Paris, 19 mai
2003
La FIDH s’est depuis longtemps engagée en faveur
de l’abolition de la peine de mort. Dans le cadre de cet
engagement, la FIDH initie une série de missions dans
des pays pratiquant encore la peine de mort. Une mission s’est
ainsi rendue au Japon en octobre 2002 dans le but d’enquêter
sur les conditions dans lesquelles les condamnés à
mort ont été jugés ainsi que sur leurs
conditions de détention.
Les résultats de cette mission d’enquête
sont publiés ce jour dans le rapport de mission en anglais,
français et japonais La peine de mort au Japon, une pratique
indigne d’une démocratie.
Les conclusions du rapport sont particulièrement préoccupantes :
depuis 1993, 43 détenus ont été pendus
au Japon et ce dans la plus complète indifférence.
56 autres condamnés à mort attendent dans les
couloirs de la mort.
En dépit des efforts du barreau japonais pour améliorer
le système de défense, les détenus japonais,
et particulièrement les condamnés à mort,
ne bénéficient pas d’un procès équitable.
Entre autres, la pratique du Daiyo Kangoku, qui permet à
des suspects d’être détenus dans des commissariats
de police pendant 23 jours, contrevient aux règles du
procès équitable. Les aveux, qui peuvent être
recueillies à la suite de pressions particulièrement
fortes, servent de base à l’acte d’accusation.
Les risques d’erreurs judiciaires au cours de cette première
phase de la procédure sont donc particulièrement
élevés.
Les conditions de détention des condamnés à
mort constituent en outre, par elles-mêmes, des traitements
cruels, inhumains et dégradants: une fois leur peine
définitivement prononcée, les détenus sont
soumis à un isolement presque total. Les contacts avec
leurs proches et leurs avocats sont rares et soumis à
une surveillance rapprochée. Surtout, ils vivent tous
les matins dans l’angoisse que leur dernier jour est peut-être
arrivé : les détenus sont informés
de leur exécution le matin même de la pendaison,
et la famille n’est prévenue que le lendemain.
C’est au ministre de la Justice de donner l’ordre
d’exécution, qui est censé intervenir dans
les 6 mois suivant le prononcé de la peine. Dans la pratique
toutefois, cette règle n’est jamais respectée
et certains condamnés à mort ont passé
plusieurs dizaines d’années en prison, en se demandant
chaque matin s’ils vont ou non être pendus. C’est
par exemple le cas de Sakae Menda, qui a passé 34 ans
de sa vie en prison avant d’être acquitté.
La FIDH rappelle que de longues périodes d’isolement
constituent des violations des articles 7 et 10 du Pacte international
sur les droits civils et politique.
La peine de mort au Japon est donc en contradiction totale
avec l’évolution actuelle du droit international,
qui, de plus en plus, traduit un engagement en faveur de l’abolition
de la peine de mort, à tout le moins vers un moratoire
universel sur les exécutions.
Le secret qui l’entoure, l’absence de débats
dans les médias japonais, contribuent au maintien de
cette pratique. Au Japon même, soutien doit être
donné à l’initiative de la Coalition parlementaire
pour l’abolition de la peine de mort, qui propose la mise
en œuvre d’un moratoire sur deux ans, accompagné
d’un projet de loi abolissant la peine de mort.
Au niveau international, l’espoir réside dans
les instances intergouvernementales et régionales, et
particulièrement dans le cadre des relations de l’Union
européenne avec le Japon. A ce titre, la FIDH déplore
que la déclaration conjointe publiée à
l’issue du 12ème Sommet UE-Japon ne mentionne pas
la question de la peine de mort au Japon. La FIDH rappelle que,
en vertu des conclusions du Conseil Affaires générales
du 25 juin 2001 et des lignes directrices sur la peine de mort
adoptées par l’Union européenne en juin
1998, la question des droits de l’Homme et de la peine
de mort doivent être abordées systématiquement
dans de tels sommets. Ainsi la FIDH demande à l’Union
européenne d’inclure systématiquement la
question de la peine de mort dans leur dialogue avec le Japon
à tous les niveaux.
La FIDH demande en outre au Conseil de l’Europe, considérant
que le Japon n’a donné aucune suite effective aux
demandes du Conseil de l’Europe depuis deux ans, de décider
la suspension de son statut d’observateur pour une durée
d’un an renouvelable, et de proposer le développement,
au Japon, de programmes spécifiques visant à promouvoir
l’abolition, et ce à l’occasion de la prochaine
session de l’assemblée parlementaire du 23 au 27
juin 2003. |