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La situation des droits de l'Homme en Tunisie, loin de s'améliorer,
ne cesse de se détériorer. Contrairement au discours
des autorités tunisiennes, l’analyse démontre
que les violations des droits humains recensées ne relèvent
pas d’actes isolés, mais constituent, par leur
caractère systématique, un système délibéré.
Les principes fondateurs de la démocratie, tels que la
liberté d’expression et d’association, sont
bafoués; les défenseurs des droits de l'Homme
harcelés; la justice est sous tutelle; la torture est
systématique, les tortionnaires restent impunis; et la
situation carcérale est déplorable.
1)Une Constitution anti-démocratique
En dépit de la référence aux droits de
l'Homme dans la constitution tunisienne, les amendements qui
y ont été apportés en mai 2002 par référendum
ont pour effet de restaurer pratiquement une présidence
à vie en Tunisie à l’occasion des élections
de novembre 2004, compromettant ainsi la démocratisation
des institutions politiques.
2)les atteintes à la liberté d'expression
Atteintes à la liberté d'information
L’uniformité de l’information tant écrite
qu’audiovisuelle est devenue une caractéristique
de la presse en Tunisie. Les analyses et les informations publiées
par différentes organisations non gouvernementales sont
bannies de la presse et des medias officiels. La publication
d'un journal requiert l'autorisation préalable du Ministère
de l'intérieur et la très grande majorité
des organes de presse indépendants ou d'opposition ont
été interdits. De plus, le 26 juin 2003, une nouvelle
disposition du code électoral a par ailleurs interdit
à tout Tunisien de s’exprimer sur un média
audiovisuel étranger en faveur ou à l’encontre
d’un candidat aux élections présidentielles,
et ce durant la campagne électorale. C’est ainsi
que toute infraction à cette « loi »
est passible d’une amende de 20.000€, ou à
défaut de paiement, d’une peine non réductible
de 2 ans de prison.
De nombreux journalistes ont été emprisonnés
à l'instar de Hamadi Jebali, détenu depuis plus
de douze ans et d'Abdallah Zouari, condamné une nouvelle
fois au terme, de 11 années de détention, pour
non-respect de l’astreinte à la résidence
administrative, imposée de façon illégale.
L'information sur Internet fait également l'objet d'un
contrôle étroit. Ainsi, les sites des organisations
de défense des droits de l'Homme tunisiennes (CNLT, LTDH,
RAID), des partis d’opposition, des ONG internationales
(Humain Rights Watch, FIDH, Amnesty International …),
des organes d’information (Libération, perspectives
tunisiennes, RSF etc.) sont inaccessibles depuis la Tunisie.
Entre le 5 et le 9 février 2003, 17 jeunes âgés
de 18 à 22 ans ont été arrêtés
à Zarzis pour avoir consulté des sites Internet
interdits en Tunisie. Il leur serait reproché d’avoir
mené des activités subversives par le biais d’Internet
et d’avoir consulté le site interdit du parti islamiste
Nahda ! Six d’entre eux sont encore détenus.
Zouhayr Yahyaoui, fondateur et principal animateur du site TUNeZINE
a été condamné en juin 2002 à 2
ans de prison ferme pour « propagation de fausses
nouvelles ». Il a fait l'objet d'une libération
conditionnelle le 18 novembre 2003.
Les prisonniers politiques
Plus de 600 prisonniers politiques sont encore aujourd’hui
détenus dans les prisons tunisiennes. Les prisonniers
tunisiens, et notamment les prisonniers d’opinion, sont
encore victimes de traitements inhumains et dégradants
et sont souvent privés des soins vitaux que requiert
leur état de santé. Le cas de M. Habib Raddadi,
détenu politique condamné à 17 ans de prison
et récemment décédé en cours de
détention est une nouvelle illustration tragique de cet
état de fait. A cela il faut ajouter le maintien en isolement
auquel sont soumis 35 détenus politiques, dont certains
depuis plus de 12 ans, en violation flagrante de la Convention
internationale contre la torture et autres peines ou traitements
cruels, inhumains et dégradants.
Lofti Farhat, résident en France, a été
arrêté le 2 août 2000, alors qu'il rentrait
en Tunisie en vacances. Il a été détenu
au secret au delà de la période de garde à
vue autorisée et a été condamné
à 7 ans de prison le 31 janvier 2001 par un tribunal
militaire pour « complot contre l'Etat »,
alors même que ses aveux ont été obtenus
sous la torture. Lofti Farhat a entamé une grève
de la faim le 18 novembre dernier.
Les prisonniers libérés sont continuellement harcelés
et régulièrement tenus de se présenter
au poste de police. De plus, ces derniers se voient interdire
l’exercice de toute activité professionnelle que
ce soit dans l’administration publique ou dans le secteur
privée. Ces harcèlements et ces tracasseries concernent
plus d’un millier de personnes et certains de leurs proches.
Outre les privations de passeport qui se chiffrent par dizaines,
des opposants dont certains anciens détenus continuent
à être privés de la possibilité de
quitter le pays. M. M'hamed Ali Bedoui, frère du Dr Moncef
Marzouki ancien présdident de la LTDH, est ainsi interdit
de quitter le territoire bien qu'il dispose de son passeport
et d'un visa touristique "Schengen" alors qu'il ne
fait l'objet d'aucune procédure judiciaire
3)les atteintes à la liberté d'association
Outre la liberté de fonder des partis politiques qui
est inexistante en Tunisie, la liberté d’association
reste grandement entravée par des mesures bureaucratiques
et de nombreuses demandes d’autorisation ne sont jamais
accordées. C’est ainsi que parmi les 7000 associations
officiellement recensées, moins d’une douzaine
sont réellement indépendantes. En même temps,
d’autres associations, dont le Conseil national des
libertés en Tunisie, l’Association internationale
de soutien aux prisonniers politiques, l’Association de
lutte contre la torture, le Centre tunisien pour l’indépendance
de la justice et des avocats, le Rassemblement pour une alternative
internationale de développement, la Ligue des écrivains
tunisiens libres sont toujours en attente de l’autorisation
leur permettant d’exercer en toute légalité.
Les entraves judiciaires au fonctionnement des associations
La Ligue Tunisienne de défense des droits de l´Homme
fait l'objet de plusieurs procédures judiciaires à
la suite de plaintes déposées par des adhérents
de la Ligue, membres du parti au pouvoir RCD. Le 21 novembre,
la LTDH a ainsi comparu le 24 novembre 2003 en référé
du tribunal de 1ere instance de Tunis à la suite d'une
plainte demandant l'annulation de la décision du Comité
directeur de fusionner deux sections de la Ligue. Le journal
« Echourouk » avait déjà annoncé
dimanche 23 novembre 2003 que le juge en référé
avait décidé l´annulation de la décision
du comité directeur.
Entraves au financement des associations
Les autorités tunisiennes veulent désormais imposer
à toute association la demande d’une autorisation
préalable avant de recevoir des fonds de bailleurs étrangers
telle la Commission européenne. Ce faisant, elles se
fondent, de façon abusive sur un texte de 1923 qui concerne,
normalement, uniquement les collectes de fonds, auprès
du public, en Tunisie. Dans le cadre de l’Initiative européenne
pour la démocratie et les droits de l’Homme (IEDDH),
la Ligue tunisienne de défense des droits de l’Homme
a obtenu un financement de l’UE permettant sa restructuration.
La 1ère tranche de ce programme a pu être exécutée
mais les autorités tunisiennes bloquent depuis peu l’exécution
de la seconde au moment où la ligue vient d’obtenir,
toujours dans le cadre de l’IEDDH, un nouveau financement
plus important pour un programme concernant l’accès
à la justice.
4)Le harcèlement des défenseurs des droits de
l'Homme
Les défenseurs des droits de l’Homme tunisiens,
les avocats, magistrats et leur famille font l’objet de
harcèlement et d’une répression toujours
croissants. C’est ainsi que se sont multipliées
les agressions physiques à l’encontre des opposants,
des défenseurs des droits de l’Homme, avocats et
magistrats, dont le bâtonnier de l’Ordre des Avocats
Me Béchir Essid, les membres du Conseil de l’Ordre
des Avocats, Me Raouf Ayadi et Me Mohamed Jmour ou encore l’ancien
juge Mokhtar Yahyaoui, démis de ses fonctions et interdit
de quitter la Tunisie pour avoir osé dénoncer
le manque d’indépendance du pouvoir judiciaire
tunisien. Ce recours à la violence a été
récemment illustré par les agressions physiques
dont ont été l’objet le secrétaire
général de l’UDU (Union démocratique
unioniste), Abderrahmane Tlili détenu depuis plus de
deux mois, Me Saida Akremi, Me Radhia Nassraoui ainsi que M.
Mouldi Jendoubi, défenseur des droits de l’Homme
et secrétaire général de l’union
régionale de Jendouba de la centrale syndicale tunisienne
(UGTT). La liberté de circulation des défenseurs
est largement entravée. Certains sont empêchés
de quitter le territoire, d'autres, comme Kamel Jendoubi, président
du Comité pour le respect des libertés et des
droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT) et vice-président
du Réseau euro-méditerranéen des droits
de l'Homme s'est vu refuser le renouvellement de son passeport.
Le refus opposé à Monsieur Abdelatif Mekki de
poursuivre ses études de médecine est révélateur
de l'acharnement des autorités tunisiennes à l'égard
des anciens prisonniers d'opinion. M. Mekki, ancien secrétaire
général de l'UGTE, le syndicat étudiant
d'obédience islamiste, a purgé une peine de huit
ans de détention au terme desquels il est réduit
au chomage et empêché, non seulement de reprendre
des études de médecine largement entamées,
mais aussi de poursuivre un troisième cycle de
biologie auquel il était parvenu à s'inscrire
il y a deux ans.
Le cas de Radhia Nasraoui
Me Radhia Nasraoui. Avocate et défenseur des droits de
l'Homme, se trouve actuellement au 41ème jour d'une grève
de la faim qui fait désormais craindre pour sa vie. Le
15 octobre dernier, Me Nasraoui a entamé une grève
de la faim pour protester contre les nombreuses entraves dont
elle fait l'objet dans sa profession d'avocat, et contre le
harcèlement de sa famille, de son entourage et de ses
clients. Comme nombre de défenseurs des droits de l'Homme,
avocats et magistrats, elle fait l'objet depuis des années
d'un harcèlement constant: téléphones coupés,
surveillance systématique, entraves à la liberté
de circulation, agressions, saccage de son cabinet, etc.
Le cas de Om Zied
Mme Neziba Rejiba, alias Om Zied, rédactrice en chef
du magazine en ligne « Kalima » - interdit par les
autorités tunisiennes - et membre fondatrice du Conseil
national pour les libertés en Tunisie (CNLT), a été
condamnée le 18 novembre à huit mois de prison
avec sursis et à une peine d’amende de 1200 dinars
tunisiens, sous l'accusation de « détention illégale
de devises étrangères » pour avoir remis
une somme de 170 euros à un proche exilé politique
tunisien vivant en France.
5)Une justice aux ordres
Les observateurs internationaux présents lors des récentes
audiences des procès contre l’Ordre national des
avocats, ou contre la LTDH et la dizaine de procès politiques
des derniers mois ont pu constater que la justice tunisienne
est instrumentalisée à des fins de répression
de toute voix discordante. Le récent refus de la part
du gouvernement tunisien de mettre en place un programme MEDA
de la Commission européenne relatif à la réforme
de la justice et son insistance à ne consacrer les 25
millions prévus qu’à des rénovations
de matériel et d'infrastructures notamment pénitenciaires,
s’inscrit dans le cadre de la volonté des autorités
tunisienne de maintenir leur monopole et leur main mise sur
le fonctionnement de la justice tunisienne.
Bien avant les attentats criminels du 11 septembre 2001 aux
Etats Unis et de Djerba en avril 2002, les autorités
tunisiennes avaient pris des mesures qui, sous couvert de "lutte
contre le terrorisme", visaient à réprimer
toute dissidence politique. La définition du "terrorisme"
dans la législation tunisienne, et tout particulièrement
celle figurant à l'article 52 bis du Code pénal,
autorise toutes sortes d'abus en raison de son caractère
vague. La nouvelle loi "anti terroriste" dont le projet
a été rendu public risque de criminaliser davantage
des activités relevant de l'action politique ou associative
contestataire et de mettre encore plus en péril les droits
humains et les libertés fondamentales.
6)Torture et situation dans les prisons
La situation dans les prisons tunisiennes est particulièrement
préoccupante. Les ex-détenus témoignent
d'un traitement brutal et dégradant au mépris
de toute dignité humaine. Les détenus sont souvent
maltraités (brutalités, insultes, isolement, manque
de soins, conditions de visite difficiles …) et les règlements
non respectés. Pour protester contre les conditions de
détention, de nombreux prisonniers entament régulièrement
des grèves de la faim. Ainsi, des prisonniers d´opinion
( islamistes) à la prison de Borj el Amri parmi lesquels
M Abdellatif Bouhjila ,Bouraoui Makhlouf , Ridha Saidi Lotfi
Snoussi Khaled Kaouach Med Nejib Louati et Mokdad Arbaoui ont
entamé la semaine dernière une grève de
la faim pour protester contre les mauvaises conditions carcérales.
Selon des sources concordantes, une cinquantaine de détenus
politiques souffriraient de maladies graves des suites des sévices,
des conditions de détention et du manque de soin.
7) Le problèmes des migrations
Enfin, l'approche exclusivement sécuritaire qui prévaut
de plus en plus en Europe en matière de politique des
migrations a pour conséquence une aggravation du phénomène
de l'émigration illégale avec la multiplication
des filières clandestines d'exploitation des migrants,
dont un nombre croissant connaissent le sort tragique des naufragés
particulièrement au large des côtes italiennes.
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