| Afrique | |
| Quand la sécurité prend le pas sur la démocratie | |
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Dans ce monde d'écrans, de petits écrans, de touches et de boutons, l'Afrique semble encore mal à l'aise. La partie du spectacle qu'elle offre porte sur la violence et des violations de toutes sortes. Pourtant, on peut parler d'acquis cinquante ans après la proclamation de la Déclaration universelle des droits de l'Homme. On peut envisager des perspectives pour les cinquante ans à venir. Ne serait-ce que pour préparer le terrain pour ceux qui auront la charge de célébrer le centenaire de cette même Déclaration. Peut-être que le village planétaire de demain, aujourd'hui en voie de gestation, fournira aux militants des droits de l'Homme des qualificatifs autres que ceux "d'utopistes bornés" ou "de doux rêveurs". Il aura réussi, non seulement à "informer et à agir", mais aussi à émanciper, à humaniser la totalité de ses enfants. Le droit du village ne s'accommodera probablement ni de la violence du commandant, ni de la cruauté du rebelle. Malheureusement, l'Afrique n'en est pas encore là. Le chemin à parcourir est bien long au regard du chemin parcouru. Et celui-ci, particulièrement dans sa portion africaine, mérite bien que l'on s'y attarde. Quand, le 10 décembre 1948, dans le préambule de la Déclaration universelle des droits de l'Homme, l'Assemblée générale des Nations Unies estimait que "l'avènement d'un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l'homme", l'Afrique ne comptait que deux Etats indépendants : le Liberia, en Afrique Occidentale, et l'Ethiopie dans la Corne de l'Afrique. Cinquante ans après, 52 pays ont rejoint le Liberia et l'Ethiopie pour acquérir les attributs de la souveraineté et forger leur destin dans l'indépendance retrouvée. La Charte africaine des droits de l'Homme et des peuples a été adoptée le 28 juin 1981 L'historien guinéen, Niane Tamsir Djibril, avait dit dès 1960 : Nous voici donc dans un continent libéré de la domination coloniale. Dans le domaine des droits fondamentaux, les acquis sont énormes. Les griots vantent la "démocratie des chefs" qui sont venus remplacer les patrons de la colonisation. La loi fondamentale, les lois organiques, la codification des systèmes électoraux, le suffrage universel... Tous les éléments sont réunis pour permettre aux populations africaines de participer à la gestion de leur Afrique. Mais, cette Afrique-là a tout l'air de se rendre à l'évidence qu'il est plus aisé de hisser un drapeau, de composer un hymne, d'adopter un texte de loi que de l'adapter aux exigences, aux besoins, à l'intégrité et à la dignité des nationaux. L'Afrique s'est dotée de systèmes pseudo-démocratiques et sécuritaires. La sécurité a pris le pas sur la démocratie. La pauvreté a refusé de dire son dernier mot. La matraque a pris le pas sur l'urne. Plus que la sécurité alimentaire, la sécurité des frontières a été au centre des préoccupations. Cette démocratie tronquée ne s'est développée que sur les antennes des radios d'Etat et sur le petit écran. Les journalistes se sont absentés. Ils ont boudé, abdiqué. Le chef de l'Etat a assuré la permanence. L'opposition s'est abstenue. Les rues se sont vidées. Les manifestants ont disparu. Les pancartes se sont repliées. Les aspirations ont été refoulées. La démagogie a prospéré. L'affairisme aussi. Jusqu'aux plus hautes sphères de l'Etat. Le parti au pouvoir s'est appuyé sur l'ethnie du pouvoir, pour s'emparer de la fonction publique et des finances du pays. L'Etat a été privatisé, tribalisé. La misère s'est accentuée. Les périls sont montés. Parmi eux, les rebellions. Une vraie catastrophe. Pour répondre au besoin de liberté, elles ont fini par aliéner les populations. Çà et là, elles ont permis l'émergence des chefs de guerre et de clans dont l'unique ambition est de remplacer d'autres chefs inamovibles, qui ne se privent pas de se succéder à eux-mêmes. Au nom de la sécurité de l'Etat et de tant d'autres principes étrangers aux droits de l'Homme, les acquis ont été remis en question. La démocratie a reculé. L'humanisme aussi. La prison, le plus souvent héritée de la colonisation, est devenue un mouroir. En Guinée, on y a fabriqué des êtres "avariés" qui n'ont droit qu'à la mort. La mort par le silence et la faim, par la peur de l'entourage et l'ignorance du reste du monde. Nos prisons sont pourtant situées dans les villes, non loin des ministères et des ministres de la justice. Non loin de la presse, de ses rédactions, de ses bâillons et de ses barons. Que voulez-vous ! La peur est là. Elle peut presque tout faire ; tout empêcher. Aujourd'hui, un grand nombre d'acquis sont remis en cause. Les urnes sont à la fois pleines de bulletins, mais vides de sens. La liberté est en recul. Elle n'a pas encore disparu grâce aux actions conjuguées "des utopistes bornés" et des "doux rêveurs" qui luttent pour défendre les droits de l'Homme. Que faire ? Quelles perspectives pour l'Afrique du siècle futur ? Peut-elle intégrer le village planétaire à coups de répressions et de rebellions ? Peut-elle y arriver par le biais des viols, des tortures, des exactions, des abus et des dénis de justice ? Que faire sinon continuer à rêver et à défendre les droits humains. Faire pression sur tous ceux qui se maintiennent au pouvoir par la force et l'oppression ! Que faire sinon élargir les bases de la démocratie élective par l'éducation, la formation, la généralisation de l'emploi, l'élimination de la pauvreté et de l'ignorance. La bataille ne saurait s'arrêter en si bon chemin. Diallo Souleymane, directeur du "Lynx" Conakry - Guinée Responsable de l'OGDH |
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Christian Mouenzo : combattre la terreur et l'injustice
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L'homme ne se dépare jamais de son sourire. Son visage est toujours calme, serein, même si l'on sent qu'il bout de convictions et de volonté. Une semaine à peine après avoir été torturé dans un commissariat de Pointe-Noire, Christian Mounzeo répond encore "ça va, un peu" lorsqu'on l'interroge sur sa santé. Le Secrétaire général de l'Observatoire congolais des droits de l'Homme (OCDH) a été interpellé le 15 novembre dernier à l'aéroport de Pointe-Noire, alors qu'il accompagnait le Président de l'organisation, Parfait Moukoko. Cette interpellation a fait suite à une altercation verbale entre Christian Mounzeo et des agents des forces de l'ordre. Il a été conduit, manu militari, au commissariat du port à Pointe-Noire. Bien qu'il ait été informé qu'il était officiellement détenu pour "injure et agression sur un agent en fonction", à aucun moment ses déclarations n'ont été consignées dans une déposition. |
Au cours de cette journée d'incarcération, il a été torturé et frappé au visage, et en porte encore les marques. Aujourd'hui, lorsqu'il rapporte cette histoire, il ne manque pourtant pas d'insister particulièrement sur les conditions de détention de ses codétenus. Ceux-ci sont une vingtaine, dans un pièce insalubre de 25 mètres carrés environ. Ils dorment à même le sol et n'ont aucune intimité. Le 4 novembre, l'Observatoire, l'organisation affiliée à la FIDH au Congo Brazzaville, avait publié un rapport intitulé La consécration de la terreur et de l'injustice. Dans ce rapport, l'OCDH dénoncait les nombreuses atteintes aux droits de l'Homme qui sont toujours commises au Congo Brazzaville. Il revenait notamment sur l'escalade de la violence dans ce pays, les exécutions sommaires, les arrestations arbitraires, le baîllonement de la presse et des partis politiques non alliés aux Forces démocratiques et patriotiques (FDP) du chef de l'Etat. |
Cette répression vise également les défenseurs des droits humains : dans les semaines qui ont précédé l'incarcération de Christian Mounzeo, de nombreuses menaces anonymes étaient parvenues au siège de l'OCDH. Les proches de l'organisation mettaient en garde leurs responsables, s'inquiétaient pour eux, les disaient étroitement surveillés. Choqué, Christian Mounzeo n'en poursuit pas moins activement son travail de défenseur. Il n'est pas de ceux qu'on intimide.
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