L’Obstination du témoignage

19 juin 2008

Face à une telle situation, la tentation était forte de répondre à cette
oppression avec les mêmes armes qu’elle utilisait pour s’imposer. Il fallut de
solides convictions et un attachement profond aux valeurs éthiques et
fondamentales pour mener un combat au nom des droits de l’Homme en respectant
les principes de non-violence et de conquête pacifique des droits niés. Les
femmes et les hommes qui entreprirent cette longue marche vers un État de droit
s’interdirent de recourir à la violence pour faire triompher la justice. Ils
crurent à la force de la persuasion et à la nécessité d’inscrire leur action
dans un cadre respectueux de l’autre, même si celui-ci ne les respectait
pas.

En agissant ainsi, ces femmes et ces hommes furent des victimes d’autant
plus faciles à réprimer qu’elles refusaient d’utiliser les moyens de leurs
bourreaux. Leurs actions devaient inciter une minorité agissante de leurs
concitoyens, et notamment dans la minorité blanche, à soutenir leurs
revendications et à se solidariser avec leur lutte. Ces défenseurs des droits
de l’Homme, qui n’agissaient pas directement pour protéger leurs droits mais
afin que tous les droits soient reconnus à tous les hommes, subirent eux aussi
les exactions d’un pouvoir injuste.

Pourtant, leur rôle fut fondamental, non seulement par la protection et le
soutien qu’ils apportèrent aux leaders de la lutte anti-apartheid, mais aussi
par leur rôle de pont entre ces activistes des droits de l’Homme et les membres
de leurs propres communautés, qui peu à peu finirent par découvrir que le
système était non seulement injuste, mais aussi condamné.

Au moment de la transition vers un régime démocratique et respectueux de
tous les enfants de l’Afrique du sud, le risque était terrible de voir la
majorité si longtemps victime se révolter et se venger. Chacun attendait tout
en redoutant le conflit que nombre d’experts considéraient comme inévitable. Si
l’Afrique du sud moderne a pu naître en évitant l’effusion de sang c’est avant
tout grâce à des leaders comme Nelson Mandela qui, après des années de
détention illégale dans des conditions inhumaines, surent donner l’exemple de
responsables soucieux de la dignité humaine et de l’application du droit pour
lesquels ils s’étaient toujours battus. Mais, vraisemblablement, si le message
a pu être reçu au sein de la minorité blanche dont l’aveuglement avait si
longtemps perpétué un régime ignoble, c’est peut être grâce à ces défenseurs
des droits de l’Homme qui au sein même de cette communauté avaient
inlassablement rappelé le sens de la dignité humaine. Les défenseurs de droits
de l’Homme ne sont pas seulement des protecteurs de ceux qui luttent pour la
justice lorsque celle-ci est niée, ils sont aussi des facteurs indispensables
de pacification lorsque celle-ci enfin triomphe.

Mise à jour le 19 septembre 2011

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