| Paris, le 30 juin 2003
La Fédération internationale des ligues des droits
de l’Homme (FIDH) et son organisation membre, le Mouvement
laotien pour les droits de l’Homme (MLDH), expriment leur
consternation au regard des peines à 15 ans de prison
prononcées le 30 juin 2003 par le tribunal de Phonesavanh,
contre Thierry Falise, reporter belge, Vincent Reynaud, caméraman
et photographe français et Naw Karl Mua, traducteur américain
d'origine hmong, pour « entrave à l’exercice
du pouvoir ».
Deux Laotiens arrêtés dans le cadre de la même
affaire ont été condamnés à des
peines de 15 et 20 ans de prison. Le sort de deux autres Laotiens
reste inconnu.
Les deux journalistes et leur interprète avaient été
arrêtés le 4 juin dans la province de Xien Khouang
(nord-est), alors qu’ils effectuaient un reportage sur
la minorité Hmong, dont certains membres appartiennent
à un mouvement rebelle contre les autorités de
Vientiane.
Les accusés n’ont pris connaissance des motifs
pour lesquels ils étaient poursuivis que deux jours avant
l’audience et ceux-ci sont passés de la simple
accusation d’enquête sans visa, à l’accusation
de coopération avec des bandits accusés de meurtre
et d’entrave à l’exercice du pouvoir.
La FIDH et le MLDH considèrent que la condamnation de
ces personnes est arbitraire car elle ne vise qu’à
sanctionner l’exercice de la liberté d’information
et car, au surplus, cette condamnation intervient en violation
flagrante des garanties les plus élémentaires
du droit à un procès équitable. Nos organisations
soulignent que ces faits s’inscrivent en violation flagrante
des instruments internationaux dont le Laos est partie, notamment
le Pacte international relatifs aux droits civils et politiques
(PIRDCP), dont l’article 19 inclut le « droit
de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération
de frontières, les informations et les idées par
quelque moyen que ce soit ». Cette situation illustre
une nouvelle fois l’absence de garantie des libertés
fondamentales au Laos, pays ayant institué le monopole
d’un parti unique, le Parti populaire révolutionnaire
lao, en 1975.
La FIDH et le MLDH demande aux autorités laotiennes
de procéder à la libération inconditionnelle
immédiate des deux journalistes incarcérés
et de leur traducteur, et des autres personnes détenues
dans le cadre de cette affaire, ainsi que de se conformer, en
toutes circonstances aux dispositions de la Déclaration
universelle des droits de l’Homme et des instruments internationaux
relatifs aux droits de l’Homme, auquel le Laos est partie,
notamment le PIRDCP.
La FIDH et le MLDH appellent avec force la communauté
internationale à faire pression sur les autorités
laotiennes en ce sens, et en vue de l’avènement
de la démocratie et de la construction d’un Etat
de droit au Laos. |