01/05/2003
Publication d'un rapport de mission internationale d'enquête
Turkey
: Torture, still a routine practice
La torture est toujours largement pratiquée en Turquie,
telle est la conclusion d’un rapport de mission internationale
d'enquête de la FIDH. Ce rapport, soumis au Comité
des Nations unies contre la Torture, constitue un commentaire
au rapport de la République de Turquie relatif à
la mise en oeuvre de la Convention des Nations unies contre
la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains
et dégradants, ratifiée par la Turquie le 2 août
1988. Ce comité examinera le rapport de la Turquie les
2 et 5 mai 2003.
Des progrès législatifs ont été
récemment entrepris par la Turquie afin de se conformer
aux standards de l'Union européenne; la peine de mort
a ainsi été abolie. Ces changements peuvent être
interprétés comme un signe important de la détermination
du gouvernement turc de se diriger vers une meilleure protection
des droits de l'Homme dans le pays.
Si la FIDH se réjouit des récentes réformes
législatives, celles-ci demeurent néanmoins insuffisantes.
Par exemple, la définition de la torture de la loi turque
est plus restrictive que celle de la Convention des Nations
Unies dont le champ d'application s'étend aux personnes
qui ont agi avec le soutien ou le consentement d'un agent de
l'Etat. De plus, peu d'efforts ont été entrepris
pour éradiquer la pratique de la torture. Le rapport
indique que les cas de torture sont toujours aussi nombreux
en Turquie en 2002 que les années précédentes.
Les personnes qui tombent sous la juridiction de la Cour de
Sûreté de l'Etat, c'est-à-dire les personnes
suspectées de crimes politiques, et plus particulièrement
les persones suspectées de liens avec le Parti des Travailleurs
Kurdes (PKK)- aujourd'hui appelé le Congrès de
la Liberté et de la Démocratie Kurde (KADEK) sont
les premières victimes de la torture. Des cas de tortures
infligés à des suspects de crimes de droit commun
se produisent également ezn détention préventive
malgré des périodes de détention désormais
plus courtes. Le rapport met en lumière l’utulisation
de nouvelles méthodes de torture, qui ne laissent aucun
signe physique.
Les cas de tortures et de mauvais traitements sont particulièrement
nombreux dans les régions kurdes et un grand nombre de
femmes sont victimes de violences sexuelles.
En ce qui concerne la prévention de la torture, bien
que des lois pertinentes existent, elles ne sont pas mises en
oeuvre. Ainsi le rapport met en avant le manque de contrôle
effectif, adéquat et rapide de la légalité
de la détention par les autorités judiciaires.
Le droit d'accès à un conseil juridique est rarement
respecté et le harcèlement et l'intimidation des
avocats ont augmenté d'une manière certaine. Les
mêmes restrictions s'appliquent pour les membres de la
famille. Le droit d'accès aux soins est sérieusement
mis en cause par les conditions dans lesquelles les consultations
médicales ont lieu ( présence d'un agent de l'Etat,
menaces sur les prisonniers afin qu'ils retirent leur plainte
etc.).
La FIDH s'inquiète particulièrement de l'impunité
de fait dont bénéficient les tortionnaires, ce
qui constitue un obstacle important dans la lutte contre la
torture. Peu d'enquêtes approfondies et effectives en
vue de l'identification et de la punition des responsables sont
menées. Le rapport présente des preuves de refus
réguliers de la justice d'effectuer des enquêtes
sur des allégations de torture. Si enquête il y
a, les procès durent fréquemment des mois ou des
années. Le manque d'indépendance de la justice
nationale en Turquie reste un sujet de préoccupation
majeur.
La FIDH est également préoccupée par les
conditions de détention, qui ne sont pas en conformité
avec les obligations internationales et régionales de
la Turquie et notamment en ce qui concerne les prisonniers politiques.
De nombreuses allégations de torture ont été
recensées lors du transfert de prisonniers vers des prisons
de type-F. Par ailleurs, l'isolement complet des prisonniers
dans les prisons de type-F met en danger leur santé mentale
et physique.
Par conséquent, la FIDH demandent aux autorités
turques de mettre en oeuvre les réformes législatives
qui restent jusqu'à présent théoriques.
La FIDH appelle le Comité contre la Torture à
recommander au gouvernement turc de :
- Réformer le système juridictionel et renforcer
le contrôle de la légalité de la détention;
- Garantir un accès à un avocat dès le
début de la détention;
- Mettre en oeuvre effectivement la législation relative
au traitement des personnes arrêtées et / ou détenues;
- Mettre en oeuvre efctivement les dispositions du Protocole
d'Istanbul;
- Mettre fin à l'isolement total des prisonniers;
- Procéder à des enquêtes approfondies et
effectives des cas de tortures et en particulier concernant
les opérations qui ont lieu en 1995, 1996, 1999 et 2000
dans les prisons, et sanctionner effectivement les auteurs de
torture;
- S'assurer que les victimes de torture obtiennent une réparation
et une indemnisation juste et équitable;
- Assurer un programme d'éducation et de formation des
fonctionnaires. |