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L’intervention armée américaine et britannique
en Irak passant outre l’opposition du Conseil de Sécurité
et de la majorité des Etats et opinions publiques, consacre
une montée en puissance de l’illégalité
et de l’arbitraire. Cette pratique ne date pas du 20 mars
2003, 2h35 GMT.
En 2002, les défenseurs des droits de l’Homme
n’ont eu de cesse de tirer la sonnette d’alarme.
Conséquence du contexte post-11 septembre, le tout sécuritaire
est devenu la priorité absolue et la lutte contre le
terrorisme – légitime et nécessaire –
se voit détournée de son objectif premier, utilisée
par les États pour asseoir ou renforcer leur propre pouvoir
au détriment de leurs engagements en matière de
droits de l’Homme. La campagne internationale contre le
terrorisme a fourni à de nombreux Etats l’occasion
de se doter de nouvelles lois, qui, sous prétexte de
lutter contre le terrorisme, restreignent ou permettent de restreindre
l’exercice des libertés fondamentales, notamment
les libertés d’expression, d’association
et de manifestation.
Les instances multilatérales ont suivi, en toute logique,
le mouvement des Etats qui les composent. La lutte contre le
terrorisme a animé tous les débats au détriment
d’une évaluation de la situation des droits de
l’Homme qui relève pourtant du mandat de ces organes.
En 2002, plusieurs organisations régionales ont adopté
des textes pour lutter contre le terrorisme tels l’Union
européenne et l’Organisation pour la sécurité
et la coopération en Europe (OSCE) tandis que la Convention
contre le terrorisme de l’Union africaine est entrée
en vigueur. Ces textes auxquels s’ajoutent les autres
conventions régionales existantes, telles la Convention
arabe sur la répression du terrorisme, ont tous en commun
une définition très large du terrorisme qui fait
craindre qu’un très grand nombre d’actes,
y compris d’opposition légitime et de mobilisation
de la société civile tombe sous le qualitatif
de «terroristes ».
Parallèlement, au nom de la lutte commune contre le
terrorisme, les critiques de la communauté internationale
à l’égard de pays peu soucieux de respecter
l’Etat de droit se sont très nettement atténuées.
Au contraire, nombre d’Etats se sont ainsi vus accorder
un véritable blanc-seing dans la mise en œuvre de
leur stratégie répressive.
En Malaisie et dans plusieurs pays de la région, en
raison du fait que l’Asie a été déclarée
par le Président des Etats-Unis comme le second front
dans la lutte antiterroriste, les gouvernements ont interprété
la nouvelle alliance contre le terrorisme comme un chèque
en blanc pour mener une répression contre tous les éléments
qu’ils considèrent comme subversifs ou portant
atteinte à la sécurité nationale.
En 2002, les défenseurs des droits de l’Homme
se sont eux-mêmes retrouvés pris au piège,
dans la tourmente de l’après-11 septembre : ils
sont devenus pour de nombreux Etats ces « nouveaux criminels
», qu’il importe de neutraliser au nom de la lutte
anti-terroriste et grâce aux moyens offerts par celle-ci.
En 2002, cette tendance s’est aggravée par le biais
d’attaques directes contre les défenseurs ou par
l’adoption de lois comportant un risque réel de
porter atteinte à leurs droits (lois de lutte anti-terroriste,
lois de sécurité nationale, …).
En Géorgie, lors d'une session gouvernementale en mars
2002, le Président Shevardnadze a comparé les
activités des ONG à celles des terroristes et
a appelé à un sévère contrôle
financier. Il a aussi précisé que des poursuites
judiciaires pourraient être lancées contre les
ONG si elles violaient les règles. Le Président
a réitéré ces propos diffamatoires à
l'occasion de réunions et de conférences de presse,
obtenant l'appui de tous les officiels de haut rang. M. Levan
Mamalazade, membre du gouvernement, a même accusé
les ONG de «trahison» et a appelé à
l'ouverture de poursuites judiciaires contre les ONG pour «tentatives
de coup d'Etat». Les médias gouvernementaux ont
largement relayé ces déclarations.
En juin 2002, la Russie a adopté en quelques jours une
loi sur l’extrémisme politique qui ne donne aucune
définition claire de "l'extrémisme politique",
laissant ainsi la porte ouverte à de nombreuses interprétations
arbitraires. Le procureur ou toute autre institution judiciaire
peut suspendre ou dissoudre une organisation, un syndicat ou
un groupe religieux soupçonné d' "extrémisme".
Cette loi constitue une véritable menace pour l’ensemble
des représentants de la société civile
russe.
En Jordanie, Toujan Al-Faisal ancienne députée
et défenseur des droits de l’Homme, a été
condamnée à 18 mois de prison ferme en mai 2002
sur la base de l’article 150 du Code pénal, introduit
sur une base temporaire en octobre 2001 afin de lutter contre
le terrorisme et prévoyant des restrictions à
la liberté d’expression. Mme Al Faisal avait diffusé
une lettre ouverte accusant le Premier Ministre de malversations
financières ; elle a été libérée
le 26 juin après avoir fait une grève de la faim
pendant un mois et grâce à la pression internationale.
L’objectif poursuivi par ces Etats opportunistes dans
la mise en application de cette stratégie de criminalisation
des défenseurs est de contrôler toute information
relative aux droits de l’Homme. Dans 80 Etats, les militants
des droits de l’Homme restent en effet ces « fauteurs
de trouble », responsables en réalité de
ternir l’image nationale et internationale de leurs gouvernements,
et qu’il faut à tout prix empêcher de nuire.
Dans certains pays fermés, dont l’Irak, la Corée
du Nord, le Turkménistan, ou encore la Libye, aucune
action de défense des droits de l’Homme n’est
possible, les libertés fondamentales universellement
reconnues étant strictement restreintes, voire inexistantes.
Aux fins de contrôler cette information, les Etats emploient
des méthodes radicales (assassinats et enlèvements
de défenseurs, menaces de mort, mauvais traitements et
tortures, arrestations et détentions arbitraires, interdictions
de quitter le pays, …). L’Observatoire a ainsi recensé
en 2002, 76 cas de défenseurs assassinés ou victimes
de disparitions forcées, dont la plupart sont des défenseurs
colombiens pris en étau entre le pouvoir et les groupes
para-militaires qui lui sont liés. L’Observatoire
a également recensé 143 cas de défenseurs
victimes d’arrestations, détentions et/ou condamnations
arbitraires et pour certains de mauvais traitements et actes
de torture.
Au Tchad, deux membres de la Ligue tchadienne des droits de
l’Homme (LTDH) ont été détenus pendant
trois semaines en octobre 2002, durant lesquelles ils ont été
l’objet de graves actes de tortures.
Au Libéria, les défenseurs accusés de collaborer
avec le mouvement rebelle du LURD (Liberian United for Reconciliation
and Democracy), sont également l’objet de détentions
arbitraires et d’actes de torture.
En Tunisie, Zouhayr Yahyaoui, internaute fondateur et animateur
d’un site consacré aux libertés fondamentales
a ainsi été condm,né à deux ans
de prison pour propagation de fausses nouvelles. Il aurait été
torturé durant les cinq premiers jours de sa détention.
Au Vietnam et en Chine, plusieurs militants diffusant leurs
documents sur Internet ont été condamnés.
Au Kazakhstan, Sergey Duvanov rédacteur en chef du bulletin
d'information, Les droits de l'Homme au Kazakhstan et dans le
monde, publié par Bureau international des droits de
l'Homme et de la justice, a été condamné
le 11 mars 2003 à 3 ans et demi de détention pour
viol sur mineure au terme d’un procès entaché
de nombreuses irrégularités de procédure.
Son arrestation est intervenue au moment où M. Duvanov
se préparait à voyager pour discuter publiquement
de la situation des droits de l'Homme au Kazakhstan.
Les Etats emploient aussi des méthodes plus pernicieuses,
qui participent de cette stratégie de musellement (en
2002, l’Observatoire a recensé 267 cas de défenseurs
ou associations, victimes de menaces, intimidations, agressions,
campagnes de diffamation, fermetures d’ONG).
Ainsi, elles orchestrent des campagnes de diffamations relayées
par les médias officiels, afin de dénigrer auprès
de la population et de la communauté internationale le
contenu des informations transmises et ainsi les couper des
relais et du soutien nécessaires à leurs activités.
Au Zimbabwe, le Président a lui-même accusé
les ONG d’interférer dans les affaires nationales
et d’être des « petits gouvernements ».
En Equateur ou au Honduras, les défenseurs ont été
présentés comme des amis et protecteurs des délinquants,
en raison de leur lutte pour le droit à un procès
équitable ou à des conditions de détention
humaines.
Dans des contextes de tensions ou de conflits armés,
ces campagnes constituent de réelles menaces pour la
vie des défenseurs, comme en République démocratique
du Congo (RDC), ou encore en Colombie, où de nombreuses
organisations sont publiquement accusées d’être
la façade de groupes subversifs et de collaborer avec
eux.
En République démocratique du Congo, dans la
zone contrôlée par le mouvement rebelle du Rassemblement
congolais pour la démocratie (RCD), les défenseurs
sont présentées sur les ondes de la radio officielle
comme des « agitateurs » ou des « opposants
», en raison notamment de leurs appels à la démilitarisation
et de leurs déclarations publiques sur les violations
des droits de l’Homme perpétrées par le
RCD. A la suite d’une « rébellion »
au sein du RCD en mai 2002, les défenseurs ont été
présentés publiquement comme les instigateurs
de ce soulèvement. Dismas Kitenge Senga, Président
du Groupe Lotus, organisation basée à Kisangani,
a dû se cacher pendant plusieurs jours, par peur de représailles,
à l’instar de plusieurs autres représentants
de la société civile.
La création de GONGOs (Governmental Non Governmental
Organisations) est aussi une méthode employée
afin d’instrumentaliser l’information sur les droits
de l’Homme. Lors de rencontres internationales par exemple,
depuis le banc des ONG elles appuient la politique de leur gouvernement
et dénigrent le message porté par les ONG indépendantes.
Au Congo-Brazzaville, la FECODHO (Fédération
congolaise des droits de l’Homme), une plate-forme réunissant
11 « ONG » dans le but manifeste de discréditer
les travaux de l’Observatoire congolais des droits de
l’Homme (OCDH) aux yeux de l’opinion publique. Les
médias officiels ont expliqué qu’elle allait
« permettre de lutter efficacement contre la désinformation
pratiquée à l’échelle internationale
par la FIDH et l’Observatoire congolais des droits de
l’Homme ».
Dans le but d’entraver la recherche et la diffusion d’information,
des obstacles sont posés à la liberté de
mouvement des défenseurs à l’étranger
ou à l’intérieur même de leur pays,
les bureaux des ONG sont saccagés ou pillés, l’accès
aux sites et aux standards d’organisations internationales
de défense des droits de l’Homme est restreint,
les lignes téléphoniques des ONG et de leurs membres
sont coupées, etc.
En Afghanistan, en raison de l’instabilité résultant
du conflit, les ONG et les bureaux des Nations unies sont régulièrement
la cible d’attaques.
Dans les Territoires palestiniens occupés, les défenseurs
des droits de l’Homme n’ont pu mener librement des
enquêtes sur le sort des civils : ils n’ont pu avoir
accès aux sites, ont été l’objet
de destruction de matériel et de raids dans les bureaux
des ONG.
Au Guatemala, de nombreuses associations ont vu leurs bureaux
fouillés et leur équipement volés. Des
hommes, parfois armés, rentrent de force dans les locaux,
menacent le personnel, et s’enfuient avec l’équipement
informatique. Dans la majorité des cas, aucune enquête
n’est menée par les autorités et ces actes
restent impunis.
En 2002, l’Observatoire est intervenu en soutien de 388
défenseurs des droits de l’Homme et plus de 80
associations indépendantes de défense des droits
de l’Homme.
L’Observatoire a permis de résoudre ou améliorer
des situations individuelles grâce à un système
de protection unique se distinguant notamment par la fiabilité
de l’information traitée, la large couverture géographique
des actions entreprises, la diversité de ses activités
(appels urgents et lettres aux autorités ; missions internationales
d’enquête, d’observation judiciaire et de
solidarité ; assistance matérielle,…).
L’Observatoire s’est ainsi félicité
des libérations récentes de N’sii Luanda
Shandwe et Willy Wenge Ilombe (RDC), Saad Eddine Ibrahim (Egypte),
Elena Urlaeva (Ouzbekistan), Grigory Pasko (Russie),…
Après avoir contribué à l’adoption
de la Déclaration de l’ONU sur les défenseurs
des droits de l’Homme (1998) et à la création
du poste de Représentant spécial du Secrétaire
général des Nations unies sur les défenseurs
des droits de l’Homme (2000), l’Observatoire a continué
de mobiliser les instances intergouvernementales internationales
et régionales sur la question de la nécessaire
protection des défenseurs des droits de l’Homme.
L’Observatoire a est régulièrement intervenu
auprès de l’OUA, de l’OEA, de l’Union
européenne, de l’OSCE et de l’Organisation
internationale de la Francophonie.
L’Observatoire demande à cet égard que la
Commission des droits de l’Homme de l’ONU, durant
sa 59ème session qui se tient actuellement à Genève,
renouvelle le mandat de la Représentante spéciale
du Secrétaire général des Nations unies
sur les défenseurs des droits de l’Homme et que
lui soient accordés les fonds et l’assistance nécessaires
pour le bon accomplissement de son mandat.
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