo Mbe toutes ces activités de défense des droits de l’Homme.

Les actes d’intimidation visant Mme Maximilienne Ngo Mbe ne sont pas nouveaux. En septembre 2012, la nièce de Mme Maximilienne Ngo Mbe a été enlevée et violée à la sortie de l’école. Selon les informations reçues, les ravisseurs auraient confondu cette dernière avec la fille de Mme Maximilienne Ngo Mbe.

Mme Maximilienne Ngo Mbe a porté plainte auprès de la police et au délégué à la sûreté nationale suite à ces incidents. Néanmoins, toutes les plaintes et demandes de protection portées auprès des autorités compétentes restent sans suite jusqu’à ce jour.

L’Observatoire s’inquiète et dénonce fermement la multiplication des menaces et des agressions visant Mme Maximilienne Ngo Mbe et sa famille, qui visent manifestement à entraver les actions de défense des droits de l’Homme de Mme Maximilienne Ngo Mbe.

En conséquence, l’Observatoire demande aux autorités camerounaises de prendre immédiatement toutes les mesures nécessaires pour assurer la protection de Mme Maximilienne Ngo Mbe et de sa famille et de mener sans délais une enquête exhaustive, indépendante, effective, rigoureuse, impartiale et transparente quant aux faits décrits ci-dessus, afin d’identifier les responsables, de les traduire devant un tribunal indépendant, compétent et impartial conformément aux instruments internationaux et régionaux de protection des droits de l’Homme, et d’appliquer les sanctions pénales, civiles et/ou administratives prévues par la loi.

Actions requises :

L’Observatoire vous prie de bien vouloir écrire aux autorités camerounaises en leur demandant de :

i. Garantir en toutes circonstances l’intégrité physique et psychologique de Mme Maximilienne Ngo Mbe et de sa famille, ainsi que de l’ensemble des défenseurs des droits de l’Homme au Cameroun ;

ii. Mettre un terme à toute forme de harcèlement à l’encontrede Mme Maximilienne Ngo Mbe, ainsi qu’à celle de l’ensemble des défenseurs des droits de l’Homme au Cameroun, afin qu’ils puissent exercer leurs activités de défense des droits de l’Homme librement et sans entrave ;

iii. Mener sans délais une enquête exhaustive, indépendante, effective, rigoureuse, impartiale et transparente quant aux faits décrits ci-dessus, afin d’identifier les responsables, de les traduire devant un tribunal indépendant, compétent et impartial conformément aux instruments internationaux et régionaux de protection des droits de l’Homme, et d’appliquer les sanctions pénales, civiles et/ou administratives prévues par la loi

iv. Se conformer aux dispositions de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 9 décembre 1998, et plus particulièrement :

- son article 1 qui stipule que “chacun a le droit, individuellement ou en association avec d’autres, de promouvoir la protection et la réalisation de tous les droits de l’Homme et de toutes les libertés fondamentales aux niveaux national et international” ;

- et son article 12.2 qui prévoit que « l’Etat prend toutes les mesures nécessaires pour assurer que les autorités compétentes protègent toute personne, individuellement ou en association avec d’autres, de toute violence, menace, représailles, discrimination de facto ou de jure, pression ou autre action arbitraire dans le cadre de l’exercice légitime des droits visés dans la présente Déclaration » ;

v. Plus généralement, se conformer aux dispositions de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’Homme ratifiés par le Cameroun.

Adresses :

· M. Paul Biya, Président de la République, Présidence de la République, Palais de l’Unité, 1000 Yaoundé, Cameroun, Fax +237 222 08 70
· M. Philémon Yang, Premier ministre et Chef du gouvernement, Primature du Cameroun, Fax : +237 22 23 57 35 et courriel : spm@spm.gov.cm
· M. Laurent Esso, Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Ministère de la Justice, 1000 Yaoundé‚ Cameroun, Fax : + 237 223 00 05
· M. Alain Edgard Mebe Ngo’o, Ministre Délégué à la Présidence de la République chargée de la Défense B.P1000 Yaoundé‚ Cameroun, Fax +237 223 59 71
· M. SADI René Emmanuel, Ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, Fax : + 237 222 37 35
· Président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme et des Libertés (CNDHL), Tel : +237 222 61 17, Fax : +237 222 60 82, E-mail : cndhl@iccnet.cm
· Mission permanente de la République du Cameroun auprès de l’Office des Nations Unies à Genève, rue du Nant 6, 1207 Genève, Suisse, Fax : + 41 22 736 21 65, Email : mission.cameroun@bluewin.ch
· Ambassade de la République du Cameroun à Bruxelles, 131 av. Brugmann, 1190 Forest, Belgium, Tel : + 32 2 345 18 70 ; Fax : + 32 2 344 57 35 ; Email : ambassade.cameroun@skynet.be

Prière d’écrire également aux représentations diplomatiques du Cameroun dans vos pays respectifs.

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