Paris, le 10 juillet 2003
COMMUNIQUÉ CONJOINT DE ONZE ASSOCIATIONS DE
DEFENSE DES DROITS HUMAINS SUR LE TOGO
Action des chrétiens pour l’abolition
de la torture (ACAT) – France
Agir Ensemble pour les Droits de l'Homme (AEDH)
Amnesty International
Fédération internationale des ACAT (FI-ACAT)
Fédération internationale des ligues des droits
de l’Homme (FIDH)
Franciscans International
Ligue des droits de l’Homme (LDH)
Organisation mondiale contre la torture (OMCT)
Reporters sans frontières (RSF)
Secours catholique – Caritas France
Survie
Le 14 juin 2003, un journaliste togolais, Dimas Dzikodo, rédacteur
en chef de l’hebdomadaire "l’Événement",
était arrêté dans un cyber-café à
Lomé alors qu’il était en train de scanner
des photos qui, selon nos informations, représentaient
des personnes victimes de brutalités policières
commises dans le cadre de l’élection présidentielle
du 1er juin 2003. Deux autres journalistes ont été
arrêtés dans les jours qui ont suivi et tous trois
demeurent détenus. Ils sont inculpés de «
tentative de trouble à l’ordre public et diffusion
de fausse information ». Le 19 juin, deux de ces journalistes
sont apparus à une conférence de presse organisée
par les autorités togolaises qui les ont accusés
de vouloir envoyer les photographies à l’étranger
pour ternir l’image du pays. Selon des témoins,
Dimas Dzikodo est apparu affaibli et il s’est plaint d’avoir
été maltraité au cours des quatre jours
pendant lesquels il a été détenu au secret.
Ces arrestations suivies de mauvais traitements ne sont que
les cas les plus récents d’une longue liste d’intimidations
et de brutalités commises par les forces de sécurité
togolaises à l’encontre de toute personne cherchant
à témoigner ou à informer sur les violations
des droits humains au Togo. Cette répression de toute
voix dissidente a touché non seulement les victimes,
les témoins directs, les journalistes ou les défenseurs
des droits humains mais également l’entourage de
certaines de ces personnes. Des personnalités ayant émis
de simples critiques vis-à-vis de la politique du gouvernement
ont fait l’objet de campagnes de diffamation dans les
média officiels.
Une répression systématique entraîne le
plus souvent des représailles à l’encontre
de ceux qui ont le courage de la dénoncer. C’est
ce que nous confirme l’expérience de certains membres
de la société civile togolaise qui depuis des
années prennent le risque de témoigner et de dénoncer
les exactions commises dans leur pays. Des dizaines de personnes
ont été arrêtées, torturées,
menacées, harcelées ou contraintesà l’exil
pour avoir osé prendre la parole dans un pays où
toute opinion dissidente peut conduire son auteur à être
victime de la répression. De ce fait, les organisations
signataires de cet appel ont déjà dû par
le passé mentionner des faits en cachant l’identité
de la victime ou de ses proches afin de les protéger
et ont été amenés dans certains cas à
taire des exactions pourtant avérées dans un souci
de sécurité des personnes concernées.
Nous récusons l’alternative dans laquelle les
autorités togolaises – à l’instar
de nombreuses autres – souhaiteraient nous enfermer :
se taire pour préserver la sécurité des
victimes et des témoins et cautionner de facto la répression
en cours ; ou parler, et risquer d’aggraver la vulnérabilité
des personnes visées.
Considérant la gravité de la situation de répression
politique prévalant au Togo et le silence complice et
coupable des partenaires du gouvernement togolais, nous estimons
qu’il est impossible de garder le silence : à l’instar
des Togolais qui ont décidé de parler, nous entendons
dénoncer avec la plus grande force cette répression
politique qui consacre le régime de l’arbitraire.
Nous appelons à soutenir le combat des personnes qui,
au Togo, se mobilisent pour la liberté d’expression
et le respect des droits de tous les Togolais, en ayant cependant
toujours à l’esprit la sécurité des
victimes, de leur entourage et des sources d’information
mais nous ne pouvons gagner seules ce combat.
Face au refus obstiné des autorités togolaises
de respecter la liberté d’expression et de réunion,
nous appelons la communauté internationale, et notamment
les pays qui ont des liens étroits avec le Togo comme
la France à exercer une pression déterminée
sur les autorités de ce pays afin que ces pratiques d’intimidations
cessent. Entre le silence complice et la dénonciation
qui peut entraîner des représailles, la communauté
internationale doit imposer la voie du droit international :
celle de la libre expression des opinions en toute sécurité
telle qu’elle est prévue dans la Déclaration
universelle des droits de l’homme. |