Daratt saison sèche

16/10/2007
Evénement

Daratt saison sèche

un film de

Mahamat-Saleh HAROUN

Prix Spécial du jury Festival de Venise 2006

Synopsis

Tchad, 2006. Le gouvernement a accordé l’amnistie à tous les criminels de
guerre. Atim, seize ans, reçoit un revolver des mains de son grand-père pour
aller retrouver l’homme qui a tué son père...

Atim quitte son village et part pour N’djaména, à la recherche d’un homme
qu’il ne connaît même pas. Il le localise rapidement : ancien criminel de
guerre, Nassara est aujourd’hui rangé, marié et patron d’une petite
boulangerie...

Atim se rapproche de Nassara, lui fait croire qu’il cherche du travail et se
fait embaucher par lui comme apprenti boulanger, avec la ferme intention de le
tuer... Intrigué par l’attitude d’Atim à son égard, Nassara le prend sous son
aile et lui apprend l’art et la manière de fabriquer du pain...

Au fil des semaines, une étrange relation se tisse entre les deux êtres.
Malgré sa répugnance, Atim semble trouver chez Nassara la figure paternelle qui
lui a toujours fait défaut ; de son côté, Nassara découvre chez
l’adolescent un fils potentiel. Un jour, il lui propose de l’adopter...

Note d’intention

Au Tchad, la guerre civile dure depuis 1965 ; elle a fait de nombreuses
victimes. Parmi les 40 000 tués ou disparus sous le règne d’Hissène Habré, j’en
connaissais beaucoup. Un de mes oncles en faisait partie... Après avoir été
enlevé, on ne l’a plus jamais revu. Moi-même j’ai été blessé - j’ai dû quitter
mon pays sur une brouette, embrassant les chemins de l’exil ; autant dire
que j’ai vécu ce drame dans ma chair...

À chaque fois que je retourne au Tchad, je suis confronté à cette réalité de
l’après-guerre ; elle est là, omniprésente, comme une histoire en suspens,
jamais terminée, une page qu’on n’a pas encore tournée... Je connais nombre des
acteurs ayant participé à cette tragédie ; il m’arrive même de les
côtoyer. Ils ont tué, violé, brûlé, endeuillé, pillé... s’en sont pris aux plus
vulnérables qui, en définitif, sont les laissés pour compte d’aujourd’hui. Les
bourreaux d’hier, eux, sont devenus des gens de pouvoir et paradent sans être
inquiétés.

Ce qui est terrible dans les guerres civiles, c’est qu’elles légitiment
toutes les atrocités, tous les crimes et, tout compte fait, les absolvent.
C’est ce sentiment d’injustice qui nourrit le désir de vengeance - qui n’est,
au fond, qu’un désir de justice.

DARATT ne traite pas de la guerre civile, mais de ses conséquences. Ce qui
m’intéresse, c’est le paysage après la tempête. La vie, obstinément à l’œuvre,
dans les champs de ruines et de cendres. Comment en effet continuer à vivre
ensemble après tant de violence et de haine ? Quelle attitude adopter face
à l’impunité ? Se résigner ou se faire justice soi-même ? Et quand on
choisit cette dernière option, c’est quoi tuer un homme ?

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