| Paris, le
14 mai 2003
La Fédération internationale des ligues des
droits de l’Homme (FIDH) est vivement préoccupée
par la vague d’arrestations touchant des opposants politiques
et des représentants religieux
Le 30 avril, les forces de sécurité ont pénétré
le quartier général du parti Nouhoud, et ont notamment
arrêté les jours suivants le leader de cette formation,
M. Mohamed Abdallahi Ould Eyih, le porte-parole M. Mohamed Radhi
ainsi que l’ancien ministre M. Khatry Ould Taleb Jiddou,
et ce sans mandat d’arrêt. Le 3 mai 2003, les locaux
du Nouhoud ont été fermés et mis sous scellés,
les listes et registres ont été emportés,
en même temps qu’était procédée
à l’arrestation d’autres membres de cette
formation.
Le 11 mai, 11 membres du Nouhoud ont comparu devant le Procureur
de Nouakchott. Le droit à être défendu par
un avocat leur a été refusé.
En effet, le collectif d’une quarantaine d’avocats
qui s’était constitué pour ce procès
n’a pas été autorisé à participer
à l’audience. A la suite de cette comparution,
l’ancien ministre a été libéré,
mais les 10 autres opposants ont été déférés
devant le juge d’instruction qui les a placés en
détention, aux motifs de « constitution d’association
non autorisée », et de « reconstitution d’un
parti politique après sa dissolution ».
Le Nouhoud, à domination baassiste, s’est reconstitué
en août 2001 après sa dissolution et a déposé
ses nouveaux statuts. Le Ministre de l’Intérieur
n’a jamais donné une quelconque suite à
cette requête alors que la loi mauritanienne l’y
oblige. S’il rejette le dossier, il doit en informer le
parti et faire cesser immédiatement ses activités.
Aussi, en l’absence de décision formelle du Ministère,
le Nouhoud avait poursuivi ses activités et son siège
social se situait dans une des artères principales de
la ville de Nouakchott.
Par ailleurs, huit imams et un membre du Comité permanent
du Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD), parti
politique légalement constitué et représenté
au Sénat et à l’Assemblée Nationale
ont été arrêtés les 4, 5 et 6 mai
2003 sans qu’aucune charge ne soit retenue à leur
encontre. Les imams auraient été arrêtés
après avoir critiqué le Ministre de l’Orientation
Islamique dans leurs sermons le 2 mai 2003. Malgré l’expiration
du délai de garde à vue, ces personnalités
religieuses et le membre du RFD n’ont toujours pas été
déférés devant le Procureur, et tout contact
avec leurs familles ou avocats leur a été refusé.
Aucune information n’a été fournie sur leur
lieu de détention.
La FIDH dénonce cette vague d’arrestations d’opposants
politiques et de représentants religieux et considère
que leur arrestation et leur détention est arbitraire
en ce qu’elle porte atteinte aux libertés d'expression
et d'association, et au droit de participer à la vie
politique, reconnus par les normes internationales et régionales
relatives aux droits fondamentaux de la personne humaine souscrites
par la Mauritanie.
La FIDH rappelle que le pouvoir mauritanien procède
de façon récurrente à ce type d’arrestations
d’opposants politiques qui participe d’une stratégie
de musellement de toutes formes d’expressions critiques
ou divergentes.
La FIDH demande aux autorités mauritaniennes de procéder
à la libération immédiate des personnes
détenues arbitrairement et de garantir leur intégrité
physique et morale. La FIDH appelle également les autorités
à respecter les instruments internationaux et régionaux
relatifs au droit à un procès équitable
et considère que le refus du droit à bénéficier
d’un avocat constitue une violation flagrante des droits
de la défense pourtant reconnus en Mauritanie.
La FIDH saisit immédiatement la Commission africaine
des droits de l’Homme et des peuples qui sera en session
à partir du 15 mai 2003 de cette situation préoccupante,
et le Groupe de travail sur les détentions arbitraires
des Nations Unies. |