Afrique-France : une relation à réinventer

13/01/2017
Communiqué

(Bamako, Paris) Le 27ème Sommet Afrique-France qui s’ouvre à Bamako le 13 janvier 2017 apparaît comme le moment du bilan de la politique africaine de François Hollande. Marquée par les engagements militaires au Mali et en Centrafrique, la politique de la France en Afrique depuis 5 ans n’a en revanche pas réussi à s’affranchir des liens avec les autocrates au pouvoir dans certains pays africains. Ce bilan en forme d’avertissement dessine les contours d’une nécessaire évolution de l’action de la France en Afrique, en particulier en faveur des changements démocratiques et d’un meilleur respect des droits humains qui forment avec la sécurité le triptyque indispensable au développement et à la paix sur le continent.

« On ne peut pas combattre le terrorisme en Afrique ou en France uniquement avec des armes. Il est temps de soutenir les peuples dans leurs combats démocratiques, leur garantir leurs droits et offrir à la jeunesse des leviers de changements autres que la radicalité des groupes armés fondamentalistes. »

Dimitris Christopoulos, président de la FIDH

Le Sommet qui regroupera plusieurs dizaines de chefs d’État de toute l’Afrique autour des problématiques du « Partenariat pour la paix et l’émergence » est selon la FIDH, ses 40 organisations membres en Afrique et son organisation membre en France, la Ligue des droits de l’Homme et du Citoyen, une occasion pour l’Afrique et la France d’établir un constat en faveur d’une relation à réinventer, avec au cœur de ce projet le respect des droits humains et de principes démocratiques. La FIDH et ses organisations membres ne cessent de porter le message de la société civile de la nécessité d’inscrire le respect des droits humains, et notamment le renforcement de la justice et de la lutte contre l’impunité, le développement économique et démocratique, ainsi que la reconnaissance de la place centrale des femmes, des jeunes et leur promotion dans les systèmes politiques et sociaux comme priorités dans les efforts pour la paix et la sécurité du continent africain.

Au Mali, où les troupes de l’armée française sont engagées depuis 4 ans [1], la FIDH et son organisation membre l’AMDH observent une nette aggravation de l’insécurité au Nord et au Centre du pays, caractérisée par une multiplication des groupes armés et terroristes . Les dernières enquêtes de la FIDH et l’AMDH démontrent que 2016 a connu plus de 385 attaques qui ont coûté la vie à au moins 207 civils, des chiffres qui ont doublé depuis 2015 [2]. Cette situation sécuritaire est accompagné de nombreuses violations des droits humains, notamment des arrestations arbitraires, des cas de torture, d’enlèvements, et d’exécutions sommaires. La mission de paix de l’ONU au Mali (MINUSMA) demeure la plus dangereuse au monde, avec près de 75 casques bleues tués au cours d’opérations depuis juillet 2013 dont 27 pour la seule année 2016.

« Tenir ce sommet au Mali est symbolique à plus d’un titre. Si l’Afrique de l’ouest devient presque entièrement démocratique la région est gravement menacée par le terrorisme. Mais la lutte contre le terrorisme, aussi légitime soit-elle, ne constitue pas un projet politique. Faire de nos sociétés des espaces démocratiques et de justice sociale constitue certainement le meilleur rempart contre l’extrémisme. C’est ce partenariat que doivent construire ensemble l’Afrique et la France et plus largement l’Europe. »

Me Drissa Traoré, Vice-président de la FIDH

La note ci-jointe de la FIDH revient sur les enjeux de la relation Afrique-France notamment la lutte contre le terrorisme au Sahel, les enjeux démocratiques, la justice et la lutte contre l’impunité, les droits des femmes et la situation au Mali, pays hôte du Sommet.

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