Egypte : visite d’al-Sisi à Bruxelles : pas de tapis rouge pour les violations de droits humains !

16/02/2022
Déclaration
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Alors que les responsables de l’Union européenne (UE) se préparent à accueillir les chefs d’États africains pour le sommet UE-Union africaine (UA) à Bruxelles les 17 et 18 février 2022, six ONG appellent les dirigeants européens et belges à ne pas dérouler le tapis rouge pour le Président égyptien Abdelfattah al-Sisi.

Sous le régime répressif d’Al Sisi, la crise des droits humains en Égypte est passée sous le feu des projecteurs ces derniers mois, et les autorités égyptiennes ont cherché à améliorer leur image internationale. Les hauts fonctionnaires de l’UE et des États membres ne devraient pas recevoir le président Al-Sisi de manière bilatérale pendant son séjour à Bruxelles, à moins qu’ils n’abordent de manière décisive la question des droits humains comme un élément clef de la relation entre l’UE et l’Égypte, et qu’ils ne prennent une position claire et publique sur le sujet.

En janvier 2021, douze organisations de défense des droits humains ont adressé une lettre commune aux dirigeants de l’Union européenne et des États membres, citant une litanie de violations des droits humains (dont la répression de la société civile, la détention arbitraire généralisée et l’application accrue de la peine de mort, entre autres). La lettre demandait à l’UE d’entreprendre une « révision complète de ses relations avec l’Égypte. » Bien qu’il y ait eu quelques libérations sporadiques de prisonnier.e.s depuis la remise de cette lettre, la situation générale des droits humains ne s’est pas améliorée de manière significative.

« Le président égyptien al-Sisi a systématiquement attaqué la presse, emprisonné des journalistes et réduit au silence les voix critiques », a déclaré Tom Gibson, représentant du Comité de protection des journalistes auprès de l’UE. « La Commission européenne devrait respecter ses valeurs et exiger, lors de la prochaine visite d’al-Sisi, que les autorités égyptiennes cessent leur répression des médias. La Commission ne peut pas laisser les affaires continuer comme si de rien n’était. »

Wadih Al-Asmar, président d’EuroMed Droits, a déclaré : « L’UE doit cesser de fermer les yeux sur les violations généralisées des droits humains et sur la persécution incessante des voix dissidentes pacifiques en Égypte. La récente condamnation de l’avocat des droits humains Mohamed al-Baqer et du blogueur Alaa Abdel Fattah par un tribunal d’exception en est une triste illustration. Nous avons besoin d’une condamnation plus claire de ces développements négatifs, et nous avons besoin que l’UE soit aux côtés de la société civile indépendante et de toutes les victimes de ces violations, afin que le silence ne soit pas perçu comme une approbation des pratiques horribles des autorités égyptiennes. »

Ahmed Mefreh, le directeur exécutif du Comité pour la justice, a déclaré : « L’Égypte entend être un partenaire clef de l’UE, mais à ses propres conditions. Le régime égyptien continue de s’en prendre aux défenseur.se.s des droits humains, aux journalistes et aux avocat.e.s et compte sur la diplomatie pour trouver un moyen d’éviter d’avoir à répondre de ses crimes. La torture systématique en garde à vue, les disparitions forcées et le recours aux tribunaux d’exception illustrent les effets dévastateurs de l’impunité qui prévaut en Égypte. L’UE doit soutenir les efforts visant à mettre en place un mécanisme de surveillance de l’Égypte au sein du Conseil des droits de l’Homme des Nations-Unies et exprimer avec force l’impact négatif, sur son partenariat, de la politique égyptienne en matière de droits humains. Le partenariat avec l’Égypte doit être fondé sur le respect de tous les droits humains. »

La détérioration de la situation des droits humains a suscité la condamnation de dirigeants du monde entier, notamment lors de la session du Conseil des droits de l’Homme des Nations unies de mars 2021, au cours de laquelle 32 États se sont dits « [profondément préoccupés] par l’application de la législation sur le terrorisme à l’encontre des militant.e.s des droits humains, des personnes LGBTI, des journalistes, des hommes politiques et des avocat.e.s ». Pourtant, en janvier 2022, l’UE et l’Égypte ont soumis une candidature commune pour présider le Forum mondial contre le terrorisme.

Leslie Piquemal, représentante du Cairo Institute for Human Rights Studies (CIHRS) pour le plaidoyer européen, a déclaré : « En mars 2021, 32 États, dont de nombreux États membres de l’UE, ont enfin pris la parole devant le Conseil des droits de l’Homme des Nations-Unies pour dénoncer le bilan effroyable de l’Égypte en matière de droits humains. Près d’un an plus tard, le président al-Sisi se rend à Bruxelles pour le sommet UE-UA. L’UE et les États européens devraient donner suite au message de l’année dernière et s’abstenir d’honorer al-Sisi par des distinctions de haut niveau qui blanchiront l’image de l’Égypte alors que les graves violations des droits humains se poursuivent. »

Alexis Deswaef, vice-président de la FIDH, a déclaré : « Le régime brutal d’al-Sisi commet quotidiennement des violations des droits humains au nom de la sécurité nationale et de la lutte contre le terrorisme, tandis que les États membres de l’UE vendent sans vergogne des armes à l’Égypte. La récente nouvelle selon laquelle l’UE et l’Égypte ont soumis une candidature commune pour coprésider ensemble le Forum mondial contre le terrorisme est un autre signe scandaleux que l’UE et les États membres considèrent l’Égypte comme un partenaire privilégié, malgré sa répression violente contre les voix dissidentes. L’UE doit de toute urgence changer de cap pour envoyer un signal clair à al-Sisi : le bilan effroyable de l’Égypte en matière de droits humains ne sera plus toléré. »

Andrea Prasow, directrice exécutive de la Freedom Initiative, a déclaré : « La visite du président al-Sisi est l’occasion pour les dirigeants européens de montrer qu’ils se soucient davantage des dizaines de milliers de personnes injustement emprisonnées en Égypte que d’offrir à al-Sisi un accueil chaleureux. Tout dirigeant rencontrant al-Sisi doit faire savoir clairement qu’il ne s’agit pas d’un problème de sécurité. »

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