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Paris, le 22 octobre 2003
Excellence,
Nous vous adressons cette lettre pour vous
exprimer nos plus vives préoccupations quant au discours
que vous avez prononcé lors de la cérémonie
d'ouverture de la dixième session du sommet de l'Organisation
de la conférence islamique.
Vous avez déclaré à cette
occasion: « 1.3 milliard de musulmans ne peuvent
être vaincus par quelques millions de juifs. Il doit y
avoir une solution. Et nous ne pouvons trouver cette solution
que si nous arrêtons de penser, d'évaluer nos faiblesses
et nos forces, de planifier, de mettre en place des stratégies
et ensuite de contre-attaquer. (...) Les Européens ont
tué 6 millions de juifs, sur 12 millions. Mais aujourd'hui
les juifs dirigent le monde par procuration. Ils obtiennent
des autres qu'ils combattent et meurent pour eux ».
Le 20 octobre, vous avez réitéré
ces propos.
La FIDH et SUARAM considèrent que de
telles déclarations brutales sont clairement racistes
et encouragent la haine entre les différentes communautés
religieuses. Les chefs d'Etats et les gouvernements doivent
jouer un rôle constructif eu égard aux conflits
qui perdurent au Moyen Orient et certainement pas encourager
la haine et la violence par des discours démagogiques.
La politique d'Israël envers les Palestiniens
est en violation flagrante du droit international des droits
de l'Homme et du droit humanitaire international. Nos organisations,
et la FIDH en particulier, ont constamment condamné de
telles violations et n'ont de cesse de multiplier les efforts
pour apporter leur soutien aux défenseurs des droits
de l'Homme et aux mouvements en faveur de la paix en Palestine
et en Israël. Seul le dialogue peut conduire à mettre
fin au conflit.
Cependant, la condamnation de la politique
du gouvernement israélien ne doit en aucun cas conduire
à des déclarations antisémites ayant pour
cible le peuple juif en général. Une telle confusion
ne sert qu'à nourrir le fanatisme et la violence. Ce
peut être aussi un moyen pour les régimes autoritaires
d'éviter les critiques internes en détournant
l'attention de l'opinion vers un enjeu de politique internationale
particulièrement sensible.
Enfin, se référer à la liberté d'expression
pour justifier votre droit de prononcer de tels propos qui,
de fait, incitent à la haine raciale et religieuse est
non seulement inacceptable mais aussi inadmissible: il est un
principe de base en droit international des droits de l'Homme
que les droits de l'Homme ne peuvent en aucun cas être
utilisés pour justifier la violation d'autres droits.
La FIDH et SUARAM entendent saisir les mécanismes
appropriés des Nations unies.
La FIDH et SUARAM vous demandent de revenir
sur vos déclarations.
Nous vous prions d'agréer, Excellence, l'expression de
notre haute considération,
Au nom de la FIDH et SUARAM
Sidiki Kaba
Président de la FIDH
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