Les Nations unies ne doivent pas se détourner du Burundi

La FIDH et son organisation membre, la Ligue ITEKA, félicitent le travail de la Commission d’enquête sur le Burundi et souhaitent se joindre à elle pour alerter une fois encore le Conseil sur l’inquiétante situation des droits humains dans ce pays.

Madame la/ Monsieur le Président.e,

Au cours de l’année 2018, la Ligue ITEKA a documenté au moins 453 personnes tuées dont au moins 81 femmes, 71 cas de disparitions forcées, 298 personnes torturées, et 1362 personnes arrêtées arbitrairement. Rien que depuis le début de 2019, elle a recensé 107 cas de meurtres, 18 disparitions, 40 cas de torture, 11 cas de VSBG et 140 arrestations arbitraires supplémentaires.

Les auteurs présumés de ces violations sont en grande partie des Imbonerakure affiliés au CNDD-FDD, le parti au pouvoir, des agents du Service National de Renseignement, des policiers, militaires et responsables administratifs. Ces faits démontrent que la traque des opposants réels ou supposés au régime ne s’est pas arrêtée. Face à l’impunité de ces crimes, la Ligue ITEKA vient de saisir le Groupe de travail des Nations unies sur les disparitions forcées de 160 cas, en soutien aux familles de disparu.es.

Si un nouveau parti politique, le Congrès national pour la liberté, a pu être agréé en février 2019, l’ ouverture nécessaire de l’espace démocratique, dans la perspective de l’élection présidentielle de 2020, est loin d’être engagée. Au contraire, les membres de ce nouveau parti continuent de faire l’objet de menaces et autres formes de harcèlement. Les ONG et journalistes indépendants demeurent contraints à l’exil, de sorte que seules les organisations ou médias contrôlés par le pouvoir sont autorisés à diffuser des informations auprès des populations. Parallèlement, une fiscalité supplémentaire a été mise en place pour financer l’élection, ponctionnant toujours plus une population qui continue pourtant de subir les conséquences d’une situation économique dramatique. Cette taxe est parfois imposée et prélevée par les Imbonerakure qui s’introduisent dans les foyers et les établissements scolaires.

La situation au Burundi alarme d’autant plus la FIDH et la Ligue ITEKA qu’une nouvelle loi abusive obligeant les organisations internationales à appliquer des quotas ethniques a été adoptée et que les autorités ont expulsé le Bureau du Haut Commissariat aux droits de l’Homme des Nations unies, qui vient de quitter le pays, après 23 années de présence sur place.

Dans ce contexte délétère et à la lumière de ces informations, la FIDH et la Ligue ITEKA exhortent le Conseil à maintenir son attention sur le Burundi et à renouveler le mandat de la Commission d’enquête afin qu’elle poursuive son travail nécessaire de documentation et d’établissement des responsabilités des violations graves des droits humains commises dans le pays.

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