ANGOLA : De la théorie à la pratique Il est temps de garantir la capacité d’action des défenseurs des droits de l’Homme

22/05/2013
Communiqué
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L’Observatoire pour la Protection des défenseurs des droits de l’Homme, un programme conjoint de la Fédération Internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et de l’Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT), a mené une mission d’enquête en Angola, du 21 avril au 1er mai 2013, pour analyser le contexte dans lequel les défenseurs des droits de l’Homme opèrent dans ce pays. Les chargés de mission ont notamment pu rencontrer des membres d’organisations de défense des droits de l’Homme, des journalistes, avocats, artistes ainsi que des représentants des autorités nationales, des partis politiques et des missions diplomatiques. Les témoignages et analyses recueillis au cours de la mission ont révélé un environnement marqué par la persistance d’obstacles à la capacité des défenseurs des droits de l’Homme à mener leurs activités sans entraves, en dépit d’un engagement affiché des autorités angolaises à renforcer leur dialogue et coopération avec la société civile sur les questions de droits de l’Homme.

10 ans après la fin d’une guerre longue de 30 ans, qui a fait un million de morts et contraint un tiers de la population au déplacement forcé, alors que l’Angola jouit d’une fructueuse manne pétrolière et d’une influence politique grandissante sur les scènes régionales et internationales et en dépit de l’adoption récente de réformes législatives et institutionnelles visant à garantir le respect des droits et libertés fondamentales, de nombreux défis relatifs aux droits de l’Homme doivent encore être relevés pour mettre ce pays sur les rails de la démocratie et de l’État de droit. Dans un contexte socio-politique encore marqué par une pauvreté généralisée, une corruption endémique et par la marginalisation de l’opposition, les défenseurs des droits de l’Homme angolais font face à plusieurs types d’obstacles les empêchant de surveiller, documenter et dénoncer les violations des droits de l’Homme de façon adéquate.

La mission a permis de recueillir de nombreux témoignages de défenseurs, y compris de journalistes, systématiquement sujets au harcèlement judiciaire et administratif, aux menaces et à diverses formes de restrictions quant à leur liberté d’association, d’expression et/ou de réunion, en particulier lorsqu’ils traitent de questions « sensibles » liées à la gouvernance, l’accès à la justice, la corruption, les expulsions forcées, l’exploitation des ressources naturelles ou encore la situation dans la province du Cabinda. Les chargés de mission ont également recueilli des informations concernant l’évolution et les difficultés rencontrées par le mouvement de jeunes qui a émergé début 2011, et qui appelle à la fin d’un système politique basé sur le clientélisme, les inégalités et le manque de transparence. Les entraves structurelles au travail des défenseurs des droits de l’Homme ont également été soulevées au cours de cette mission. Le processus d’enregistrement des ONGs reste complexe, coûteux et opaque et le secteur des ONGs est bloqué par un manque certain de ressources humaines et financières.

De plus, d’après les informations recueillies, l’institution judiciaire est perçue comme subordonnée à l’orientation, l’influence et la pression politique, et ne joue pas le rôle crucial qu’elle devrait pourtant jouer en faveur de la défense, la protection et la mise en œuvre des droits et libertés fondamentales, un contexte qui entrave sérieusement l’efficacité des actions menées par les défenseurs des droits de l’Homme.

« L’Angola fait face à d’immenses défis en matière de droits de l’Homme qui nécessitent l’implication de tous les acteurs concernés. Les militants des droits de l’Homme ont un rôle clé à jouer dans le processus de renforcement de la démocratie et de l’état de droit. Malgré la volonté déclarée des autorités angolaises de respecter leurs engagements nationaux et internationaux en matière de droits de l’Homme, les informations recueillies lors de notre mission dépeignent un environnement marqué par une méfiance persistante à l’encontre des voix dissidentes, un contexte que nous considérons comme préjudiciable à la construction d’une société civile forte et durable » a déclaré le Juge Thomas Masuku, qui conduisait la mission.

L’Observatoire publiera prochainement un rapport de mission complet sur la situation des défenseurs des droits de l’Homme en Angola contenant des recommandations spécifiques adressées aux autorités et visant à garantir les droits des défenseurs des droits de l’Homme dans ce pays.

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