L’Obstination du témoignage

Mise é jour le 19 septembre 2011
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Face à une telle situation, la tentation était forte de répondre à cette

oppression avec les mêmes armes qu’elle utilisait pour s’imposer. Il fallut de

solides convictions et un attachement profond aux valeurs éthiques et

fondamentales pour mener un combat au nom des droits de l’Homme en respectant

les principes de non-violence et de conquête pacifique des droits niés. Les

femmes et les hommes qui entreprirent cette longue marche vers un État de droit

s’interdirent de recourir à la violence pour faire triompher la justice. Ils

crurent à la force de la persuasion et à la nécessité d’inscrire leur action

dans un cadre respectueux de l’autre, même si celui-ci ne les respectait

pas.

En agissant ainsi, ces femmes et ces hommes furent des victimes d’autant

plus faciles à réprimer qu’elles refusaient d’utiliser les moyens de leurs

bourreaux. Leurs actions devaient inciter une minorité agissante de leurs

concitoyens, et notamment dans la minorité blanche, à soutenir leurs

revendications et à se solidariser avec leur lutte. Ces défenseurs des droits

de l’Homme, qui n’agissaient pas directement pour protéger leurs droits mais

afin que tous les droits soient reconnus à tous les hommes, subirent eux aussi

les exactions d’un pouvoir injuste.

Pourtant, leur rôle fut fondamental, non seulement par la protection et le

soutien qu’ils apportèrent aux leaders de la lutte anti-apartheid, mais aussi

par leur rôle de pont entre ces activistes des droits de l’Homme et les membres

de leurs propres communautés, qui peu à peu finirent par découvrir que le

système était non seulement injuste, mais aussi condamné.

Au moment de la transition vers un régime démocratique et respectueux de

tous les enfants de l’Afrique du sud, le risque était terrible de voir la

majorité si longtemps victime se révolter et se venger. Chacun attendait tout

en redoutant le conflit que nombre d’experts considéraient comme inévitable. Si

l’Afrique du sud moderne a pu naître en évitant l’effusion de sang c’est avant

tout grâce à des leaders comme Nelson Mandela qui, après des années de

détention illégale dans des conditions inhumaines, surent donner l’exemple de

responsables soucieux de la dignité humaine et de l’application du droit pour

lesquels ils s’étaient toujours battus. Mais, vraisemblablement, si le message

a pu être reçu au sein de la minorité blanche dont l’aveuglement avait si

longtemps perpétué un régime ignoble, c’est peut être grâce à ces défenseurs

des droits de l’Homme qui au sein même de cette communauté avaient

inlassablement rappelé le sens de la dignité humaine. Les défenseurs de droits

de l’Homme ne sont pas seulement des protecteurs de ceux qui luttent pour la

justice lorsque celle-ci est niée, ils sont aussi des facteurs indispensables

de pacification lorsque celle-ci enfin triomphe.

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