La FIDH soutient "Noces" de Stephan Strecker

28/02/2017
Evénement

Les femmes sont davantage que les hommes vulnérables au mariage forcé. À travers le monde, 700 millions de femmes sont mariées de force dont 250 millions avant 15 ans1. Presque la moitié des mariages forcés touchent l’Asie du Sud dont 33% en Inde.

Les causes de ce phénomène sont nombreuses, mais le poids des traditions et la domination du patriarcat dans les pays concernés restent aujourd’hui le principal obstacle à l’élimination de cette pratique. Comme l’a énoncé la défenseure pakistanaise des droits des filles Malala Yousafzai,

« Nous ne devons pas suivre des traditions qui vont à l’encontre des droits de l’Homme. »

Malala Yousafzai, Prix Nobel de la paix 2014

Ainsi, bien que le problème soit identifié et réel, les exemples de mariages forcés ne cessent de se multiplier. Noces, de Stephan Strecker, inspiré librement de faits réels, nous plonge dans l’histoire de Zahira, une jeune fille de 18 ans vivant en Belgique, fille d’immigrés pakistanais dont la vie va basculer le jour où ses parents lui annoncent qu’elle a été promise dans son village d’origine au Pakistan.

La force du scénario et de cette histoire malheureusement pas si original invite les spectateurs à mieux appréhender le contexte dans lequel les mariages forcés se déroulent et ainsi à une réflexion sur cette violation des droits des femmes. Le film permet de mieux appréhender

La critique cinématographique de Noces

Dans une famille pakistanaise installée en Belgique, l’une des filles, Zahira, va se retrouver confrontée à une demande en mariage et devra choisir parmi des candidats proposés à distance, sur photographies. On l’amène d’abord au choix du prétendant après des entretiens à distance par internet : premier contraste entre modernité et traditions, pour une jeune fille moderne qui sort parfois en boîte de nuit et est enceinte d’une liaison précédente à laquelle elle doit mettre fin ; elle fera croire à l’avortement effectif alors qu’elle ne peut s’y résoudre.

Aimant ses proches mais trop encadrée par ses parents, elle subit la pression psychologique des traditions selon lesquels une fille pakistanaise doit être mariée pour l’honneur et les apparences, et uniquement à un Pakistanais. Une première tentative de fugue chez Aurore, une amie et confidente de lycée , tente de desserrer un étau dont la violence psychologique intrinsèque est d’ôter la possibilité du choix, de l’auto-détermination individuelle face à la raison familiale.

Le film eût été sans intérêt si le réalisateur, Stefan Streker, s’était contenté de filmer un anathème fait de phrases moralement indignées mises bout à bout restant extérieures au sujet traité : le mariage dit « arrangé » ou plus exactement : forcé. Au contraire, dès le début et jusqu’au final glaçant, c’est une immersion dans une famille, les relations entre leurs membres et notamment entre Zahira et son frère Amir : il est le messager, celui qui va aux nouvelles et les transmet à la famille quand sa sœur tente à plusieurs reprises de fuir et rompre avec ce destin truqué qui l’attend.

Deuxième choix de mise en scène probant : chaque étape de la progression de l’arrangement qui constitue tout le processus du mariage forcé est retracée : de l’avortement obligé, au choix de l’élu après des discussions via internet, en passant par des essais de persuasion de la mère et de la sœur qui a déjà connu ce chemin, jusqu’à la cérémonie de mariage à distance célébrée en famille en Belgique, alors que la présence du marié, qui est physiquement au Pakistan, est matérialisée par son image sur un écran d’ordinateur : non pas simulacre de mariage, mais déréalisation de l’union qui accentue le fossé par l’interposition de l’écran ; l’abstrait de la distance à laquelle la technologie apporte son aval de façon cruelle, souligne ainsi le désaccord intime de Zahira, son irrésolution et sa muette protestation au coeur même du processus solennel. Les images deviennent un saignement de silence au travers de ce faux consentement.

Cette scène définit mieux que jamais ce qu’est la soumission dans un cadre religieux et culturel pesant et coercitif : il s’agit de la renonciation arrachée pour une personne par autrui à son intégrité morale autant que physique (puisque est aussi évoquée entre Zahira et sa sœur avant la cérémonie la perspective de coudre l’hymen de la future mariée).

Après ce rituel d’union, le véritable mariage et le déplacement supposé de Zahira au Pakistan devraient suivre : mais celle-ci fuit à nouveau en compagnie d’un garçon avec qui elle se lie, Pierre qu’elle a rencontré en boîte de nuit.

Le réalisateur a choisi un titre sobre : Noces, mais définit son film comme une tragédie.

" Parce que, comme dans une tragédie grecque, c’est la situation qui est monstrueuse, pas les personnages.

Stephan Strecker

On parle souvent de choc culturel, appellation notée, mais il serait plus fin de dire qu’on mesure ici des décalages.
Pourtant, l’histoire ne finit pas dans la nuance mais abruptement, dans une étreinte fratricide alors que Zahira vient récupérer son passeport : l’épilogue terrible, montré tel quel, montre jusqu’au bout où la machine à marier de force conduit, et contredit à notre sens des critiques qui diraient que le film ne ferait que constater des faits sans vraiment les dénoncer. Son implication est une immersion dans un processus qu’elle retrace de palier en palier, et en ce sens son implication est totale, et son motif de refus à ces Noces est palpable : c’est en vertu de cela que nous joignons notre propre refus militant.

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