Naguère îlot de prospérité et de stabilité, la Côte d'Ivoire est devenue, en l'espace d'une décennie une poudrière dont l'explosion risque d'embraser toute l'Afrique de l'Ouest.

Une cascade de mutineries dans les casernes a conduit, le 24 décembre 1999, au premier coup d'état militaire perpetré par le Général Robert GUEI qui a renversé le Président démocratiquement élu, Henry Konan Bedié.

Mais comment en est-on arrivé là ?

L'ivoirité est la source de tous ces maux. Henry Konan Bédié, l'a inventée pour barrer la route à son opposant politique le plus gênant, Allasane Ouattara. Cette théorie dangereuse et absurde qui dénie la nationalité ivoirienne à l'ancien Premier Ministre du Président Houphouët Boigny de 1991 à 1993 conduit à la désintégration de la société ivoirienne. L’ivoirité met à rude épreuve la cohésion nationale. Elle oppose les ivoiriens de souche "multiséculaire" aux ivoiriens de "circonstance" ; elle dresse les chrétiens du sud contre les musulmans du nord, les Baoulés contre les Bété et contre les Dioula. Elle postule l'exclusion, la xénophobie et la discrimination et fait du référent ethnique le mode d'accession au droit.. Bref, l'ivoirité est le mal ivoirien.

La junte militaire qui avait promis d'y apporter un remède a propagé le mal pour se maintenir coûte que coûte au pouvoir. Mal lui en prit : son chef, Robert Guei, a été chassé du pouvoir par une insurrection populaire suite à sa tentative de fausser les résultats de l’élection présidentielle du 18 octobre 2000 consacrant la victoire de Laurent Gbagbo.

La mutinerie du 19 septembre intervient trois mois après la conférence nationale de réconciliation qui a abouti à la mise sur pied d'un gouvernement d'union nationale. Le bilan est indéterminé, quoiqu'on fasse état de plus de 270 morts et plus de 300 blessés, assaillants et forces loyalistes confondues.

L'internationalisation du conflit, avec l'envoi de troupes françaises, britanniques et américaines, pour, officiellement, exfiltrer les occidentaux bloqués dans les zones de guerre, n'augure rien de bon. Les risques d'une guerre civile aux conséquences imprévisibles sont réels. La réunion d'urgence convoquée par les chefs d'états de la CEDEAO le 29 septembre a condamné la tentative de coup d'état, a réaffirmé son soutien au régime ivoirien et préconise le dialogue politique.

L'organisation internationale de la Francophonie lors de sa prochaine réunion du 18 au 20 octobre à Beyrouth doit se saisir de la question ivoirienne pour condamner les coups d'état militaires dans l'espace francophone et réaffirmer son attachement aux valeurs de démocratie et de droits de l'Homme. Elle doit adresser un signal fort à tous les états putschistes.

La FIDH appelle les autorités ivoiriennes à savoir raison garder et à privilégier la solution politique de la crise à la voie militaire qui débouchera inévitablement sur une tragédie. Elle préconise la création d'une commission inter-nationale d'enquête afin que leurs auteurs, quels qu'ils soient -forces loyalistes ou mutins- ne restent pas impunis, comme c'est encore le cas des responsables du charnier de Youpougon.

L'instauration d'une paix durable fondée sur la justice et la réconciliation est à ce prix.

Sidiki Kaba

(le 3 octobre 2002)