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Paris, le 8 août 2003
Après plusieurs semaines de combats sanglants au Liberia
entre les forces gouvernementales et les forces rebelles du
LURD (Libériens unis pour la réconciliation et
la démocratie) et du MODEL (Mouvement pour la démocratie
au Libéria), causant la mort de plusieurs milliers de
civils et le déplacement de plus de la moitié
de la population, la Fédération internationale
des ligues des droits de l’Homme (FIDH) prend acte de
l’annonce, le 7 août 2003, du départ de Charles
Taylor, Président du Libéria, laissant place à
son vice-président pour assurer la transition.
En outre, la FIDH prend acte de la Résolution 1497 adoptée
le 1er août 2003 par le Conseil de Sécurité
autorisant la mise en place d’une force multinationale
au Libéria ayant notamment pour mandat la mise en œuvre
effective de l’accord de cessez-le-feu signé le
17 juin dernier à Accra, Ghana, entre les parties en
présence, et la contribution à l’instauration
et au maintien de la sécurité après le
départ de Charles Taylor.
La FIDH est cependant vivement préoccupée par
l’immunité, disposée dans la Résolution
1497 à la demande des Etats-Unis, qui accorde aux Etats
participants à cette force multinationale la compétence
exclusive pour tous les crimes qui pourraient être commis
par leur personnel, écartant expressément la compétence
de la Cour Pénale Internationale pour les crimes de génocide,
crimes contre l’humanité et crimes de guerre.
A cet égard, la FIDH ne peut que dénoncer le
paradoxe de la position de la communauté internationale
qui a accordé une telle immunité, alors que le
Tribunal spécial pour la Sierra Leone a émis le
4 juin un mandat d’arrêt international à
l’encontre de Charles Taylor, pour les chefs de crimes
de guerre, crimes contre l’humanité, et autres
violations du droit international humanitaire commis dans ce
pays.
En outre, la FIDH considère qu’il ne peut y avoir
de paix durable au Liberia et dans la région si la justice
est entravée. La FIDH affirme que le départ de
Charles Taylor ne saurait être conditionné au marchandage
de son impunité. Accusé de crimes parmi les plus
graves, Charles Taylor ne doit pas échapper à
un procès en bonne et due forme. Toute manœuvre
visant à lui organiser une retraite paisible dans un
pays voisin, ou n’importe où ailleurs, doit être
empêchée. C’est le droit des victimes que
de voir leurs bourreaux faire face à leurs responsabilités
devant la justice.
La FIDH appelle tous les Etats participants à la force
multinationale à se conformer strictement au respect
du droit international humanitaire. La FIDH les appelle, au
surplus, à livrer Charles Taylor au Tribunal Spécial
pour la Sierra Leone, conformément au mandat d’arrêt
dirigé contre lui. |