Burkina Faso : Nos organisations appellent au calme et au respect par les autorités de leurs engagements démocratiques

30/10/2014
Communiqué
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Ouagadougou, Paris, le 30 octobre 2014 – La FIDH et le MBDHP condamnent les violences survenues ce matin au Burkina Faso et appellent les manifestants et les forces de sécurité au calme. D’après les informations recueillies par nos organisations, des milliers de manifestants, opposés au projet de loi portant révision de l’article 37 de la Constitution burkinabè, auraient pris d’assaut, saccagé et pillé les locaux de l’Assemblée nationale ainsi que ceux de la Radio Télévision du Burkina (RTB) dont le signal n’émet plus.

« Cette situation est fort préoccupante et nous craignons qu’elle ne dégénère et soit propice à de graves violations des droits humains. Les tensions engendrées au sein de la société burkinabè par l’annonce du gouvernement, y compris chez les jeunes qui n’ont connu d’autre régime que celui de M. Compaoré, sont très vives » a déclaré Chrysogone Zougmoré, Président du MBDHP.


Le 21 octobre dernier, le gouvernement avait annoncé, à l’issue d’un Conseil des Ministres, un projet de loi portant révision de l’article 37 de la Constitution burkinabè visant à supprimer la limitation des mandats présidentiels et ainsi permettre à Blaise Compaoré, au pouvoir depuis 1987, de briguer un cinquième mandat. Ce projet de loi devait être examiné aujourd’hui par l’Assemblée Nationale. La FIDH et le MBDHP condamnent ce processus de révision constitutionnelle contraire aux obligations internationales du Burkina Faso et rappellent que la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, ratifiée par le Burkina en 2010, prévoit, en son article 23, des sanctions en cas « [d’]amendement ou [de] révision des Constitutions ou des instruments juridiques qui porte atteinte aux principes de l’alternance démocratique »

« En voulant se maintenir au pouvoir au prix d’une nouvelle révision de la Constitution, Blaise Compaoré, au pouvoir depuis 27 ans, revient sur ses engagements. Et, en proposant cette révision à seulement quelques mois des présidentielles, il contrevient aussi aux engagements de l’Etat burkinabè vis à vis de l’Union Africaine et de la CEDEAO. Il est encore temps de faire machine arrière. Le vote des burkinabé doit pouvoir compter », a déclaré Me Drissa Traoré, vice président de la FIDH.

L’annonce du gouvernement a été suivie par de vives protestations, notamment dans les rangs des partis politiques de l’opposition et de la société civile. Mardi 28 octobre, une manifestation rassemblant des centaines de milliers de participants opposés au projet s’est tenue dans la capitale, et s’est soldée par de nombreux affrontements entre forces de l’ordre et manifestants.

L’annonce de la fermeture des établissements scolaires pour toute la semaine témoigne également d’un contexte social particulièrement tendu, amplifié par les déclarations de certains leaders politiques. "Si une seule case d’un militant de la majorité est enflammée, normalement dans vos communes, dans vos secteurs, on ne devrait plus trouver une case de responsables de l’opposition débout", avait déclaré samedi 25 octobre, Assimi Kouanda, chef de file du parti présidentiel, ajoutant à l’intention des responsables provinciaux du parti : "Si quelqu’un se hasarde à toucher à une de vos mamans ou de vos soeurs, un de vos papas ou de vos grand-frères, (...) cette personne-là ne touchera plus à quelqu’un". Nos organisations condamnent ces déclarations et appellent les autorités et les manifestants à la retenue.

« Mon vote doit compter »
Entre 2014 et 2016, 52 élections dont 25 élections présidentielles doivent se tenir dans 27 pays africains. Pour éviter les manipulations, fraudes et violences dues aux élections tronquées, la société civile africaine et internationale a décidé de se mobiliser au sein de la coalition « Mon vote doit compter ». Les sociétés civiles exigent des gouvernants qu’ils respectent leur droit légitime à choisir librement leurs représentants à occasion d’élections régulières, libres, et transparentes, par une mobilisation publique, des actions de terrains et un plaidoyer politique en amont de chaque scrutin jusqu’en 2016.

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