14 juillet 2011

Deux ans après le meurtre de Natalia Estemirova : L’enquête est sur la mauvaise voie.

Le 14 juillet 2011, au Centre de Presse Indépendant de Moscou, a eu lieu une conférence de presse intitulée « Les premiers résultats de l’Enquête Indépendante sur le meurtre de Natalia Estemirova ».

Two Years After the Murder of Natalya Estemirova: Investigation on the Wrong Track
Le rapport conjoint de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH), du Centre pour la défense des Droits de l’Homme « Memorial » et de « Novaya Gazeta » intitulé « Deux ans après le Meurtre de Natalia Estemirova : l’enquête sur la mauvaise voie » a été présenté au cours de la conférence de presse.

Il a également été présenté au Président Dmitri Medvedev le 5 juillet 2011 au cours d’un meeting thématique du Conseil Présidentiel sur le Développement des Insitutions Civiles et des Droits de l’Homme.

Bref résumé du rapport :

Natalia Estemirova a été enlevée et tuée le 15 juillet 2009. Depuis le 16 juillet, l’enquête a été menée par M.Sobol, un enquêteur du département des Affaires Particulièrement Importantes du Département Principal du Comité d’Enquête.

L’enquête de l’affaire numéro 09500038 développe quatre versions différentes du meurtre (citation) :

« 1. Connecté à ses activités professionnelles ;

2.Commis afin de jeter le discrédit sur les autorités de la République de Tchéchénie ;

3.Lié à des hostilités personnelles envers elle ;

4.Tuée par des représentants des forces de l’ordre de la République de Tchétchénie, en raison de sa dénonciation des violations des Droits de l’Homme envers les citoyens. »

Dès le début, cette enquête a bénéficié de preuves importantes : grâce à l’étude d’échantillons de substances trouvées sur les ongles de la victime et de résidus biologiques trouvés sur ses vêtements, l’ADN des kidnappeurs et meurtriers a été identifié – au moins trois personnes sont impliquées, incluant une femme non identifiée.

Près de six mois plus tard, en janvier 2010, l’enquête a identifié une « preuve » constituant le facteur principal appuyant la version actuelle du meurtre : l’enlèvement et le meurtre aurait été commis par le militant Alkhazur Bashaev et « d’autres personnes non identifiées ».

Nous avons analysé les éléments de l’affaire disponibles et avons mené notre propre enquête indépendante. En conséquence de quoi nous pouvons affirmer que :

1. L’enquête ne dispose pas de preuves sérieses de la participation de Alkhazur Bashaev dans l’enlèvement et le meurtre de Natalia Estemirova.

2.En fait, selon les éléments de l’affaire, "les preuves de base" laissent suspecter une manipulation délibérée pour faire de la « version Bashaev » la version principale. Ainsi, une cache contenant le pistolet qui a tué Natalia Estemirova a été "découverte" ainsi qu’un faux certificat de police orné d’une photo de M.Bashaev - cependant le texte d’expertise insiste sur le fait que M. Bashaev n’était nullement en mesure de fabriquer un tel document ; par ailleurs, l’enquête n’a pas pris en compte les puissants missiles trouvés dans le cache. Une voiture VAZ-2107 (de la même marque que celle dans laquelle Natalia a été enlevée) avec des plaques d’immatriculation établissant qu’elle appartenait à M. Bashaev, ainsi qu’un silencieux pour le pistolet ont également été trouvés. Cependant la voiture ne présente aucune trace de l’enlèvement, or ce dernier n’a pas pu se faire sans laisser de traces. Par ailleurs, selon un autre expert, Natalia a été tuée sans l’utilisation d’un silencieux. La liste des invraisemblances que l’on ne peut ignorer ne s’arrête pas là.

3. L’enquête n’a pas utilisé toutes ses possibilités pour l’analyse ADN des suspects possibles. Par conséquent, certaines sources ont été complètement détruites et leur étude approfondie est impossible. La « version Bashaev » n’a pas été prouvée par l’enquête, mais ne peut désormais plus être réfutée à l’aide d’une comparaison avec les analyses ADN des membres de la famille de Bashaev.

4. L’enquête n’a pris aucune mesure pour mener une analyse comparative des ADN qui pourrait prouver la participation d’autres personnes dans le crime, notamment des représentants des forces de l’ordre.

Nous considérons qu’une enquête efficace sur le meurtre de Natalia Estemirova n’est possible qu’avec la participation active de la partie lésée. Cette participation est exigée non seulement par le Code pénal russe, mais aussi par les normes de Droit International.

Lire le rapport en russe.
Mise é jour le 4 février

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