|
Le 19 novembre 2003
Mme Neziba Rejiba, alias Om Zied, rédactrice en chef
du magazine en ligne « Kalima » - interdit par les
autorités tunisiennes - et membre fondatrice du Conseil
national pour les libertés en Tunisie (CNLT), a été
condamnée le 18 novembre à huit mois de prison
avec sursis et à une peine d’amende de 1200 dinars
tunisiens.
La FIDH et l’OMCT, dans le cadre de leur programme conjoint
l’Observatoire pour la protection des défenseurs
des droits de l’Homme, ont mandaté M. Omar Lebchirit,
journaliste de l’hebdomadaire marocain « Le Journal
», au procès qui s’est tenu devant la troisième
chambre correctionnelle du tribunal de première instance
de Tunis .
Om Zied était poursuivie pour « détention
illégale de devises étrangères »
en vertu des articles 6, 22, 35, 36 et 37 du code des changes
pour avoir remis une somme de 170 euros à un proche de
réfugié politique tunisien, au lendemain de son
retour d’un séjour en France en octobre.
Le caractère infondé de l’accusation pour
« détention illégale de devises étrangères
» apparaît clairement. En effet, la somme rapportée
par Om Zied avait fait l’objet d’une déclaration
régulière aux services de douanes. De plus, les
avocats de la défense ont rappelé les dispositions
de l’article 36 du Décret d’application du
code des changes de 1977, selon lesquelles les résidents
tunisiens qui ramènent de l’argent en devises disposent
d’un délai de sept jours pour procéder au
change de cette monnaie en dinars tunisiens.
En outre, cette condamnation apparaît particulièrement
disproportionnée. En effet, selon les informations reçues,
les personnes généralement inculpées pour
trafic de devises vers la Tunisie – qui plus est pour
des sommes plus importantes - sont généralement
condamnées à des amendes, mais très rarement
à des peines de prison et dans ce dernier cas ces peines
n’excèdent pas un ou deux mois d’emprisonnement.
L’Observatoire craint que cette condamnation ne vise,
entre autres, à permettre le renvoi d’Om Zied de
sa fonction d’enseignante, alors que celle-ci a récemment
donné sa démission de la fonction publique (démission
non encore avalisée par les autorités compétentes),
après avoir adressé une lettre ouverte au ministère
de l’Education dressant un tableau critique de la situation
de l’enseignement secondaire en Tunisie.
L’Observatoire considère que cette condamnation
est arbitraire en ce qu’elle ne vise qu’à
sanctionner l’activité d’Om Zied en tant
que journaliste et défenseurs des droits humains en Tunisie.
L’Observatoire souligne que cette condamnation s'inscrit
dans un cadre général de persécution et
de harcèlement de toute personne osant dénoncer
les violations des droits de l'Homme en Tunisie et émettre
un avis critique à l'encontre du pouvoir. A cet égard,
l’Observatoire rappelle que Me Radhia Nasraoui, avocate
et défenseur des droits de l’Homme, se trouve en
grève de la faim depuis le 13 octobre, pour protester
contre le harcèlement constant dont elle, sa famille
et ses clients sont l’objet.
L'Observatoire appelle les autorités tunisiennes à
cesser le harcèlement dont font l’objet les défenseurs
des droits de l’Home en Tunisie et à respecter
en toutes circonstances les instruments internationaux de protection
des droits de l'Homme auxquels la Tunisie est partie, en particulier
la Déclaration de l'Assemblée générale
des Nations unies sur les défenseurs des droits de l'Homme
du 9 décembre 1998.
Contacts : FIDH : 00 33 1 43 55 25 18 / OMCT : 00 41 22 809
49 24 |