Paris, le 20
mars 2003
Le déclenchement du conflit en Irak ne peut occulter
la situation prévalant sur d’autres fronts et notamment
celui de la Tchétchénie, région qui n’a
déjà que trop subi l’opportunisme politique
de dirigeants prêts à tout, y compris à
sacrifier la population civile.
Tchétchénie
La
“normalisation” : un discours de dupe
Le référendum du 23 mars 2003 : la mascarade (suite)
La FIDH a mandaté une nouvelle mission d’enquête
en Ingouchie en février 2003 pour confronter le discours
de la normalisation avancé par les autorités russes
et consacré par la tenue du référendum
le 23 mars avec l’évolution sur le terrain, au
regard des témoignages des réfugiés.
Les témoignages recueillis par la mission confirment
l’analyse opérée par la FIDH ces derniers
mois : des violations des droits de l’Homme – graves
et massives - se poursuivent contre la population civile et
dans l’impunité la plus totale. La condamnation
depuis le début de la guerre de six officiers pour avoir
commis des crimes contre les civils relèvent plus du
symbole que de la justice.
La situation, après une certaine accalmie observée
à l’été 2002 et quelques tentatives
de dialogue politique, s’est à nouveau dégradée
depuis octobre 2002 avec, parallèlement à la poursuite
des opérations de nettoyage, la généralisation
d’opérations ciblées qui se soldent par
des arrestations arbitraires, actes de torture et des disparitions
de plus en plus nombreuses d’hommes par des groupes armés
et cagoulés agissant de nuit. Des charniers continuent
d’être identifiés comme celui découvert
en février près du hameau de Kapoustino comprenant
sept corps d’hommes. Tous portaient des traces de torture,
quatre étaient décapités. De plus, la violence
s’étend également maintenant à l’Ingouchie
où la sécurité des réfugiés
n’est plus assurée et les mesures d’intimidation
augmentent.
Aussi, la réalité est bien autre que celle véhiculée
par le discours officiel qui relève de la propagande.
Le référendum portant sur l’adoption d’une
Constitution et qui devrait ouvrir la voie à des élections
parlementaires et présidentielles fin 2003 ou courant
2004 n’est destiné qu’à donner l’illusion
d’une normalisation et à mettre fin officiellement
à la présidence d’A. Maskhadov.
Le référendum : une mascarade
§ La situation de dangerosité et d’insécurité
sur le territoire tchétchène ne peut permettre
la liberté d’expression et d’opinion du peuple
tchétchène
§ Le référendum a été préparé
par un petit groupe dans l’entourage de l’administration
pro-russe et n’a aucunement fait l’objet de consultations
préalables dans différents secteurs de la société.
On ne peut que souligner l’arrogance dont font preuve
les officiels russes, persuadés, forcément, que
le texte sera adopté.
§ Des pressions multiples ont été exercées
sur la population pour qu’elle aille voter le 23 mars.
Notamment les réfugiés en Ingouchie ont été
menacés de se voir priver de rations d’aide. A
cela s’ajoute la mauvaise information des électeurs
concernant le texte de la constitution et l’absence de
campagne électorale contradictoire.
§ Le référendum est aussi l’occasion
d’accélérer le retour des réfugiés
en Tchétchénie en multipliant les incitations,
promesses et pressions. Les réfugiés rencontrés
par la mission ont attesté ces pressions émanant
de représentants du gouvernement tchétchène
venus dans les camps pour les inciter à voter
§ L’impossibilité pour les plus de 100 000
réfugiés en Ingouchie de voter, faute de pouvoir
retourner en Tchétchénie sont autant d’atteintes
à l’exercice libre du droit de vote. La possibilité
de voter pour des milliers de militaires russes en poste en
Tchétchénie n’en est que plus choquante
et que plus aberrante.
Le texte du référendum est en réalité
très flou et inclut des dispositions contraires à
la constitution fédérale comme la possibilité
donnée au président de la Fédération
de Russie de limoger le président de la République
de Tchétchénie. Enfin les dispositions concernant
la langue tendent à privilégier le russe au détriment
du tchétchène, contrevenant en cela à la
législation russe et au code de procédure pénale
et ce alors que la République du Tatarstan a par exemple
obtenu que soit reconnu l’usage égal des deux langues
tatare et russe.
Ce référendum consacre le refus des autorités
russes d’envisager une solution négociée
avec la partie tchétchène. Son adoption, qui ne
fera que renforcer la position des autorités, y compris
sur le plan international s’il n’est pas désavoué
haut et fort, risque de mettre encore plus en danger tous ceux
qui exprimeraient un avis divergent par rapport aux dispositions
contenues dans ce texte.
La Commission des droits de l’Homme de l’ONU réunie
pour sa 59e session à Genève doit réagir
avec fermeté à la situation prévalant en
Tchétchénie et adopter une résolution condamnant
les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité
perpétrés dans cette République.
La FIDH réitère son appel à l’Assemblée
générale de l’ONU à désigner
une force internationale de protection des populations civiles
en Tchétchénie.
La FIDH demande aux instances compétentes de l’ONU
d’adopter une résolution portant création
d’un tribunal pénal international ad hoc sur la
Tchétchénie au titre du chapitre VII « action
en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d’acte
d’agression ». |