Zin
Ba
D. Mode d'embauche
TOTAL prévoit
d'embaucher à la fin 1996 "20 expatriés et 150
employés locaux, dont 80 stagiaires. A ces chiffres s'ajouteront
les personnels recrutés par les sous-traitants pour bâtir
les installations (environ 600 personnes durant la saison sèche
1995-96)" [ Brochure TOTAL, Le projet Yadana, juillet 1996.]
(pistes d'aviation, installations portuaires, ponts, etc...). TOTAL
emploie donc directement des travailleurs birmans, payés
de 200 à 300 kyats par jour, soit un salaire supérieur
aux tarifs pratiqués localement - la moyenne à l'échelle
nationale s'établissant autour de 60 kyats ($0,54 environ).
Selon TOTAL, la pose du gazoduc nécessitera en octobre 1996
l'embauche d'au moins 1.500 personnes ; 800 ont déjà
posé leur candidature [ Entretien FIDH, 24.09.1996.] . TOTAL
a établi un mode de recrutement au moyen de quotas par village,
où ont été constitués des «comités
de recrutement». Ces comités sont chargés de
la sélection des candidats, système qui permet selon
TOTAL de neutraliser les effets divers de «copinage du SLORC
et de pressions des groupes ethniques» [ Idem.] . Toutefois,
d'après le KHRG et dautres sources, TOTAL aurait confié
la plus grande part de la responsabilité du recrutement à
une filiale de la MOGE, la Myint Association - du coup, préférence
serait donnée aux membres de l'USDA ("syndicat"
affilié au SLORC) et leur famille - on reste perplexe quant
au degré de neutralisation du "copinage du SLORC"
[ TOTAL nie que seuls les membres de l'USDA soient employés ; cf.
par ex. lettre de J. Daniel à A. Johannsen, directeur du Danish
Burma Committee , 19.07.1996. Pourtant, il est fait état d'un document
fourni par TOTAL aux membres du Congrès américain en visite sur
le site du chantier, qui mentionnerait des villageois "embauchés
par l'armée". Cf. G. Fairclough, "Troubled Waters", Far Eastern
Economic Review, 15.08.1996.] . Il y aurait également de
nombreux cas de corruption des membres des comités [ KHRG,
n° 95-27, août 1995, n° 96-21, mai 1996 et interviews de réfugiés
à la frontière thaïe. Cf. aussi KNU, Report the Facts..., 1996.]
, de multiples pots-de-vin devant être payés aux représentants
locaux du SLORC à chaque étape de la sélection
à lemploi ("achat" de la candidature, du
test médical...) [ Cf. aussi Mon Information Service Bangkok,
French TOTAL Co's and American UNOCAL Corp.'s disastrous gas Pipeline
Project in Burma's Gulf of Martaban, mai 1996.] .
En outre, alors
que TOTAL indique n'employer que des volontaires de plus de 18 ans
[ Entretien FIDH, 24.09.1996.] , plusieurs témoignages fiables
et concordants indiquent que plusieurs mineurs auraient été
embauchés.
Ces informations
laissent planer un sérieux doute sur la rigueur affichée
par TOTAL dans son mode dembauche. En dépit des précautions
prises, le mode de recrutement nobserve pas les principes
d'indépendance et de neutralité que TOTAL déclare
vouloir appliquer.
On ne peut dès
lors que mettre en doute les affirmations de J.-M. Beuque, responsable
des opérations de TOTAL en Extrême-Orient lorsquil
indiquait en 1995 que «nous contrôlerons [la pose du
gazoduc et les travaux qui y sont liés] de façon
très stricte» [ Interview du Sunday Post, Sunday
Perspective , avril 1995. Nous soulignons.] .
II -
LE SOUTIEN A LA JUNTE
Le projet gazier
de Yadana est critiquable pour le soutien quil apporte à
la junte birmane à plusieurs égards :
- sur le
plan moral et politique, par la caution implicite apportée
à une dictature militaire illégale et illégitime,
qui compte parmi les régimes les plus brutaux au monde.
- sur le
plan économique, par le soutien à ce régime
grâce à un apport en devises, et une garantie de revenus
futurs qui lui permet de gager des emprunts à moyen et long
terme - moyens financiers qui, loin de bénéficier
à la population, servent essentiellement à renforcer
le pouvoir militaire, en particulier par lachat darmements.
- sur le
plan militaire et logistique, de par le soutien direct à
larmée dans les régions de combat avec les groupes
ethniques armés.
- sur le
plan des droits de lHomme, de par les violations massives
des droits de lHomme que le projet lui-même occasionne.
A. De
fait, un acte de soutien moral et politique
La junte militaire
au pouvoir en Birmanie, le SLORC, fait partie des régimes
les plus dictatoriaux au monde, et son bilan en matière de
droits de lHomme est reconnu comme étant particulièrement
terrifiant - en tout état de cause, suffisamment grave pour
avoir appelé
la nomination
par la Commission des droits de lHomme de lONU dun
Rapporteur spécial depuis 1993 (ayant lui-même succédé
à un expert nommé sur la Birmanie).
une résolution
à son encontre par lAssemblée Générale
de lONU chaque année depuis 1991, 8 condamnations
par la Commission des Droits de lHomme, et plusieurs par la
Sous-Commission.
sa condamnation
chaque année depuis 1964 par lOrganisation Internationale
du Travail pour lusage systématique de travail forcé,
condamnation encore renouvelée lors de la 83e Conférence
Internationale du Travail en juin 1996. Une procédure de
plainte a en outre été entamée à lencontre
de la Birmanie au motif que le travail forcé est utilisé
"de façon systématique et à échelle
grandissante dans un nombre croissant de régions" [
Source : Rapport de la Commission d'experts pour l'application des
conventions et recommandations, Conférence Internationale du Travail,
83e session, Genève, juin 1996.] .
linterdiction
dentrée sur le sol américain à tous ceux
qui "formulent, appliquent ou bénéficient de
politiques empêchant la transition vers la démocratie
en Birmanie, ainsi que leur famille proche", prononcée
par le président Bill Clinton le 3 octobre 1996.
sa condamnation
par les grandes organisations internationales de défense
de droits de lHomme [ Cf. par ex. Article XIX, Beyond the
Law, août 1996, Amnesty International, Myanmar - Human Rights Violations
against ethnic Minorities, août 1996 et No Law at all - Human Rights
under military Rule, oct. 1992 et Myanmar : Human Rights still denied,
nov. 1994, Human Rights Watch, Entrenchment or Reform ? , juillet
1995, International League for Human Rights, In Brief - The human
Rights Situation in Burma, fév. 1994, International Commission of
Jurists, The Burmese Way : To where? , dec. 1991.] .
Dans ce contexte,
investir en Birmanie (et en particulier sous la forme dune
joint-venture avec une entreprise entièrement contrôlée
par le SLORC) revient à accomplir un acte moral et politique
de solidarité avec le SLORC, un acte de complicité
: en signant un contrat avec la junte, TOTAL accepte de fermer les
yeux sur des violations massives, systématiques et avérées
des droits de lHomme, et donc de sen faire de fait complice.
Le fait que la notion de complicité soit appréhendée
par le droit pénal nest pas un hasard : être
complice du crime - même sous la forme de la passivité
-, cest (dans le meilleur des cas) ne pas lavoir empêché,
cest donc y avoir participé en le laissant faire. Cest
pourquoi, à une plus grande échelle, il y a une évidente
fallacie dans largument qui prétend dissocier économie
et politique, et selon lequel entrer en affaires avec une dictature
nest pas affaire de politique. Lorsque dans une dictature
des individus sont privés de liberté, forcés
de travailler, torturés, le simple fait pour un étranger
de sy installer avec comme objectif son intérêt
particulier constitue un acte moral et politique de solidarité
avec le régime qui le dirige, et dacceptation tacite
de linhumanité qui sy joue. Il est des gestes
apparemment anodins qui sont lourds de portée morale, et
il est des gestes économiques lourds de portée politique
: posséder un pouvoir économique revient aujourdhui
à disposer dun pouvoir politique, quon le veuille
ou non. Largument de Daniel Valot selon lequel "notre
rôle nest pas de faire de la politique ou de la morale"
[ Entretien avec la FIDH, 24.09.1996.] est par conséquent
inacceptable en ce que linvestissement économique du
projet de TOTAL est déjà, au vu du régime
en place en Birmanie, un acte moral et politique, combien même
ses dirigeants sen défendent.
Ajouter, comme
le fait Joseph Daniel, directeur des relations institutionnelles
du groupe, que "TOTAL est présent dans 80 pays, dont
tous ne sont pas forcément des modèles de démocratie"
[ "Un chantier à haut risque pour TOTAL en Birmanie", Libération,
03.09.1996.] , nest pas suffisant : outre quinvestir
dans plusieurs dictatures ne justifie aucunement investir dans une
seule dentre elles, de plus, de laveu de tous les observateurs
extérieurs, la Birmanie constitue une exception, en ce que
les violations des droits de lHomme et la férocité
de la répression y prennent une telle ampleur que le seuil
du tolérable est manifestement dépassé. Le
Professeur Tom Donaldson, auteur de Ethics of International Business,
écrit ainsi, au sujet des investissements dans les pays dictatoriaux,
que :
"En fait,
nous sommes prêts dans une large mesure à tolérer
une attitude immorale de la part dune personne, ou dune
nation, avec laquelle nous entretenons des relations commerciales
; mais lorsque ce dérobement à toute éthique
atteint un seuil dramatique, la plupart vous diront que les relations
commerciales elles-mêmes deviennent impossibles (...). Je
ne crois pas que la Chine ait atteint ce stade, mais sil
existe un pays dont on pourrait dire quil dépasse ce
seuil, ce serait la Birmanie" [ Cité par G. Millman, "Troubling
Projects", Infrastructure Finance, fév./mars 1996. Nous soulignons.]
.
La plupart des
chercheurs sont daccord pour placer comme barre à linvestissement
la collaboration au moins passive avec des régimes qui se
rendent coupables de violations massives des droits de lHomme,
ce qui est le cas de la Birmanie. Richard DeGeorge, directeur du
Centre International dEthiques des Affaires à lUniversité
du Kansas, écrit ainsi :
"Lune
des lignes directrices que je mettrais en avant est quune
entreprise ne devrait pas sciemment coopérer avec un sous-traitant,
un gouvernement, ou toute autre entreprise, dont on sait quil
ou elle recourt à lesclavage, au travail forcé,
ou au travail des enfants (...). Si lon sait que de telles
pratiques ont lieu, lentreprise en est également responsable"
[ Idem.] .
Larchevêque
Desmond Tutu, Prix Nobel de la Paix 1984, a condamné à
plusieurs reprises la politique dite de "lengagement
constructif" en Birmanie, qui renforce et légitime la
junte plutôt que de lobliger à respecter ses
engagements internationaux :
"Il est
temps aujourdhui dadmettre que la politique de lengagement
constructif avec le SLORC est un échec (...). La pression
internationale peut faire changer les choses. Ce fut des
sanctions dures qui amenèrent finalement (...) laube
dune ère nouvelle dans mon pays. Cest là
le langage quil convient de parler avec les tyrans, car cest
là, hélas, le seul quils comprennent" [
"Burma as South Africa", in Far Eastern Economic Review, 16.09.1993.]
.
La spécificité
birmane est telle - et tellement indéfendable - quil
commence à émerger un consensus dans la communauté
économique internationale pour restreindre le commerce et
les investissements avec la Birmanie :
La Birmanie
est sous le coup de sanctions économiques depuis 1989, par
le FMI et la Banque Mondiale.
La Commission
Européenne a ouvert une enquête sur le travail forcé
en Birmanie, en vue dun retrait temporaire du bénéfice
du Système Généralisé des Préférences
(GSP), qui accorde un statut commercial préférentiel
aux pays en voie de développement.
Le Danemark
a demandé à lUnion Européenne denvisager
dappliquer des sanctions économiques à légard
de la Birmanie [ The Economist , 13.07.1996.] . Dans sa résolution
du 20 juin 1996, le Parlement Européen appelle les pays européens
et asiatiques à employer toutes les mesures pour isoler le
SLORC politiquement et économiquement et pour soutenir les
forces démocratiques.
La Commission
des relations économiques extérieures du Parlement
Européen a suggéré lidée délaborer
un "code de conduite" à lusage des multinationales
européennes, code qui pourrait comporter un "label anti-travail
forcé". La Commission Européenne ne paraît
pas opposée à cette idée [ Source : Report
on the Communication from the Commission on the Inclusion of Respect
for democratic Principles and human Rights in Agreements between
the Community and third Countries, A4-0212/96.] .
Suite
à une proposition des sénateurs américains
W. Cohen et D. Feinstein, une loi, adoptée par le Congrès
en juillet, a été votée par le président
américain le 30 septembre 1996 qui interdirait tout nouvel
investissement en Birmanie si "le gouvernement de Birmanie
cause du tort à Daw Aung San Suu Kyi, larrête
à nouveau pour des motifs politiques, ou commet des actes
de répression massive ou de violence à lencontre
de lopposition démocratique" [ International Herald
Tribune, 07.10.1996.] .
Le Secrétaire
au Commerce américain, Mickey Kantor sest prononcé
en juin 1996 en faveur de sanctions économiques à
lencontre du SLORC : "Il existe des cas où les
sanctions économiques, appliquées de façon
appropriée (...) peuvent être très utiles (...).
Je suis favorable à des sanctions efficaces [contre le SLORC]"
[ Reuters, 28.06.1996.] .
Plusieurs
villes américaines ont adopté des règlements
interdisant tout achat par la ville de biens et de services offerts
par des compagnies investissant en Birmanie. Parmi ces villes :
San Francisco, Berkeley, Santa Monica, Oakland, Ann Arbor, Madison.
Une législation similaire a été votée
par lEtat du Massachusetts.
Plusieurs
multinationales ont déjà fait le choix de partir :
Levi-Strauss qui indiquait quil devenait impossible de commercer
avec la Birmanie "sans soutenir directement le gouvernement
militaire et sa politique systématique de violations des
droits de lHomme" [ G. Millman, "Troubling Projects",
Infrastructure Finance, fév./mars 1996.] , Liz Clairborne, Eddie
Bauer, Macy & co., plus récemment Heineken et Carlsberg
en juin et juillet 1996, et Apple en octobre 1996. En 1994, G. Soros
avait retiré toutes ses parts de Peregrine Investments du
fait de linvestissement de Peregrine en Birmanie.
En juillet
1996, la compagnie dassurance-vie danoise Kommunernes Pensionforsikring,
KP, a vendu son portefeuille dactions du groupe TOTAL, pour
environ 10,5 millions de dollars, "en prévision dun
boycott international possible de TOTAL en raison de son engagement
en Birmanie" [ Déclaration de N. Hougaard, directeur des investissements
de KP, le 18.07.1996.] .
Deux
plaintes ont été déposées contre UNOCAL
- la seconde visant également TOTAL - aux Etats-Unis les
3 septembre et 3 octobre 1996. La première par le NCGUB et
le FTUB, la seconde par des plaignants birmans [ Pour la première,
cf. NCGUB and FTUB v. UNOCAL, Inc, Complaint for equitable Relief
and Damages, le 03.09.1996 ; pour la seconde, cf. communiqué de
presse du Center for Constitutional Rights, Law Offices of Hadsell
& Stormer, Paul Hoffmann, ERI (avocats des plaignants), le 03.10.1996.]
.
B. Indifférence
à la société civile et ses représentants
légitimes - lintérêt de TOTAL au maintien
de la junte.
TOTAL prétend
ainsi dissocier économie et politique, ce qui apparaît
manifestement illusoire dans le cas de la Birmanie - la plainte
déposée le 3 octobre 1996 contre TOTAL par des plaignants
birmans en témoigne. Indifférence qui est dautant
plus difficile à défendre que lopposition démocratique
et les groupes ethniques concernés [ Puisque le gazoduc traversera
des zones Karens et Môns.] par le projet se sont publiquement et
à plusieurs reprises exprimés contre celui-ci
:
Aung San Suu Kyi,
leader de la NLD :
"Les investisseurs
ne devraient pas simplanter car tout largent va à
une élite. Je tiens à mentionner la firme française
TOTAL qui est devenue le plus fort soutien du système
militaire birman. Ce nest pas le moment dinvestir
ici" [ Entretien accordé au Monde , daté 21-22.07.1996. Nous
soulignons.] .
National Coalition
Government of the Union of Burma (NCGUB), gouvernement en exil
:
"Le NCGUB
a exprimé à plusieurs reprises sa préoccupation
au sujet du partenariat dUNOCAL et de TOTAL avec la junte
militaire birmane connue sous le nom du SLORC (...). Dans les circonstances
actuelles, le NCGUB affirme que les sanctions économiques
sont un instrument vital pour forcer le SLORC à sasseoir
à la table des négociations" [ Lettre ouverte,
22.05.1995.] .
National Council of
the Union of Burma (NCUB), coalition de députés
et de représentants de divers groupes dopposition :
"Nous réitérons
notre appel à la communauté internationale et aux
multinationales dattendre pour investir en Birmanie jusqu'à
la formation dun gouvernement démocratique qui puisse
accorder à tous les Birmans les droits, protections et bénéfices
qui leur sont dûs" [ Lettre ouverte, 14.05.1996.] .
Karen National Union
(KNU), mouvement des rebelles Karens :
"Le KNU
et la section Mergui-Tavoy du KNU soulignent quils ne sopposent
pas au gazoduc en tant que tel, mais sopposent à tout
contrat commercial qui renforce le pouvoir illégal du SLORC,
alimentant ainsi la guerre civile. Lorsque les conditions dune
résolution pacifique des problèmes du pays seront
établies, le KNU sera prêt à accueillir et à
coopérer avec tout projet commercial visant à améliorer
les conditions de vie des Karens, projet qui ne viole pas les normes
internationalement reconnues de droits de lHomme ou qui ne
cause pas deffet nuisible sur lenvironnement" [
Cité par Total Denial, p. 4.] .
The New Mon State
Party, mouvement des rebelles Môns :
"Le New
Mon State Party (...) a décidé de déposer une
plainte à lencontre dUNOCAL (...) du fait des
dégats causés sur lenvironnement par les activités
du SLORC (...) dans les zones Môn, Karen, et Tavoyanne relativement
à la construction du gazoduc lié aux gisements gaziers
off-shore" [ Lettre à M. Codon, avocat d'UNOCAL.] .
Le projet du
gazoduc se fait donc contre lavis des représentants
démocratiquement élus par la population, et celui
des populations indigènes concernées. A quoi il faut
ajouter que tout laisse à croire que le contrat avec TOTAL
inclut une clause prohibant tout contact entre lentreprise
et les groupes nationaux sopposant à la junte. Un parlementaire
américain proche dUNOCAL a en effet confirmé
que les partenaires du projet sont interdits de communication avec
les habitants de la région du gazoduc sopposant au
projet. Il a déclaré le 21 avril 1995 que les compagnies
pétrolières étrangères ne sont pas autorisées
à établir quelque contact que ce soit avec des groupes
ethniques armés ou des dissidents politiques, sous peine
de lannulation du contrat et dune saisie du capital
par le SLORC [ Voir également. Y. Lertcharoenchok, "Exploitation
through forced labor", in The Nation, 14.10.1995.] . Ce type de
clause est par ailleurs ordinaire dans les contrats du SLORC avec
des firmes étrangères [ Cf. par exemple le contrat
avec Yukong Ltd pour l'exploitation d'un autre gisement pétrolier
en Birmanie, et la clause 25.2 (section 25) du contrat : "The contract
shall be terminated in its entirety by MOGE if it is proved that
the CONTRACTOR is involved in any manner whatsoever with political
activities detrimental to the Government of the Union of Myanmar
". (Nous soulignons). Cité par Total Denial , p. 7. ] . De fait,
TOTAL a refusé de rencontrer tous les représentants
des groupes ethniques qui lont sollicité, tout comme
cette compagnie a systématiquement refusé les invitations
à visiter les camps des réfugiés, forcés
de quitter la région du gazoduc [ Lettres du KNU, du président
du NMSP.] .
Il devient par
conséquent difficile de prétendre avec TOTAL soutenir
et renforcer la société civile par le projet [ Rappelons
que 80% du gaz produit sera vendu à la Thaïlande, et ne bénéficiera
donc que marginalement à la population de la Birmanie.] , et prétendre
ne pas prendre parti entre "deux factions politiques"
[ Entretien FIDH, 24.09.1996.] . De fait, TOTAL a pris parti
:
En effet, largument
de TOTAL consiste à soutenir que le gazoduc ne générera
des revenus nets pour le gouvernement birman quà dater
de 2001, et que lon ne sait pas "quelle sera alors la
couleur du gouvernement. Quand on sengage dans ce type dinvestissement,
le bénéficiaire nest pas forcément celui
auquel on pense" [ Entretien de M. Valot au Monde, daté 21-22.07.1996.]
. TOTAL soutient donc navoir aucun intérêt au
maintien de la junte au pouvoir. Or, le NCGUB, qui rassemble des
parlementaires élus aux élections de 1990, a très
clairement indiqué à plusieurs reprises quen
tant que représentant du peuple birman, il ne reconnaît
pas les contrats signés par le SLORC, et donc que tout contrat
passé avec la junte ne serait pas reconnu ou honoré
dans léventualité où un gouvernement
civil viendrait au pouvoir : "Ces entreprises ont affaire avec
un régime illégal qui ne représente personne
en Birmanie hormis un petit nombre de militaires. Le régime
na nul mandat du peuple pour exploiter ou vendre à
létranger les ressources naturelles du pays. Cest
pourquoi tout accord passé avec ce régime illégal
ne sera pas honoré par le peuple birman" [ Déclaration
du NCGUB, 17.05.1994.] ; "la légalité du contrat
(...) est discutable. Un gouvernement civil élu reverra le
contrat lorsquil viendra au pouvoir" [ Déclaration, 22.05.1995.]
. Ce qui revient donc à dire donc que TOTAL risque une rupture
de contrat si un autre gouvernement vient au pouvoir.
Ajoutons à
ce premier risque en cas de changement de régime, un second
: depuis 1991, le SLORC a instauré une économie fondée
sur le travail forcé ; celui-ci représentait 3,1%
du PIB en 1995, soit 27% des dépenses de lEtat [ Foreign
Economic Trends Report - Burma, US State Dept, US Embassy, Rangoon,
juillet 1996.] , ce qui équivaut à lutilisation
de 800.000 travailleurs forcés par jour. Depuis 1991, 4 millions
de personnes au moins ont été soumises au travail
forcé ; il est possible de montrer que cette institution
massive et systématique du travail forcé a été
mise en place pour des raisons politiques plutôt quéconomiques
; en effet : - plus de la moitié des dépenses de lEtat
sont consacrées aux dépenses militaires alors que
la Birmanie nest pas en guerre, pendant que toutes les dépenses
sociales ont été réduites à néant,
- les sanctions
économiques internationales qui affectent la Birmanie sont
liées à la décision politique de ne pas transférer
le pouvoir civil élu démocratiquement.
- le travail
forcé est utilisé comme moyen de répression
et de terreur, dans les villes notamment, et que tous les secteurs
de la population y sont soumis (enfants, personnes âgées,
femmes enceintes compris), et plus particulièrement depuis
1991.
On peut légitimement
soutenir par conséquent, et cest lavis de la
FIDH, que linstitution par les autorités birmanes du
travail forcé relève du crime contre lhumanité
tel que défini par le droit international contemporain sur
la base, en particulier, du statut du Tribunal de Nuremberg. Il
est vraisemblable que dans une Birmanie post-SLORC, une forme de
justice sera exigée pour les crimes commis sous la junte
(et Aung San Suu Kyi comme les autres représentants élus
lont déjà évoquée à plusieurs
reprises). Si cette exigence de justice prend la forme dun
procès à un Tribunal International, on peut imaginer
que des victimes interpelleront les investisseurs étrangers,
dont TOTAL, voire essayeront de provoquer des poursuites à
leur encontre, dans la mesure où les investisseurs tirent
bénéfice, de fait, sur le projet Yadana, de lutilisation
de travail forcé qui participe de ce système plus
large mis en place dans toute la Birmanie.
Il apparaît
donc clairement que non seulement TOTAL ne peut se prévaloir
dun soutien quelconque de la société civile,
mais que, de plus, TOTAL et son partenaire UNOCAL ont tout intérêt
au maintien de la junte au pouvoir, tout changement politique
pouvant à tout le moins compromettre le contrat - et le silence
dUNOCAL lors de la libération dAung San Suu Kyi
en juillet 1995 est en cela lourd de signification. L'argument de
TOTAL selon lequel "TOTAL, entreprise industrielle, s'interdit
d'avoir des objectifs politiques, et considère qu'il ne lui
appartient pas de s'immiscer dans la vie politique d'un pays en
prenant fait et cause pour les uns ou pour les autres" [ Lettre
aux participants à la campagne d'Agir Ici, 10.10.1996.] est insuffisant,
dans la mesure où l'une de ces "factions politiques"
est constituée par des représentants élus,
qui condamnent unanimement le projet, et lautre par un régime
illégal - qui approuve le projet. Il est donc possible de
réfuter dune part laffirmation de TOTAL selon
laquelle linvestissement ne constitue pas un geste politique,
et dautre part laffirmation selon laquelle les critiques
du projet proviennent de groupes de pression occidentaux [ UNOCAL,
The Yadana Project , nov. 1995, p. 19.] .
Rappelons que
lEtat français, via la COFACE, a garanti ce
contrat pour TOTAL. Notons en outre que, selon les données
du SLORC, la France serait le premier pays investisseur en Birmanie,
avec plus dun milliard de dollars entre 1989 et 1995, soit
autant que les Etat-Unis, le Japon et Singapour cumulés [
Cité par J. Pilger, "A Cry for Freedom", The new Internationalist,
juin 1996.] .
C. Un soutien économique
Mais le geste
moral et politique nest encore que le premier pas du soutien
apporté par TOTAL au SLORC. Car le projet Yadana, loin de
profiter à la société civile, vient en outre
directement renflouer les caisses de la junte, et constitue donc
un soutien qui nest plus seulement politique, mais
aussi économique :
- Selon le
porte-parole du groupe français, TOTAL a payé 15 millions
de dollars dès 1992 pour le seul accès aux données
techniques du gisement potentiel.
- TOTAL aurait
payé près de 50 millions de dollars de pot-de-vin
("signing bonus") aux autorités birmanes pour sassurer
du contrat, au vu de la compétition avec dautres compagnies
pétrolières telles que Esso, Shell, Nissho Iwai, PTT
et UNOCAL [ Selon des sources diplomatiques en poste à Rangoon.
Cf. Y. Lertcharoenchok, "Exploitation through forced labour" , The
Nation, 14.10.95. Le Oil and Gas Journal, cité par Investor Responsibility
Research Center, op. cit., p. 6, cite un montant de 46 millions
de dollars.] .
- Selon le
rapport 1994 aux actionnaires, UNOCAL a versé près
de 9 millions de dollars au SLORC.
- Le contrat
porte sur plus dun milliard de dollars, et il est estimé
qu'une fois mis en service, le gazoduc rapportera entre 200 et 500
millions de dollars par an au régime, et devrait représenter
la première source de devises étrangères du
pays. Ce dautant que si le SLORC, via la MOGE, a pris
un intérêt de 15% dans le pipe-line, il ne débourse
pas pour autant actuellement cette somme en cash, nen ayant
pas les moyens.
- De plus,
même si le gazoduc ne générera de revenus directs
("cash-flow net") pour la partie birmane quà
dater de 2001 ou 2002, tout laisse à croire que le SLORC
tire dès à présent des bénéfices
financiers du pipe-line, par le biais de prêts gagés
sur les revenus à venir. La majorité des achats les
plus récents darmements proviennent de Chine et auraient
été financés au moyen de prêts à
moyen et long terme [ Foreign Economic Trends Report - Burma , US
State Dept, US Embassy, Rangoon, juillet 1996, p. 22.] . Or la source
assurée de revenus pour le régime à moyen et
long terme est précisément le gazoduc.
Plus de la moitié
du budget national est consacré aux dépenses militaires
[ Source : Asian Wall Street Journal, 12.08.1996. Selon les chiffres
de la Banque Mondiale, les dépenses militaires équivalaient à 50%
des dépenses de l'Etat en 1993-94, et à 45,9% en 1994-95, chiffre
aussitôt démenti par les autorités birmanes, qui le placent à 8-10%.]
: les économistes leur attribuent le déficit budgétaire
chronique de lEtat birman (11,5% du PIB) et le taux élevé
de linflation (37%). Les importations de matériel militaire,
qui connaissent une progression constante [ La junte au pouvoir
a cessé de publier les chiffres depuis trois ans.] , aggravent la
dette extérieure du pays (70% du PNB [ Dictionnaire de Géopolitique,
Flammarion, 1993, p. 295.] ) et sont en partie la cause des arriérés
estimés à 1,5 milliards de dollars par la Banque Mondiale,
en progression de 83% en trois ans [ Financial Times, 06.08.1996.]
. Les effectifs de larmée birmane ont doublé
entre 1988 et 1992, pour atteindre près de 300.000 hommes,
et les achats darmement à létranger ont
dépassé 2 milliards de dollars ; en 1992, le record
a été battu pour les dépenses militaires, avec
des importations pour plus de 390 millions de dollars [ Dara O'Rourke,
"Oil in Burma : Fueling Oppression", Multinational Monitor, juin
1994, p. 18, cité par Total Denial, p.6.] . Ces armes proviennent
notamment de la Chine (avec qui la Birmanie aurait signé
en décembre 1994 un nouveau contrat dachat darmement
dun montant de 400 millions de dollars), du Portugal (mortiers
et munitions), de la Yougoslavie (vedettes côtières)
et de la Pologne (24 hélicoptères doccasion
[ Ces hélicoptères auraient en fait transité successivement par
l'Union Soviétique et le Vietnam avant d'être rénovés en Pologne.]
avec formation des pilotes). A cet égard, il est remarquable
que Lech Walesa, interrogé sur ces ventes darmes et
les ressources du SLORC, aurait répondu que "la Pologne
a été payée par largent de TOTAL"
[ Interview citée entre autres par L'Evénement du Jeudi, 2-8 juin
1994, Humanité Dimanche, 3-9.03.1994 et Paris 24:00 , 31.05.1994.
Selon l'Observatoire Géopolitique de la Drogue, ces paroles seraient
attribuables à un diplomate polonais en poste à Bangkok, et non
à Lech Walesa lui-même. Ceci dit, lors de l'entretien avec la FIDH
le 24.09.1996, M. Daniel a reconnu l'existence de l'interview de
M. Walesa, en en précisant lui-même le contexte.] , ce quauraient
confirmé les représentants du SLORC. Interrogés
à ce sujet lors dun entretien, les représentants
de TOTAL ont répondu de façon évasive [ Entretien
FIDH, 24.09.1996.] . Le Portugal aurait également été
financé, au moins indirectement, par TOTAL [ OGD, Etat des
drogues, drogues des Etats, Hachette, coll. Pluriel Intervention,
1994, p. 144.] .
Rappelons que
la Birmanie nétant pas en guerre contre un autre Etat,
ces armes ne peuvent donc servir quà une répression
interne. Laide économique apportée par TOTAL
à la junte va dès lors directement contre les
intérêts de la société civile, loin duvrer
à son bienfait. Simon Billeness, chercheur au Franklin
Research and Development, entreprise américaine d'investissement,
indique ainsi : "UNOCAL et TOTAL sont des partenaires [de ce
régime répressif], et ne peuvent donc esquiver la
culpabilité" [ Cité par G. Millman, "Troubling Projects",
Infrastructure Finance, fév./mars 1996.] . Le Wall Street Journal
lui-même condamne les "pétrodollars pour le
SLORC" : "Nous avons soutenu le principe du commerce et
des investissements lorsquils renforcent la société
civile face aux dictateurs. Mais ces contrats [des compagnies pétrolières],
dont largent va directement dans les poches du SLORC, ne font
quélever la mise du pouvoir politique" [ Editorial,
10.02.1995. Cf. aussi l'éditorial du Times du 14.02.1995.] .
Il est vrai
que TOTAL participe à des projets de développement
local dans les 13 villages directement situés sur le tracé
du gazoduc : installation de latrines anti-mouches, implantation
délevages de porcs ou de crevettes, recrutement dun
docteur par village, le tout pour un total de 2 millions de dollars
par an [ Cf. brochure TOTAL Le projet Yadana , juillet 1996 et entretien
FIDH 24.09.1996.] . Pour autant, et considérant plus globalement
limpact général du projet sur la population,
la militarisation quil entraîne et les violations des
droits de lHomme quil occasionne, il est possible daffirmer
que ces retombées locales ne sauraient compenser les effets
négatifs du chantier sur la population civile [ C'est là
également l'avis du NCGUB, et du KHRG.] .
D. Un soutien logistique
et militaire
En outre, il
apparaît que ce soutien économique se double dune
collaboration logistique et militaire directe avec larmée
birmane, le Tatmadaw, en particulier sous forme de renseignements
dordre militaire. Des informations de sources fiables, indépendantes
et concordantes font en effet état de laide apportée
par TOTAL à larmée birmane dans les zones de
rébellion :
- En mars 1995,
le colonel Zaw Tun (à la tête du Commandement dOpérations
Tactiques du SLORC dans le Tenasserim) aurait survolé la
zone de Ban-I-Taung [ Ville frontalière, point de jonction du gazoduc
avec la Thaïlande, et proche de plusieurs bases de Karens.] dans
un hélicoptère fourni par TOTAL (et piloté
par un pilote engagé par TOTAL), lors du déroulement
de loffensive lancée quelque temps auparavant contre
les Karens. Ce ne serait pas là une exception, et TOTAL fournirait
régulièrement des vols aux commandants de larmée
lors doffensives contre les groupes rebelles proches du site
du pipe-line [ Cf. D. Steele, "Charges against the pipeline "too
damn many to list"", in The Sunday Post, 07.05.1996, confirmé par
d'autres sources.] .
- TOTAL fournirait
en outre des images aériennes ou satellite des zones de combat
au commandement du Tatmadaw.
- A la suite
de lattaque du 8 mars 1995 (cf. infra., p. 28), TOTAL
a recruté des "consultants en sécurité"
(au moins une dizaine) chargés de protéger tout ou
partie du chantier [ Entretien FIDH 24.09.1996 et "Un chantier à
haut risque pour TOTAL en Birmanie", Libération, 03.09.1996.] .
Selon des informations de source fiable, lentreprise chargée
de la sécurité serait PHL Consultants, dirigée
par Philippe Legorgus. PHL Consultants est lune des entreprises
les plus importantes sur le marché français de la
sécurité. Lentreprise sous-traitante de TOTAL
chargée de poser le gazoduc, une filiale de Spie-Batignolles,
aurait quant à elle employé une autre entreprise de
sécurité, lentreprise ABAC, créée
à la mi-août 1996 pour loccasion (puisque la
pose du gazoduc doit démarrer aux alentours de la mi-octobre
1996). ABAC serait dirigée par deux anciens de la DGSE (un
officier et un sous-officier). Les conditions de recrutement des
employés dABAC les lieraient à PHL Consultants,
puisque les employés dABAC doivent être agréés
par PHL. Avant de sadresser à ABAC, le groupe de Spie
aurait sollicité une autre entreprise de sécurité,
plus ancienne, lentreprise OGS, dirigée par G. Cheyron
du Pavillon et un ancien légionnaire, Jean-Claude François.
Pour les besoins du chantier, OGS aurait fait appel, au moins en
partie, aux services danciens légionnaires [ La présence
de "mercenaires" sur le chantier aurait donc été plus qu'une simple
rumeur. Cf. aussi Intelligence Newsletter, 07.07.1995 et 22.12.1995.]
. Selon nos informations, ce groupe naurait pas donné
satisfaction, ce qui expliquerait le changement dentreprise.
Selon ces mêmes
informations, les consultants en sécurité participeraient
à la sécurité dune grande partie du chantier,
voire de sa totalité, et non pas seulement du camp dOhnbinkwin.
Les consultants collaboreraient de façon étroite avec
le commandement des troupes du SLORC chargé de la sécurité,
notamment par léchange de renseignements.
III
- LE VIDE JURIDIQUE
TOTAL et UNOCAL
ont à plusieurs reprises déclaré se conformer
à la législation en vigueur en Birmanie, notamment
en matière de droits de lHomme, droit du travail, droit
de lenvironnement. Or les institutions en Birmanie sont telles
que soit la législation est inexistante ou contradictoire,
soit elle est totalement dénuée de portée
du fait de labsence ou du défaut dindépendance
de toute autorité judiciaire. Il ny a dès lors
pas grand risque de la part des multinationales à promettre
de respecter une législation inexistante ou inopérante.
A. Le coup dEtat
et labsence dEtat de droit
Le 18 septembre
1988, à la suite des vagues de manifestations populaires,
larmée reprend le contrôle direct du pays [ Avis
( Announcement ) 1/88.] , instaure le Conseil dEtat pour la
Restauration de la Loi et de lOrdre, le SLORC [ Ordre ( Order
) 1/88.] , composé de 19 membres, suspend la constitution
de 1974 et dissout toutes les institutions de lEtat [ Avis
2/88.] . La loi martiale est déclarée, en vue de "maintenir
lordre public et préserver la sécurité
nationale".
Le 15 mai 1992,
le Général Khin Nyunt, Premier Secrétaire du
SLORC et chef des services de renseignements militaires, expliquait
publiquement : "La loi martiale nest ni plus ni moins
la volonté du général qui commande larmée
; en fait, la loi martiale signifie labsence totale de
loi" [ Cité par Amnesty International, No Law at all :
Human Rights under military Rule, Oct. 1992, p.1.] . Dix jours plus
tard, le Général Saw Maung, alors leader du SLORC,
confirmait : "La loi martiale signifie la volonté du
dirigeant. Il peut faire tout ce quil veut" [ Ibid .,
p. 4.] . Comme il le proclame lui-même dans sa déclaration
1/90, section 19, le SLORC est un gouvernement militaire et exerce
les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Durant
les deux années qui ont suivi le coup dEtat, le SLORC
a passé une série de décrets restreignant encore
davantage les libertés, déjà limitées
du temps du BSPP : interdiction des rassemblements de plus de 5
personnes, imposition du couvre-feu, interdiction de toute critique
publique de larmée, passage de ladministration
locale sous contrôle militaire... La pratique du SLORC est
demeurée fidèle à cette interprétation
du droit et à larbitraire qui en découle [ Sur
ces questions, et de façon non exhaustive, cf. NCGUB, Human Rights
Yearbook - 1995, mai 1996, Article XIX, Beyond the Law, août 1996,
Amnesty International, No Law at all... et Myanmar : Human Rights
still denied, nov. 1994, International Commission of Jurists, The
Burmese Way : To where ? , dec. 1991, ICFTU, Burma : SLORC's private
Slave Camp, juin 1995 , Human Rights Watch, Entrenchment or Reform
? , juillet 1995, International League for Human Rights, In Brief
- The human rights situation in Burma, fév. 1994, ainsi que les
rapport des Rapporteurs spéciaux de l'ONU sur la Birmanie.] :
Le SLORC
a refusé de transférer le pouvoir aux représentants
démocratiquement élus lors des élections de
1990.
Les deux
constitutions ayant été abrogées in toto,
il nexiste aucune autorité légale pour restituer
le pouvoir au gouvernement civil élu en 1990. LONU
a caractérisé le droit birman comme "la loi martiale
sous la forme dOrdres du SLORC, appliqués arbitrairement
(...), en particulier contre les minorités ethniques"
[ Cité in US State Dept, Country Reports on human Rights Practices,
1993.] .
Le régime
est en train délaborer une nouvelle constitution, tout
en reniant ses propres engagements, puisque cétait
là la tâche des représentants élus en
1990 - or, seuls 99 des 485 représentants élus ont
finalement été autorisés à participer
à lélaboration de la constitution. Le reste
des 700 délégués a été choisi
par le SLORC [ Cf. UN doc E/CN.4/1996/139 (annexe), p. 5-6.] .
Alors
que les deux constitutions de 1947 et 1974 ont été
abrogées, nombre de dispositions antérieures à
1988 continuent dêtre utilisées par le SLORC
comme fondement juridique des mesures de répression, notamment
le Village Act de 1908 autorisant le travail forcé,
le Unlawful Associations Act de 1908, le Public Order
Preservation Act de 1947, le Emergency Measures Act de
1950, le Printers and Publishers Registration Law de 1962,
la Loi sur la Protection de lEtat de 1975.
Aung
San Suu Kyi a été détenue en vertu de la Loi
sur la Protection de lEtat de 1975, amendée en 1991
afin délever à cinq ans la détention
administrative pour les individus "mettant en danger la paix
de la majorité des citoyens, ou la sécurité
et la souveraineté de lEtat". Cette loi a permis
de maintenir Aung San Suu Kyi en résidence surveillée
sans procès ni mise en accusation jusquà sa
libération en juillet 1995.
Les violations
des droits de lHomme en Birmanie sont massives et dune
ampleur rarement rencontrée : exécutions sommaires,
disparitions, torture, détentions arbitraires, travail forcé,
déplacements de population, absence de liberté dexpression,
absence dindépendance du judiciaire, absence de procès
publics et équitables, atteinte à la vie privée,
discrimination raciale et religieuse, violations de droits de lHomme
dans les conflits intérieurs...
B. Les obligations
de la Birmanie en vertu du droit international
La Birmanie
a ratifié :
- la Convention
relative à lesclavage et le Protocole amendant la
Convention contre lesclavage.
- la Convention
sur le travail forcé n°29.
- la Convention
pour la prévention et la répression du crime de génocide.
- la Convention
relative aux droits de lenfant.
- les Conventions
de Genève sur la protection des populations civiles en cas
de conflit armé national ou international (sans toutefois
adhérer aux Protocoles additionnels de 1977, qui sont applicables
aux conflits armés internes).
Elle a signé,
sans cependant ratifier :
- la Convention
sur les droits politiques de la femme.
- la Convention
pour la répression de la traite des êtres humains et
de lexploitation de la prostitution dautrui.
La Birmanie
est en outre soumise aux principes du droit coutumier international
relatif aux droits de lHomme, affirmés en particulier
dans
- la Déclaration
Universelle des Droits de lHomme,
- le Pacte International
relatif aux droits civils et politiques.
- la Convention
sur le travail forcé n°105 prohibant notamment le travail
forcé aux fins de développement.
La Birmanie
a été condamnée chaque année depuis
1964 par lOrganisation Internationale du Travail pour les
violations de la Convention n°29 sur le travail forcé,
dont les autorités se rendent responsables.
IV -
LES VIOLATIONS DES DROITS DE LHOMME LIEES AU GAZODUC
Les violations
des droits de lHomme se sont accrues de façon notable
dans la région du gazoduc depuis la mise en uvre du
projet et laménagement de la zone, contrairement aux
déclarations officielles des responsables de TOTAL et dUNOCAL.
De nombreuses enquêtes par des organisations nationales et
internationales de droits de lHomme établissent le
lien entre la détérioration de la situation des droits
de lHomme dans la région et les activités liées
au gisement gazier. En 1994, le représentant du HCR en Thaïlande,
M. Von Arnim, indiquait qu"il est vraisemblable que le
travail forcé sera utilisé sur le pipe-line".
Le Rapporteur spécial de lONU sur la Birmanie, Yozo
Yokota, a, dans son rapport de 1995, mis laccent sur le lien
entre violations de droits de lHomme et les investissements
étrangers : "Les travaux forcés, les déplacements
forcés, les exécutions sommaires, les coups, les viols
et les expropriations sans indemnités perpétrés
par le SLORC sont plus fréquents dans les zones frontalières
où son armée est engagée dans des opérations
militaires ou dans des projets de développement régional"
[ Y. Yokota, Situation des droits de l'homme au Myanmar, E/CN.4/1995/6.
Nous soulignons. (M. Yokota a été remplacé en juin 1996 par M. Lallah).]
. De même, en mars 1995, le chargé de mission sur la
Birmanie au sein du Département dEtat américain,
John Lyle, a reconnu que "des témoignages récurrents,
et indiscutablement exacts, sur les violations des droits de lHomme"
proviennent de la région du gazoduc [ Cité in "UNOCAL condemns
Burma army violence to defend gas pipeline", Bangkok Post, 29.03.1995.]
. Il devient donc difficile dargumenter, comme le fait TOTAL,
que les allégations de violations des droits de lHomme
causées par le chantier sont le fait dopposants (étudiants,
groupes ethniques rebelles...) qui ont un intérêt politique
à attaquer TOTAL et la junte, et qui se servent donc de la
propagande pour "continuer la lutte contre le SLORC par dautres
moyens" [ Entretien FIDH, 24.09.1996 et entretien avec Amnesty
International, 13.05.1996.] .
Plus précisément,
outre les sources locales dinformation, des représentants
de plusieurs organisations de défense des droits de lHomme,
tout comme des journalistes, ont pu interviewer les réfugiés
arrivés dans les camps en Thaïlande depuis le début
des opérations liées au projet Yadana ; les interviews
confirment que les violences et exactions à lencontre
de la population civile ont atteint de nouveaux sommets depuis le
début de ces opérations, et que ces exactions sont
le plus souvent la cause de leur départ [ Interviews menées
par Earth Rights International et Southeast Asian Information Network,
citées in Total Denial, p. 22 sq., par KHRG, et par d'autres sources.]
.
Rappelons que,
étant donnée la loi martiale en vigueur en Birmanie,
il ny a pas de recours légal pour les victimes de violations,
et que les observateurs indépendants ne sont pas autorisés
à entrer en Birmanie ou sur les sites du chantier.
Les violations
massives des droits de lHomme liées au chantier de
TOTAL et qui ont pu être vérifiées dans le cadre
du présent rapport peuvent être classées en
deux catégories :
Laccord passé avec le SLORC oblige celui-ci à
garantir la sécurité des zones traversées
par le gazoduc, mais qui sont ethniquement diverses et en proie
à des mouvements de rébellion. La sécurité
de la région passe donc par une militarisation à outrance,
qui se traduit par : - des déplacements de population
- du travail
forcé (construction de camps militaires, de routes pour y
accéder...)
- dautres
violations des droits de lHomme (violations du droit à
la vie, tortures, etc...),
- une pacification
ethnique (donc des offensives contre les rebelles, des représailles
contre les populations civiles, etc...).
Cette clause
de sécurité est la cause majeure des violations des
droits de lHomme contre la population civile locale.
Le projet
de gazoduc lui-même a nécessité un aménagement
de la zone. Sil est vrai que la construction du gros des
infrastructures (installations portuaires, héliports, routes,
etc...) relève de la responsabilité de TOTAL, laménagement
préliminaire de la zone de construction a été
effectué par les troupes du SLORC, tout comme ont été
construites sous sa responsabilité des infrastructures nécessaires
à larmée, et qui ont entraîné
- des déplacements
de population
- du travail
forcé
- des violences
diverses (tortures, viols, extorsions de fonds...)
Les violations
sont massives et systématiques. Limpunité absolue
dont bénéficient les auteurs des exactions, notée
par Y. Yokota [ E/CN.4/1995/6, 1, § 230.] , renforce encore davantage
le climat de violence systématique. Le fait que les troupes
du SLORC soient les premières mises en cause dans ces violations
nexonère pas pour autant les responsables de TOTAL
et dUNOCAL. Le chantier du gazoduc est à tout le
moins l'occasion de violations massives des droits de lHomme,
perpétrées par le SLORC, et qui sont connues, vérifiées,
commises sur le site du chantier et ses alentours, et de son fait.
A. Militarisation
Durant le règne
du BSPP, le territoire de la Birmanie fut découpé
en trois grandes catégories, selon le degré de contrôle
par larmée - classification reprise par le SLORC :
- zones noires,
ou free fire zones : zones sous contrôle de lopposition.
- zones brunes
: zones qui ne sont sous contrôle ni du SLORC ni de lopposition.
- zones blanches
: zones sous contrôle du SLORC.
Le gazoduc traversera
des zones des trois catégories, et il est rapidement apparu
aux partenaires du projet que celui-ci ne pouvait progresser de
façon satisfaisante quà condition que la région
sur tout le tracé du gazoduc soit parfaitement contrôlée
par le SLORC et devienne zone blanche. Sans cela, le gazoduc risquait
de subir non seulement des dommages collatéraux aux combats
entre les troupes du SLORC et les groupes armés, mais encore
des attaques directes - ce qui a effectivement eu lieu. En confiant
au SLORC la responsabilité de garantir la sécurité
du projet, le contrat autorise donc une consolidation de la présence
militaire dans la région, tout en la légitimant. De
fait, larmée a progressivement augmenté sa présence
dans la région. En 1990, il y avait environ 5 bataillons
situés dans la région du gazoduc [ "Cease-fire agreement
to ease repatriation of Mon refugees", in Bangkok Post, 01.07.1995.]
; en mai 1996, au moins 12 bataillons (peut-être même
15) y avaient été déployés. Quatre Bataillons
dInfanterie Légère (BIL 273, 408, 409, 410)
sont affectés exclusivement à la protection du gazoduc,
soit près de 3000 hommes. Au total, environ 10.000 hommes
sont chargés de la sécurité du gazoduc, selon
les estimations. Ce chiffre ninclut pas les unités
de renseignements, les forces de police ou forces spéciales
que le SLORC a dispersées dans toute la région.
En décembre
1994, le SLORC a lancé une vaste opération militaire,
lOpération
Natmin, qui
avait deux objectifs principaux :
- garantir
la sécurité du gazoduc
- éliminer
les forces de résistance
Lorsque lOpération
Natmin prit fin en juillet 1995, des milliers de civils avaient
été déplacés de force et de multiples
offensives armées avaient été menées
contre des groupes armés ethniques. Des milliers de personnes
avaient également fui la région du Tenasserim vers
la frontière thaïe.
Une autre offensive
militaire a été lancée par le Tatmadaw dans
la région de Nat Ein Taung, point de jonction du gazoduc
avec la Thaïlande, en février 1995. Cest à
loccasion de cette offensive que TOTAL aurait prêté
un hélicoptère au colonel Zaw Tun (cf. supra.,
p. 20).
Rappelons que
si le NMSP a signé un accord de cessez-le-feu avec le Tatmadaw
en juin 1995, le KNU poursuit ses offensives contre larmée
birmane dans la division du Tenasserim. Les pourparlers de paix
engagés entre le SLORC et le KNU se sont jusquà
présent soldés par des échecs. De façon
plus insidieuse, le SLORC soutient militairement une faction dissidente
du KNU, la DKBA, qui, depuis quelques mois intensifie sa campagne
contre les réfugiés karens installés à
la frontière thaïe, le long de la Moei, afin de les
contraindre à regagner les zones tenues par le SLORC [ Bangkok
Post, 25.08.1996 et Thailand Times, 26.08.1996.] .
Le gazoduc sert
donc directement :
i) à
la perpétuation et à lamplification des affrontements
entre larmée et les groupes rebelles armés.
Largument, plusieurs fois répété, de
TOTAL et dUNOCAL consiste à dire que les affrontements
avaient déjà commencé avant le gazoduc dune
part, et quil ny aurait nul besoin darmée
si les groupes rebelles armés nattaquaient pas le gazoduc.
John Imle, président dUNOCAL, reconnaît par exemple
directement que "si le gazoduc est menacé, la présence
de larmée va être renforcée (...). A chaque
menace sur le gazoduc il y a aura une réaction" [ Entretien
avec des opposants au gazoduc, 04.01.1995.] . M. Valot, de TOTAL,
précise : "Que Messieurs les Karens commencent !",
sils ne veulent plus de militaires dans la région [
Entretien FIDH 24.09.1996. Cf. aussi Hervé Madeo, représentant de
TOTAL, dans son interview avec David Brunnstrom, "TOTAL's Burma
gas venture may cost US$ 1 billion", in Reuter's Financial Report,
Energy News, 16.10.1992.] . Or, cest là une explication
insuffisante, dans la mesure où le pipe-line traverse des
régions qui étaient jusque-là sous contrôle
des groupes rebelles, et qui ont toujours été habitées
par ces populations indigènes ; ces dernières nont
jamais été consultées sur le bien-fondé
du pipe-line, et TOTAL et UNOCAL ont toujours refusé tout
contact avec eux. Dans les termes du Australian Council for Overseas
Aid, "la question des droits des peuples indigènes
est clairement dactualité dans les allégations
au sujet du pipe-line. Des compagnies qui opèrent à
proximité dun vaste projet utilisant le travail forcé,
tel que le chemin de fer Ye-Tavoy, qui mettent en uvre un
projet dune grande ampleur sans la permission des communautés
indigènes locales, prêtent le flanc à (...)
de graves critiques" [ ACFOA, Slave Labour in Burma, mai 1996.]
.
ii)
tout comme il sert à la perpétuation et la recrudescence
des violations contre la population par larmée.
Cette militarisation intensive de la région du gazoduc a
en effet eu un impact négatif sur la population de la région,
car outre le déséquilibre quelle entraîne,
elle a signifié toutes sortes dabus à légard
de la population, notamment par des déplacements forcés
de villages et lutilisation systématique de travail
forcé pour la construction de casernes militaires et de projets
liés au pipe-line (cf. infra., p. 33 sq.). John Imle,
président dUNOCAL, a reconnu que la présence
militaire signifiait un accroissement des violations des droits
de lHomme, et notamment du travail forcé : "Si
travail forcé et armée vont de pair, alors oui, il
y aura plus de travail forcé" [ Entretien avec des opposants
au gazoduc, 04.01.1995.] . Un représentant dUNOCAL
a de même condamné lusage de la violence contre
des civils par les troupes chargées de la sécurité
du gazoduc - reconnaissant par là même implicitement
lexistence dune telle violence [ "UNOCAL condemns Burma
army violence to defend gas pipeline", Bangkok Post, 29.03.1995.]
.
Dans la mesure
où les dirigeants des entreprises concernées reconnaissent
non seulement que le chantier nécessite un accroissement
de la présence militaire dans la région, mais encore,
que cet accroissement a des implications directes quant aux violations
des droits de lHomme dont se rend coupable le Tatmadaw,
et quant au conflit avec les groupes rebelles, il en découle
:
- dune
part, que les dirigeants reconnaissent que le chantier est la
cause dune présence militaire accrue dont limpact
sur la population est clairement négatif.
- dautre
part, que le chantier a des implications politiques,
dans la mesure où il intensifie et légitime le combat
avec les rebelles. Une fois encore, laffirmation des dirigeants
de TOTAL - "nous ne sommes pas un acteur politique" [
Entretien FIDH, 24.09.1996.] - et de ceux dUNOCAL - "nous
sommes apolitiques" [ Interview de M. Stegemeier, représentant
d'UNOCAL, cité in "Protesters crash UNOCAL meeting", Houston Chronicle,
23.05.1995.] - nest pas tenable.
1. Attaques
contre le projet
Cest bien
aussi comme un projet à dimension politique que le perçoivent
les opposants rebelles : trois attaques au moins ont eu lieu contre
le gazoduc.
La FIDH tient
à signaler ici quelle condamne le recours à
la force armée, de quelque côté quelle
provienne.
Mars 1995
Le 8 mars 1995,
trois camions quittent la base de TOTAL à Kanbauk en direction
dOhnbinkwin. Le premier camion, qui transporte des civils,
nest pas visé. Les deux camions suivants transportent
des soldats du SLORC, armés, ainsi que des civils. Un soldat
du KNLA envoie un tir de lance-roquette de 62 mm sur le second camion,
et un tir de mortier de 79 mm sur le troisième, ce qui est
suivi de tirs de fusils dassaut M16 et AK-47. Cinq personnes
sont tuées et 11 personnes au moins blessées lors
de cette attaque [ Source : interview ERI avec un officier du KNU,
et avec des sources proches de l'attaque, cité in Total Denial,
p. 15.] . Depuis, le KNU a déclaré que lattaque
du 8 mars 1995 nétait pas une offensive préparée
mais plutôt une procédure militaire classique lorsque
les troupes du SLORC débordent sur le territoire contrôlé
par le KNU - les camions de TOTAL furent donc considérés
comme des objectifs militaires légitimes, et non un convoi
civil. A la suite de cette attaque, les troupes du BIL 408 auraient
exigé une somme de 100.000 kyats aux villages alentour, soi-disant
pour compenser les pertes subies par larmée lors de
lattaque [ KHRG, Conditions in the Gas Pipeline Area, n° 95-27,
01.08.1995 et Mon Information Service Bangkok, mai 1996.] .
TOTAL a reconnu
cette attaque, mais a toutefois gardé un silence remarqué
autour de cette affaire, à la suite de laquelle lentreprise
a engagé les consultants en sécurité.
Décembre
1995
La seconde attaque
aurait eu lieu à Ohnbinkwin à la mi-décembre
1995. Des villageois armés auraient tenté datteindre
le camp de TOTAL avec un tir de mortier de 107 mm, qui aurait manqué
le camp ; son explosion nest pas confirmée. A la suite
de lattaque, le SLORC aurait prévenu les chefs des
villages alentour quil y aurait des représailles si
des coups de feu étaient entendus dans leur village ou à
proximité : "Votre village sera réduit en poussières"
[ Interview ERI, cité in Total Denial , p. 16.] , menace qui, au
vu des pratiques communes du SLORC dans la région, nest
certainement pas à prendre à la légère.