L’Union européenne doit soutenir le peuple afghan, pas les talibans

23/06/2026
Communiqué
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Nicolas TUCAT / AFP
  • La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) condamne fermement le rapprochement de l’Union européenne (UE) et de ses États membres avec les talibans, sur fond de retour potentiel de demandeur·ses d’asile afghan·es vers l’Afghanistan.
  • La FIDH réitère que tout dialogue avec les talibans doit être conditionné au respect des droits humains fondamentaux.
  • En amont de la visite prévue d’une délégation talibane à Bruxelles, la FIDH a déposé une plainte pénale contre ses représentants auprès du Parquet fédéral belge, exigeant leur arrestation dès leur arrivée sur le sol belge.

Paris, Bruxelles, 23 juin 2026. Alors que des visas auraient été délivrés la semaine dernière en dépit des protestations de la société civile, une délégation talibane est attendue cette semaine à Bruxelles pour des discussions avec des responsables de l’UE. Ces échanges porteraient sur la coopération en matière de migration et le retour éventuel de ressortissant·es afghan·es, dont les demandes d’asile ont été rejetées dans des États membres de l’UE.

La FIDH avertit que les efforts visant à établir une coopération migratoire avec des représentant·es des taliban risquent de contribuer à la consolidation et à la normalisation d’une autorité illégitime qui a systématiquement démantelé les droits et libertés fondamentaux depuis sa prise de pouvoir illégale en août 2021. Depuis lors, les femmes et les filles ont été presque totalement exclues de la vie publique, tandis que des journalistes indépendant·es, des défenseur·ses des droits humains et d’ancien·nes fonctionnaires font face à des actes d’intimidation, de harcèlement, d’attaques, de détention arbitraire et d’autres violations graves des droits humains.

« Inviter les talibans à des discussions sur le sol européen confère une forme de légitimité politique à un régime non démocratique, responsable de persécutions fondées sur le genre, et d’autres violations graves des droits humains en vertu du droit international », déclare Alexis Deswaef, président de la FIDH. « En s’engageant dans de telles discussions, l’UE franchit ses propres lignes rouges en matière de relations avec les talibans et compromet ses propres engagements en faveur du respect des droits humains et de l’état de droit. »

Légitimer politiquement un régime non démocratique

Alors que les efforts internationaux se concentrent de plus en plus sur la poursuite des violations graves des droits humains, la recherche d’arrangements migratoires avec les talibans va à l’encontre de ces efforts et contredit les propres conditions d’engagement de l’UE, qui placent le respect des droits humains - et en particulier les droits des femmes et des filles - au cœur des relations avec les taliban. Ces discussions risquent également d’aller à l’encontre des principes consacrés par l’article 21 du Traité sur l’Union européenne, qui exigent que l’action extérieure de l’UE soit guidée par les droits humains, l’état de droit et le respect du droit international.

Cette visite est d’autant plus alarmante que de hauts responsables talibans font actuellement l’objet de mandats d’arrêt délivrés par la Cour pénale internationale (CPI) pour le crime contre l’humanité de persécution fondée sur le genre. En accueillant des représentants des taliban tout en envisageant des arrangements migratoires, l’UE et ses États membres risquent d’envoyer un signal dangereux, selon lequel la responsabilité pour les violations graves des droits humains peut être subordonnée à des objectifs politiques à court terme.

La FIDH réitère que l’Afghanistan n’est pas un pays sûr pour les retours migratoires et appelle les institutions européennes et leurs États membres à respecter pleinement le principe de non-refoulement. En vertu du droit international des droits humains, nulle personne ne doit être renvoyée vers un pays où elle risque d’être persécutée, torturée ou soumise à d’autres violations graves des droits humains.

Tout arrangement visant au retour involontaire d’Afghan·es vers l’Afghanistan exposerait l’UE et ses États membres au risque de violer leurs obligations au titre du droit international des réfugié·es et des droits humains. Une telle coopération risquerait également de contribuer, directement ou indirectement, au maintien d’un système d’oppression généralisée et systématique.

Les responsables politiques européen·nes devraient prioriser la concertation avec la société civile afghane

Plutôt que de chercher à établir une coopération migratoire et des arrangements de retour avec les talibans, les responsables politiques européen·nes devraient prioriser la concertation et le travail avec la société civile afghane, les défenseur·ses des droits humains et les groupes de victimes. Ce faisant, elle soutiendrait les efforts internationaux en cours pour garantir la justice pour les violations graves des droits humains.

La FIDH rappelle que les expert·es des Nations unies ont constamment souligné que tout engagement avec les taliban doit être conditionné au respect des droits humains et ne doit pas contribuer à la normalisation ou à la consolidation d’un système de persécution institutionnalisée fondée sur le genre. En aucun cas les politiques migratoires ne doivent se faire au détriment des droits, de la dignité et de la protection dus au peuple afghan.

Le 16 juin 2026, la FIDH a déposé une plainte pénale auprès du Parquet fédéral belge concernant la visite prévue de la délégation talibane. À l’heure où des leaders talibans font l’objet de mandats d’arrêt délivrés par la CPI, les autorités européennes ne peuvent ignorer les allégations crédibles de crimes internationaux graves. Toute personne soupçonnée d’être responsable de tels crimes qui entre sur le territoire européen devrait être accueillie non par un engagement politique, mais par un examen judiciaire.

Malgré le démenti formel de son soutien à cette visite, le gouvernement belge a délivré cinq visas aux taliban afin qu’ils puissent rencontrer leurs homologues européen·nes à Bruxelles, invoquant, comme justification, l’obligation de coopérer avec les institutions européennes en tant que pays hôte. La Belgique semble toutefois compter parmi les États membres ayant soutenu la proposition de la Commission européenne. La société civile belge - dont la FIDH et son organisation membre, la Ligue des droits humains (Belgique) - a vivement condamné cette décision et exhorté le gouvernement belge à renoncer à autoriser cette visite.

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