| Paris
– Genève, le 13 juin 2003
La Fédération internationale
des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et l’Organisation
mondiale contre la torture (OMCT), dans le cadre de leur programme
conjoint, l’Observatoire pour la protection des droits
de l’Homme, expriment leur plus grande inquiétude
face à la situation de Zouhair Yahyaoui, détenu
depuis le 4 juin 2002 et en grève de la faim depuis 30
jours.
Zouhair Yahyaoui, ancien animateur du site
internet TUNeZINE, qui diffuse des informations sur les libertés
publiques en Tunisie, purge actuellement une peine de 2 ans
de prison. Il avait été condamné le 20
juin 2002 en première instance puis en appel le 10 juillet
pour « propagation de fausses nouvelles » à
la suite d’un procès que l’Observatoire avait
considéré comme inéquitable. L’Observatoire
a saisi le Groupe de travail des Nations unies sur la détention
arbitraire de son cas le 27 août 2002.
Pour protester contre une peine qu’il
considère comme visant à sanctionner sa liberté
d’expression, M. Yahyaoui a mené plusieurs grèves
de la faim. Il entame aujourd’hui son 30ème jour
de grève. L’Observatoire est fortement inquiet
de son état de santé, d’autant plus que
d’après les informations reçues, il ne souhaite
pas interrompre sa grève de la faim. Zouhair Yahyaoui
qui pesait plus de 70 kg lors de son arrestation en pèse
aujourd’hui moins de 50 et souffre de multiples troubles
médicaux. Malgré son état de santé,
Zouhair Yahyaoui est maintenu dans une cellule surpeuplée,
dans des conditions particulièrement dégradantes.
L’Observatoire proteste enfin contre
le refoulement de Tunisie le 4 juin dernier de la fiancée
de Zouhair Yahyaoui, Sophie Piekarec, de nationalité
française, arrivée la veille à l’aéroport
de Carthage. Sophie Piekarec, qui anime désormais le
site TUNeZINE, souhaitait rendre visite à la famille
de Zouhair, un an jour pour jour après son arrestation,
elle devait également rencontrer l’Ambassadeur
de France à Tunis.
L’Observatoire souligne que ces faits
s'inscrivent dans un cadre général de persécution
et de harcèlement de toute personne dénonçant
les violations des droits de l'Homme en Tunisie et émettant
un avis critique à l'encontre du pouvoir.
L’Observatoire demande aux autorités
tunisiennes :
- de garantir l’intégrité physique et mentale
de Zouhair Yahyaoui en toutes circonstances, notamment en lui
apportant les soins médicaux appropriés ;
- de procèder à la libération immédiate
et inconditionnelle de Zouhair Yahyaoui en raison du caractère
arbitraire de sa détention ;
- de respecter les principes internationaux relatifs aux droits
humains et notamment des dispositions de la Déclaration
sur les défenseurs des droits de l'Homme, adoptée
par l'Assemblée générale des Nations Unies
le 9 décembre 1998, notamment ses articles 6.b et 6.c
qui stipulent que " conformément aux instruments
internationaux relatifs aux droits de l'Homme et autres instruments
applicables, chacun a le droit, individuellement ou en association
avec d'autres, de publier, communiquer à autrui ou diffuser
librement des idées, informations et connaissances sur
tous les droits de l'Homme et toutes les libertés fondamentales
", ainsi que " d'étudier, discuter, apprécier
et évaluer le respect, tant en droit qu'en pratique,
de tous les droits de l'homme et de toutes les libertés
fondamentales et, par ces moyens et autres moyens appropriés,
d'appeler l'attention du public sur la question". |