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SEMINAIRE REGIONAL

PARTENARIAT EURO-MEDITERRANEEN, DIVERSITE CULTURELLE ET UNIVERSALITE DES DROITS DE L'HOMME

Rabat, 9 - 12 mai 2002


RELEVE DE CONCLUSIONS


Les droits culturels sont des droits de l'Homme universels

 

Le séminaire " partenariat euro-méditerranéen, diversité culturelle et universalité des droits de l'Homme " organisé par la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH), en partenariat avec l'Association marocaine des droits humains (AMDH) et l'Organisation marocaine des droits humains (OMDH), a regroupé 80 personnes - défenseurs des droits de l'Homme de la région (Libanais, Jordaniens, Palestiniens, Syriens, Egyptiens, Tunisiens, Algériens, Turcs, Marocains…), et experts de la diversité culturelle des deux rives de la Méditerranée.

Ce séminaire s'inscrit dans le " programme de renforcement des ONG nationales des droits de l'Homme dans les pays du Sud et de l'Est de la Méditerranée " que la FIDH met en œuvre dans le cadre du partenariat euro-méditerranéen instauré par la Déclaration de Barcelone adoptée en décembre 1995 par 12 Etats du Sud et de l'Est de la Méditerranée et les 15 Etats membres de l'Union européenne.

Les participants ont formulé les conclusions suivantes.


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Le séminaire a mis en évidence l'urgence de la mobilisation de l'ensemble du mouvement des droits humains en faveur de la protection de la diversité culturelle et des droits culturels.

En effet, les participants constatent et déplorent le fait que, depuis quelques décennies, la diversité culturelle qui fait la richesse de la région euro-méditerranéenne ne fait pas l'objet d'une protection et d'une promotion suffisante. Le dialogue entre les cultures se tarit, les dominations culturelles se renforcent et ceux qui ont vocation à faire vivre leur culture, comme les chercheurs ou les artistes, émigrent.


Les participants expriment leur solidarité avec les victimes des violations des droits culturels et des discriminations ethniques, linguistique, religieuses, sexuelle.

Les participants appellent les Etats à ratifier sans réserve la Convention internationale pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes et à garantir l'égalité des droits entre les hommes et les femmes dans les législations réglementant le statut personnel et de la famille et ce, en conformité avec le droit international des droits de l'Homme.


1. Refuser l'" égalité aveugle " et le différentialisme

L'Etat-Nation, l'absence de démocratie, puis la " globalisation " telle qu'elle se développe actuellement, tendent à standardiser, à uniformiser sociétés et cultures. Les réactions de défense face à cette menace prennent souvent des formes radicales - replis identitaires, intégrismes -, qui défigurent les cultures qu'elles prétendent préserver. Les politiques de " dignité égalitaire " qui se veulent aveugles à la diversité, au particulier, à l'individualité ne produisent qu'une égalité abstraite, formelle et mutilante. A l'inverse, celles des " politiques de la différence " qui prônent une égale reconnaissance de tous les particularismes légitiment, au nom du relativisme culturel, un conditionnement des droits fondamentaux à l'appartenance identitaire déclarée ou même présumée de la personne.

Or, d'une part, chaque individu a le droit de choisir librement ses appartenances sans être " assigné à résidence communautaire ; et d'autre part, les particularismes ne sont recevables qu'à la condition qu'ils ne portent pas atteinte à l'égale dignité et aux droits égaux de tous les êtres humains ".


2. Aller de l'universalisme à l'universalité

L'universalisme est devenu une proclamation abstraite, donc nécessaire mais insuffisante. L'effectivité des droits fondamentaux impose la concrétisation de leur universalité, le passage du discours aux actes, comme l'illustre l'exemple de la revendication de la parité. Dès lors, on ne peut concevoir la diversité culturelle que comme inscrite dans les pratiques sociales : les individus vivent leurs identités à partir de leurs positionnements, des rapports sociaux dans lesquels ils sont impliqués ; ils (re-)construisent leurs identités sur cette base, et parfois même à partir de " désignations " imposées de l'extérieur, en se réappropriant leur subjectivité. La prise en compte et du poids de la diversité sociale et de la montée de l'individuation est essentielle pour garantir le respect simultané du pluralisme culturel et des droits individuels et collectifs.


3. Nourrir l'universel du particulier

Dans la plupart des pays, les représentations idéologiques que les Etats et les sociétés ont d'eux-mêmes ne correspondent pas à leur réalité sociologique. L'occultation de la diversité culturelle présente dans les sociétés ne peut que générer des violences, voire des affrontements fratricides. A l'inverse, la gestion pacifique de la tension entre le particulier et le général est au fondement même de l'idéal démocratique.

Pour mieux prendre en compte les particularismes sans compromettre le lien social, il faut répondre aux demandes " particulières ", en les considérant comme légitimes, en se fondant sur les instruments internationaux qui, tous, garantissent le respect des droits de l'Homme sur une base non-discriminatoire. Mais cette application doit être concrète, effective, et encourager l'émergence de la dimension universelle du particulier (reconnaissances mutuelles, solidarités, dialogue des cultures, etc.).


4. Garantir la diversité à tous les niveaux

Trois échelles doivent être simultanément considérées : celle de la mondialisation (opposer un universalisme respectueux de la diversité culturelle à un universalisme impérieux), celle de la zone du partenariat (partenariat équitable, reconnaissant la diversité de sociétés et de cultures à l'intérieur de cette zone) et celle des sociétés incluses dans cette zone (garantir le respect de la diversité culturelle dans chaque Etat). Toutes les situations, même les plus sensibles, doivent être prises en compte.

La reconnaissance et le respect de la diversité culturelle sont indispensables non seulement du point de vue du respect des droits mais aussi dans l'intérêt même de la paix et de la cohésion sociales. Et cette reconnaissance ne se divise pas : les gouvernants des Etats ne peuvent exiger le respect de la spécificité d'une société par la " globalisation impériale " que s'ils garantissent en même temps réellement le respect de la diversité interne à cette même société.


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PROPOSITIONS D'ACTION


1. Optimiser l'utilisation des mécanismes internationaux de protection de la diversité culturelle et des droits culturels

1.1. Les participants soulignent l'importance des organes de supervision de traités des Nations Unies, en particulier le Comité des droits de l'Homme, le Comité des droits économiques, sociaux et culturels, le Comité pour l'élimination de la discrimination raciale, pour protéger les droits culturels.

L'élaboration de " rapports alternatifs " aux rapports périodiques présentés par les Etats devant ces Comités, permet aux organisations non-gouvernementales de susciter un débat au niveau national sur la question de la diversité culturelle et des droits culturels, et de le porter sur la scène internationale.

1.2. Les participants considèrent que les Rapporteurs spéciaux de la Commission des droits de l'Homme des Nations Unies - en particulier le Rapporteur spécial sur la liberté d'opinion et d'expression, le Rapporteur spécial sur l'intolérance religieuse, le Rapporteur spécial sur les droits des migrants, le Rapporteur spécial sur le droit à l'éducation, sur les violence contre les femmes - ont un rôle essentiel à jouer pour protéger la diversité culturelle et des droits culturels dans la région.

Ils recommandent aux Etats de la région de leur adresser des invitations " permanentes " à se rendre sur place pour recueillir des informations et faire rapport à la Commission des droits de l'Homme sur la situation.

Les participants considère que la nomination récente d'un Rapporteur spécial sur les droits et libertés des peuples autochtones constitue une avancée.

Les participants appellent les Etats membres de la Commission des droits de l'Homme à nommer un Rapporteur spécial sur les minorités. Le mandat de ce Rapporteur, pour devenir un véritable outil entre les mains des défenseurs des droits de l'Homme, devra lui permettre de relever et de dénoncer les violations des droits culturels et les atteintes à la diversité culturelle.

1.3. Les participants demandent au Groupe de travail sur les minorités de la Sous-Commission des droits de l'Homme des Nations Unies de se rendre dans la région pour évaluer les situations.


2. Refonder le partenariat euro-méditerranéen afin qu'il devienne un outil de protection et promotion des droits humains, de la diversité culturelle et des droits culturels.

La construction d'un espace méditerranéen doit être à la fois fondé sur la reconnaissance d'une culture commune à la région, basée sur les principes et les valeurs universelles des droits de l'Homme, et sur la protection et la promotion de toutes les cultures qui font la diversité culturelle de la Méditerranée.

Les participants constatent que la clause droits de l'Homme (article 2) contenue dans chacun des accords d'association qui lient les Etats membres de l'Union européenne et plusieurs pays du Sud ou de l'Est de la Méditerranée, est restée une coquille vide. Ils appellent l'Union européenne à établir des mécanismes et des procédures effectives de mise en œuvre de cette clause.

 

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ANNEXES :

Les annexes ci-après ne reflètent que les positions des organisations signataires. Elles ne lient pas la FIDH, l'OMDH, l'AMDH ni l'ensemble des participants.

- RECOMMANDATIONS SUR LE PEUPLE KURDE
- RECOMMANDATIONS SUR LES IMAZIGHEN
- RECOMMANDATIONS SUR LES ASSYRIENS
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RECOMMANDATIONS SUR LE PEUPLE KURDE

Les participants condamnent la politique d'assimilation forcée, de destruction systématique de l'identité culturelle, linguistique et nationale du peuple kurde par les gouvernements, de Turquie, d'Iran, d'Irak et de Syrie. Ils demandent au gouvernement syrien la restitution de leur droit naturel à la citoyenneté, aux 300 000 Kurdes de la région de Djézira.

Ils dénoncent la politique de purification ethnique et religieuse de la population kurde, assyrienne, turkmène et chiite, dans les régions sous contrôle du gouvernement irakien.

Ils condamnent l'arrestation et l'expulsion vers l'Irak de centaines de demandeurs d'asile irakiens au Liban.

Ils demandent aux gouvernements des Etats arabes, et au Haut Commissariat aux réfugiés de garantir le droit d'asile des réfugiés irakiens qui constituent, de part leur nombre, le deuxième groupe de réfugiés dans le monde après les Afghan.

Vu la gravité et l'étendue des crimes commis contre l'ensemble de la population irakienne et en particulier contre l'existence même du peuple kurde en Irak, qualifié par le Rapporteur spécial de la Commission des droits de l'Homme des Nations Unies de génocide , de crime contre l'humanité et de crime de guerre, ils demandent à la communauté internationale la création d'un tribunal international ad hoc pour juger les dirigeants irakiens responsables de ces actes.

Vu le nombre de drames et de conflits qu'il a engendré tout au long du vingtième siècle et sans la solution de laquelle il n'y aura ni paix ni stabilité au Moyen-Orient, ils demandent à la Ligue des Etats Arabes de convoque une conférence régionale sur la question kurde mais aussi à l'ONU de prendre l'initiative de convoquer une conférence internationale.

Ils demandent la reconnaissance du droit du peuple kurde à l'autodétermination.

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RECOMMANDATIONS SUR LES IMAZIGHEN

1. Les revendications amazigh relèvent des droits humains. Elles se posent parce qu'il y a déni de ces droits pour les Imazighen. Leur résolution de doit aucunement attendre l'instauration de la démocratie, comme le veulent les anti-amazighs.

Le premier jalon de cette démocratie doit être la reconnaissance constitutionnelle des droits linguistique et culturels des Imazighen. Le deuxième jalon doit être la cessation de toute forme de discrimination contre les Imazighen.

2. Nous déonçons la destruction de la culture, de la langue et de toute base de survie culturelle des Imazighen pour réaliser son assimilation par les groupes politiques dominants. Certains Etats, dont la tentative de la destruction de la culture et de la langue est considérée comme insuffisante passent à la destruction physique des Imazighen ( les Touaregs, et les Kabyles depuis avril 2001).

3. Nous demandons à l'Union européenne de suspendre l'accord d'association avec l'Algérie. Sa reconduite doit être conditionnée par l'arrêt de la répression en Kabylie ainsi que par la satisfaction des revendications du mouvement citoyen en Kabylie.

4. L'Union européenne doit être plus exigeante en matière de respect des droits humains dans ses relations avec les Etats Nord-africains.

5. Nous dénonçons l'arbitraire pratiqué par l'Etat marocain envers les associations amazighes (interdiction de manifestations et de réunions, intimidation et menaces des militants amazighs).

6. Nous demandons à la FIDH de remplacer le terme " Maghreb " par " Afrique du Nord " pour désigner notre région. En effet, l'appellation " Maghreb " est chargée d'une connotation idéologique (occident du Monde arabe) perçue par Imazighen comme une " participation à leur assimilation " en les intégrant dans un " monde arabe " dans lequel ils ne se reconnaissent pas. " Afrique du Nord " a l'avantage d'être une appellation géographique sans aucune connotation idéologique.

7. Tamazights doit être reconnue langue officielle dans l'ensemble des Etats nord africains. Son utilisation dans les médias, dans l'administration, l'éducation et la justice doit être clairement inscrit dans les textes fondateurs des Etat concernés.

8. Nous dénonçons l'expropriation des tribus et des propriétaires autochtones de leurs terres et exigeons de l'Etat marocain de mettre fin à la politique de violation du droit à la terre.

9. Nous demandons la ratification de la convention 169 dd l'Organisation Internationale du Travail relative aux droits des tribus et des peuples autochtones.

10. Nous exigeons des Etats nord-africains la réécriture de l'Histoire de l'Afrique du Nord.

11. Nous suggérons à la FIDH de mettre en place un observatoire des droits linguistiques et culturels des Imazighen en Afrique du Nord.

12. Faire la lumière et exiger toute la vérité sur les crimes commis au Rif (Maroc) par l'Etat marocain en 1958-1959.

13. Nous suggérons à la FIDH l'organisation de rencontres périodiques conscrées aux peuples opprimés de la Méditerranée (Kurdes, Imazighen, Palestiniens, Coptes, Assyriens, etc.).

14. Nous condamnons les crimes de l'Etat algérien, de sa gendarmerie, sa police et son armée en Kabylie. Nous exigeons l'arrêt immédiat de la répression en Kabylie ainsi que la libération immédiate et inconditionnelle des délégués des comités de villages arrêtés par la police algérienne. Nous demandons une commission d'enquête internationale pour désigner tous les responsables des assassinats, tortures et viols commis en Kabylie et leur traduction devant les juridictions compétentes.

15. Nous apportons une solidarité pleine et entière au peuple amazigh de Kabylie qui lutte dans des conditions extrêmes.


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RECOMMANDATIONS SUR LES ASSYRIENS

Depuis le début du siècle dernier, les Assyriens, en tant que peuple autochtone irakien, ne cessent de revendiquer leurs droits nationaux et le respect de leur particularité culturelle et linguistique en Irak.

Leurs revendications se concentrent sur la reconnaissance constitutionnelle de leur identité et leur existence culturelles et nationales dans le cadre de l'unité et de la souveraineté nationale irakienne.

Nous demandons que lumière soit faite sur la souffrance des Assyriens et leurs revendications afin de faire pression sur les autorités irakiennes pour qu'elles respectent la particularité et la culture des Assyriens, en tant que peuple autochtone.

Articles de la LETTRE
 
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