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Paris, Genève, 17 mars 2003
Parmi les questions à l’ordre du jour de la 59ème
session de la Commission des Droits de l'Homme des Nations Unies,
qui s’est ouverte ce matin à Genève, figure
la situation des droits de l’Homme en Colombie qui demeure
extrêmement préoccupante.
Les récentes réformes effectuées ou envisagées
par le gouvernement mis en place par Álvaro Uribe Vélez
en août 2002, loin d’améliorer la situation
des droits de l’Homme dans le pays, risquent au contraire
de lever certaines des garanties judiciaires dont bénéficiait
encore la population colombienne et de fragiliser encore plus
la situation de ceux qui dénoncent les violations des
droits de l’Homme. Dans le climat de violence généralisée
qui prévaut en Colombie, ces réformes renforcent
l’impunité dont bénéficient les auteurs
de violations des droits de l’Homme.
Colombie
: Administration de la justice ou de l’impunité ?
Le rapport d’enquête conjoint « Colombie
: Administration de la justice ou de l’impunité
?» publié ce jour par la Fédération
internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH) et l'Organisation
Mondiale contre la Torture, dans le cadre de leur programme
conjoint “l'Observatoire pour la protection des défenseurs
des droits de l'Homme”, ainsi que par l'association “Avocats
sans Frontières- France » examine en détail
ces réformes et leur impact sur les droits des citoyens
et émet plusieurs recommandations visant à garantir
l’indépendance des opérateurs de justice
et le respect du droit à un procès équitable.
Ce rapport dénonce les récentes réformes
du système de l'administration de la justice colombienne
et les projets en cours qui constituent une véritable
remise en question des mécanismes de contrôle judiciaire.
Ces réformes notamment octroient un pouvoir accru au
“Fiscal General de la Nación”, sans garantie
d’indépendance, alors même que son manque
d'indépendance est systématiquement dénoncé
par la société civile. En outre, certaines des
mesures envisagées portent directement atteinte à
l'indépendance du pouvoir judiciaire, limitent la compétence
de la Cour Constitutionnelle, suppriment des représentants
du médiateur et le Conseil Supérieur de la magistrature.
De même, le rapport met l'accent sur les menaces et actes
d’harcèlement récurrent dont sont l'objet
les administrateurs de justice en Colombie : membres de l'Unité
des Droits de l'Homme de la Fiscalía, employés
du Corps Technique d'Investigation de cette même institution,
avocats plaidants et défenseurs publics. Ces personnes
sont menacées, physiquement agressées voire assassinées,
en raison de leur travail qui vise des cas sensibles de violations
des droits de l'Homme, notamment lorsqu'elles sont commises
par des groupes privés et des membres de la force publique.
Plusieurs d’entre eux ont dû renoncer à leurs
activités et prendre le chemin de l’exil en raison
des menaces qui pesaient contre eux, aucune mesure de protection
efficace n'ayant été mise en oeuvre par le gouvernement
colombien malgré les demandes réitérées
de la Commission Interaméricaine des Droits de l'Homme.
Cette situation contribue à maintenir un haut niveau
d'impunité en Colombie et laisse les personnes victimes
de violations sans aucun recours.
La FIDH, l'OMCT et ASF-France appellent la Commission des Droits
de l'Homme des Nations à adopter une Déclaration
de la Présidence faisant explicitement référence
à ces réformes et demandent qu’elles soient
révisées sur la base des instruments internationaux
et régionaux sur le droit à un procès équitable.
La FIDH, l'OMCT et ASF-France demandent que les autorités
colombiennes s’engagent à inviter en Colombie le
rapporteur de l’ONU sur l’indépendance des
juges et des avocats.
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