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Paris, le 1er avril
Le 23 mars s’est déroulé en Tchétchénie
un référendum dont l’objet était
l’adoption d’une nouvelle constitution pour la république
ainsi que la tenue d’élections parlementaires et
présidentielles.
En février 2003, la Fédération internationale
des ligues des droits de l’Homme (FIDH) a mandaté
en Ingouchie une mission d’enquête en partenariat
avec le Centre des droits de l’homme Memorial, et une
personne ressource de Médecins du Monde (MDM) se trouvait
en mission sur le territoire tchétchène pendant
le référendum et a pu de facto constater comment
il s'est déroulé. De fait, il s’agit d’un
des seuls rares étrangers ayant pu observer de façon
non-officielle et indépendante l’activité
des bureaux de vote.
Ces deux missions ont pu tout d’abord constater que malgré
les discours officiels russes qui font état depuis plusieurs
mois d’une « normalisation » de la situation
en Tchétchénie, la population civile continue
d’être la principale victime d’une guerre
qui se poursuit depuis 3 ans et demi, et ce dans une quasi totale
impunité pour les auteurs des crimes .
Si les opérations de nettoyage de grande envergure et
les bombardements se font moins nombreux, on assiste aujourd’hui
en Tchétchénie à une généralisation
d’« opérations ciblées » qui
se soldent par des arrestations arbitraires, des tortures et
des disparitions de plus en plus nombreuses d’hommes arrêtés
par des groupes armés agissant de nuit. Des charniers
continuent d’être découverts.
Cette seconde campagne russe en Tchétchénie a
fait depuis l’automne 1999 environ 50 000 victimes civiles
et plus de 150 000 blessés selon les ONG, plusieurs milliers
de personnes sont aujourd’hui portées disparues
après avoir été arrêtées par
les représentants des troupes fédérales,
100 000 personnes sont réfugiées en Ingouchie
voisine où elles vivent dans des conditions humanitaires
dégradantes, des milliers d’autres sont éparpillées
en Russie et dans le monde.
De plus, la Tchétchénie continue d’être
un territoire dont l’accès est limité pour
les journalistes indépendants et les ONG, le discours
officiel russe étant d’un côté de
les inviter à se rendre en Tchétchénie
en déclarant qu’aucun obstacle ne s’opposera
à leur venue, mais en affirmant de l’autre que
leur sécurité ne peut être assurée.
Dans cette situation de dangerosité et de huis-clos
la liberté d’expression n’est qu’un
leurre. Et dans ce climat de guerre, de tensions et de menaces
le déroulement d’un référendum constitutionnel
est apparu comme une « triste pièce dans un théâtre
brûlé ».
En outre, de nombreuses pressions ont été exercées
sur la population pour l’inciter à aller voter
et aucun débat n’a été engagé
sur le référendum en dehors de réunions
pré-électorales organisées par les autorités
tchétchènes pro-russes et dont le but était
plus d’intimider les participants que de les informer.
Par ailleurs, la mission mandatée par MDM au moment
du référendum en Tchétchénie a pu
se rendre compte de l’ampleur du mensonge qui l’a
entouré. Les chiffres officiels ont fait état
d’un taux de participation au référendum
d’environ 85%, et d’un plébiscite en faveur
de cette constitution, qui aurait été adoptée
par 96% des voix, alors que le 23 mars 2003, les rues de Grozny
étaient désertes, ainsi que les bureaux de vote.
La mission a pu, de plus, être témoin de nombreuses
irrégularités. A 10h00 le 23 mars, un bulletin
d’information a indiqué sur une chaîne de
radio qu’une file d’attente s’était
formée devant le bureau de vote situé dans l’école
N°7 sur la chaussée Pervomaïskaya. Cependant,
arrivée sur les lieux cinq minutes plus tard, la personne
ressource de MDM n’a vu devant le bureau que des gardes
armés, et à l’intérieur du bureau
ne votaient que 4 ou 5 personnes. En outre, un témoin
direct faisant partie de la commission électorale d’un
bureau de vote du quartier Staropromyslovsky a déclaré
à la mission que moins de 300 personnes étaient
venues voter dans ce bureau, mais qu’en fin de journée
les chiffres officiels indiquaient 2185 votants. Les Tchétchènes
accompagnant le chargé de mission MDM ont délibérément
voté plusieurs fois dans des bureaux différents,
afin de démontrer l’absurdité de l’opération.
Cette opération constitue une humiliation de plus envers
la population civile tchétchène, à qui
on a démontré que ses voix n’étaient
pas nécessaires pour faire adopter massivement une constitution
qui consacre le refus des autorités russes d’envisager
une solution négociée avec la partie tchétchène
représentée par le président démocratiquement
élu Aslan Maskhadov.
Malheureusement, il est à craindre que l’adoption
de cette constitution ne fera que légitimer l’«
opération anti-terroriste » du Kremlin en Tchétchénie,
puisque la résistance tchétchène devient
définitivement hors-la-loi et présentée
comme massivement désapprouvée par les Tchétchènes.
Ainsi, les autorités russes se sont munies d’une
nouvelle arme pour « éliminer les terroristes »
en toute légitimité et en toute impunité,
tout en se présentant comme les garants de la paix et
de la solution politique, faisant le parallèle avec la
guerre en Irak.
La préparation du texte, les conditions de la campagne
et celles de la tenue du scrutin ont amplement démontré
que cette opération n’était qu’un
marché de dupes.
La FIDH et MDM appellent les institutions internationales à
exiger des autorités russes qu’elles mettent fin
à cette guerre et aux violations des droits de l'homme
contre la population civile qui en découlent et à
initier de véritables négociations aux fins d’une
solution pacifique et politique correspondant aux réelles
aspirations du peuple tchétchène.
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