14 août 2008

Deux ans après la catastrophe, les responsables restent impunis et les victimes démunies

A la veille du deuxième anniversaire du déversement des déchets toxiques à Abidjan [1], et au lendemain de la visite du Rapporteur spécial des Nations unies sur les déchets toxiques [2] dans la capitale ivoirienne, la FIDH et ses ligues membres en Côte d’Ivoire, la Ligue ivoirienne des droits de l’Homme (LIDHO) et le Mouvement ivoirien des droits humains (MIDH), appellent à la poursuite des responsables de la catastrophe et à la prise en compte des droits et intérêts des victimes.

Après deux ans d’investigations par la justice ivoirienne, aucune responsabilité n’a été établie dans ce dossier, alors même que les faits poursuivis sont susceptibles de recevoir la qualification pénale de crime en droit ivoirien. Nos organisations soutiennent l’appel à relancer la procédure pénale adressé aux autorités ivoiriennes par M Okechukwu Ibeanu, Rapporteur spécial des Nations unies sur les déchets toxiques, à l’issue de sa visite à Abidjan. « Les victimes doivent obtenir la justice qu’elles méritent », a-t-il déclaré.

Nos organisations considèrent que cette absence de résultats est d’autant plus critiquable que les conséquences de ce déversement, qui a entraîné, selon les sources officielles ivoiriennes, le décès de 16 personnes et l’intoxication de plus de 100 000 personnes, continuent à se faire sentir. Le Rapporteur spécial a ainsi confirmé que plusieurs sites n’avaient toujours pas été totalement décontaminés, menaçant la vie et la santé de plusieurs milliers d’habitants. Les victimes présentant aujourd’hui encore des symptômes liés au contact avec les déchets n’ont pas de prise en charge sanitaire spécifique. En outre, toutes les victimes n’ont pas bénéficié des « indemnisations » qui devaient être distribuées par l’Etat ivoirien, en application d’un protocole d’accord conclu avec Trafigura en février 2007. La FIDH et ses ligues membres en Côte d’Ivoire avaient, par ailleurs, qualifié cet accord de « transaction au détriment de la vérité, de la justice et de la réparation pour les victimes ».

La FIDH, la LIDHO et le MIDH appellent les autorités judiciaires ivoiriennes à prendre leurs responsabilités et à « envoyer un message haut et fort aux autres entreprises transnationales et aux individus [concernés] afin qu’ils sachent que de tels crimes ne peuvent demeurer impunis et que l’Afrique n’est pas une décharge dont on peut faire bon marché », comme l’a déclaré M. Ibeanu. Nos organisations invitent également la communauté internationale à développer son implication dans ce dossier, en renforçant notamment son assistance technique.

Rappel :

Suite à une mission à Abidjan en janvier 2007, où elle a pu constater l’immobilisme de la justice ivoirienne sur cette affaire, la FIDH a décidé, en concertation avec ses organisations membres en Côte d’Ivoire et en France, de saisir, au nom de vingt victimes ivoiriennes, les autorités judiciaires compétentes en France, afin d’aider à la manifestation de la vérité.
Mise é jour le 12 janvier 2009

Notes

[1Ce déversement est intervenu dans la nuit du 19 au 20 août 2006.

[2Il s’agit du Rapporteur spécial des Nations unies sur les conséquences néfastes des mouvements et déversements illicites de produits et déchets toxiques et nocifs pour la jouissance des droits de l’Homme.

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