10 décembre 2025. L’escalade des hostilités des États-Unis contre les pays d’Amérique latine et des Caraïbes a dépassé les limites de la diplomatie et du droit international. Depuis août, la marine américaine a établi une présence militaire significative dans le sud de la mer des Caraïbes, déployant des unités navales et aériennes, y compris le porte-avions Gerald Ford, le plus grand de la flotte américaine.
Cette mobilisation constitue la plus grande démonstration de puissance militaire des États-Unis en Amérique latine depuis des décennies, menée sous prétexte d’une opération antidrogue présumée. Des rapporteur·es expert·es des Nations unies ont dénoncé le meurtre de plus de 80 civil·es au cours des 21 des attaques revendiquées par le gouvernement américain, caractérisées de graves violations du droit à la vie et du droit international de la mer et affirmant que « des enquêtes et des poursuites pour homicide doivent être ouvertes quant aux responsables des ordres et de l’exécution de ces meurtres extrajudiciaires ».
Les attaques indiscriminées contre des embarcations représentent un usage illégitime et illégal de la force, ainsi qu’une violation flagrante des principes de légalité, de nécessité, de proportionnalité et de précaution. Ces actions enfreignent les normes fondamentales du droit international, notamment l’obligation de garantir la vie, l’intégrité personnelle, le droit à un procès équitable et les garanties judiciaires, faisant des ces actes des exécutions extrajudiciaires.
L’instrumentalisation de la « lutte contre la drogue » par le gouvernement des États-Unis pour justifier des actions unilatérales à l’intention politique évidente, et l’usage disproportionné de la force, constituent un dangereux précédent et exigent une réponse ferme de la communauté internationale. L’érosion du système démocratique et les violations des droits humains documentées au Vénézuela par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies et la Commission interaméricaine des droits de l’homme dans de multiples rapports, qui ont été signalées par la FIDH, n’autorisent aucun État à intervenir comme le font les États-Unis, en violation du droit international. Ce faisant, ils violent le droit fondamental sur lequel repose l’architecture de l’ordre mondial, à savoir le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Face à cette escalade de violence et de tension dans la région, ainsi qu’à la menace latente pour la souveraineté que représentent ces actes du gouvernement de Donald Trump, l’Organisation des Etats américains (OEA) a le devoir politique et juridique d’apporter une réponse collective et conforme au droit international. Elle doit garantir « la défense de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de l’indépendance », comme en dispose l’article 1 de sa Charte.
De même, le gouvernement américain doit cesser immédiatement tout acte de menace, de coercition économique ou politique, et toute ingérence restreignant l’autonomie des peuples latino-américains. Les États-Unis doivent réévaluer de toute urgence leur stratégie mondiale face au problème des drogues, en reconnaissant l’échec des approches militaristes et sécuritaires. Non seulement ces politiques ont engendré de graves violations des droits humains à l’encontre de la population civile, mais elles ont également approfondi la pauvreté, les inégalités et la criminalisation systématique des peuples latino-américains.