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Paris, le 4 juin 2003
Le 29 mai 2003, 9 membres du parti d’opposition Nouhoud
ont été condamnés à des peines de
prison avec sursis par la Chambre correctionnelle du Tribunal
de Nouakchott, en violation manifeste du droit à un procès
équitable.
De nombreux membres de ce parti avaient été arrêtés
au début du mois de mai et détenus pour “
constitution d’association non autorisée ”
et “ reconstitution d’un parti politique après
sa dissolution” (cf. communiqué du 13 mai 2003).
Lors de l’audience, plusieurs droits fondamentaux de la
défense garantis par la Charte africaine des droits de
l’Homme et des peuples ratifiée par la Mauritanie
en 1986 ont été bafoués :
L’article 7 c) de la Charte prévoit pour toute
personne “le droit à la défense, y compris
celui de se faire assister par un défenseur de son choix.”
Pourtant, le président du tribunal a refusé la
constitution du collectif de 70 avocats choisis par les prévenus
par le biais d’une procuration dûment signée.
Il leur a été imposé un autre pool d’avocats
présenté par le bâtonnier, lui-même
nommé par le gouvernement. Seuls deux des prévenus
niant toute relation avec le parti Nouhoud ont accepté
cette représentation et ont été par la
suite relaxés. Les autres détenus, sans la moindre
concertation, ont vu "leurs avocats" plaider coupable
!
Le procès a duré une demi-journée et le
verdict a été prononcé sans que le juge
du siège se soit retiré pour délibération.
Le secrétaire général et le secrétaire
général adjoint du parti ont été
condamnés à 6 mois d’emprisonnement avec
sursis. Les 7 autres ont écopé de 3 mois d’emprisonnement
avec sursis.
Les prévenus ont fait part de leur volonté de
faire appel de cette décision, avec l’aide du collectif
des avocats qu'ils ont librement choisi.
La FIDH condamne un procès aux allures de mascarades,
en contradiction flagrante avec les normes internationales et
régionales relatives au droit à un procès
équitable. Elle dénonce la volonté manifeste
des autorités mauritaniennes d’étouffer
toute forme d’opposition politique à quelques mois
des élections, seule une personne ayant un casier judiciaire
vierge pouvant être membre de la direction d'un parti
politique et candidate aux élections régionales
et nationales en Mauritanie.
La FIDH dénonce enfin la situation et le sort réservé
aux imams, magistrats, professeurs, oulémas et celle
du maire d’Arafat, arrêtés et détenus
depuis le début du mois de mai (cf. communiqué
du 13 mai 2003). Le mardi 3 juin 2003, le procureur de la République
a dans un réquisitoire introductif qualifié les
faits reprochés à certains des détenus
de : « complot contre le régime constitutionnel,
incitation à l’atteinte à l’ordre
public intérieur et extérieur et constitution
d’association non autorisée », ne reflétant
d’ailleurs en rien d’après des informations
concordantes les interrogatoires de ces personnes menés
par la police. Le juge d’instruction a émis une
trentaine de mandats de dépôt. En outre, une vingtaine
de professeurs détenus par la police n’ont toujours
pas été déférés devant la
justice. La FIDH considère comme arbitraires ces arrestations
et détentions et, en conséquence, appelle les
autorités mauritaniennes à procéder à
la libération immédiate des personnes ainsi détenues. |