Paris, le 23 mai 2003
Les autorités mauritaniennes ont entamé -depuis
le début du mois- une campagne de répression à
l’encontre des acteurs de la société civile,
magistrats, opposants politiques, représentants religieux
et étudiants, toutes ethnies confondues.
Du 18 au 22 mai, plusieurs dizaines de personnalités
mauritaniennes ont été arrêtées par
les forces de police. On compte parmi ces personnalités,
des magistrats, notamment le président du tribunal de
Toujounine et le président de chambre du tribunal régional
de Gorgol, arrêtés dans l’exercice de leurs
fonctions, en violation des règles nationales relatives
aux procédures de poursuite. Le directeur de la bibliothèque
nationale, un ancien ambassadeur, le directeur de l’institut
Akraa spécialisé dans la
formation professionnelle des étudiants des écoles
coraniques et le directeur de l’ONG de bienfaisance des
Emirats arabes unis en Mauritanie ont été également
arrêtés. Le bureau des œuvres caritatives
des Emirats arabes unis de Nouakchott a été fermé,
plusieurs employés ont été arrêtés,
le matériel et l’ensemble du mobilier ont été
confisqués.
Le 22 mai 2003, plusieurs femmes ont également été
arrêtées à leur domicile sans mandat d’arrêt,
parmi lesquelles un professeur et un chercheur. Il semblerait
que leurs arrestations aient été motivées
par le fait que ces femmes se rencontraient régulièrement
pour se consacrer à l’étude du Coran. L’ensemble
de ces personnes est détenu au secret depuis leur arrestation,
sans qu’aucune charge ne soit prononcée à
leur encontre, et n’a pu avoir aucun contact avec leurs
familles ou leurs avocats, au mépris le plus flagrant
des règles relatives au droit à un procès
équitable.
Ces actes de répression s’inscrivent dans une vague
d’arrestations sans précédent qui a commencé
au début du mois de mai à l’encontre de
représentants politiques du parti NOUHOUD, du maire d’Arafat
et d’une dizaine de représentants religieux mauritaniens
(cf communiqué du 13 mai 2003). A ce jour, les imams
n’ont toujours pas comparu devant le juge malgré
l’expiration du délai de garde à vue et
les membres de l’opposition sont maintenus en détention.
La Fédération internationale des droits de l’Homme
(FIDH) considère que ces arrestations – massives
–, qui interviennent dans un contexte pré-électoral,
relèvent d’une stratégie visant à
museler toute forme d’opposition. Le climat qui entoure
la préparation des élections présidentielles
prévues pour novembre 2003 est caractérisé
par des tensions entre les autorités et la société
civile, avivées par la guerre en Irak et par le soutien
inconditionnel apporté par l’Etat mauritanien au
gouvernement américain, soutien mis en cause par la population.
Dans cette stratégie de maintien au pouvoir à
tout prix, les autorités mauritaniennes utilisent la
lutte contre le terrorisme international pour justifier ces
arrestations.
A cet égard, les propos du Premier Ministre de Mauritanie,
Cheikh El-Avia Ould Mohamed Khouna, sont exemplaires : le 18
mai 2003, il a qualifié les personnes arrêtées
de "terroristes islamistes à la solde de pays étrangers",
et a affirmé qu’ "elles constituaient une
menace réelle sur le pays". Dénonçant
le “danger rampant qui se cache derrière l'Islam”,
le Premier Ministre a appelé tous les mauritaniens à
lutter contre ce “fléau”.
La FIDH est extrêmement inquiète de ce nouveau
manquement de l’Etat mauritanien aux principes inhérents
à un Etat de droit et considère que la lutte contre
le terrorisme – légitime et nécessaire –
est détournée de son objectif premier, utilisée
par les autorités mauritaniennes pour renforcer leur
propre pouvoir au détriment de leurs engagements en matière
de droits de l’Homme. Les propos tenus par le Premier
Ministre participent de cette stratégie et reposent sur
un amalgame qui ne peut qu’être dénoncé.
La FIDH considère que ces détentions sont arbitraires,
en ce qu’elles sont en totale contradiction avec les instruments
internationaux relatifs aux droits de l’Homme universellement
reconnus, qui garantissent les libertés d'expression,
d’opinion et d'association, et le droit de participer
à la vie politique. La FIDH note également que
ces arrestations constituent une violation flagrante de la législation
nationale relative à la procédure pénale.
La FIDH demande aux autorités mauritaniennes de procéder
à la libération immédiate des personnes
arbitrairement détenues et de garantir leur intégrité
physique et morale. |