| Paris, lundi 24 mars 2003
Faisant suite à la première rencontre organisée,
sous la présidence danoise, les 16 et 17 décembre
2002 à Téhéran, la 2ème session
du dialogue sur les droits de l'Homme entre l'Union européenne
et la République Islamique d'Iran s'est tenue, sous la
présidence grecque, à Bruxelles les 14 et 15 mars
2003.
Tout comme à Téhéran, la table ronde de
Bruxelles a associé responsables politiques et experts
universitaires européens et iraniens ainsi qu'un nombre
restreint d'organisations internationales issues de la société
civile, dont la FIDH.
A l'issue de la première session de décembre
2002, la FIDH s'était félicitée, dans son
communiqué du 19 décembre 2002 (http://www.fidh.org)
de la franchise des discussions qui avaient permis d'amorcer
un dialogue réel sur les questions abordées. Elle
avait cependant regretté le caractère limité
de ce nouveau cadre de discussion.
En dépit d'un ordre du jour très fourni, la rencontre
de Bruxelles, consacré à l'état de droit
et au droit à un procès équitable, n'a
pas permis d'aller au-delà des échanges de points
de vue à caractère souvent académique ou
portant de façon trop détaillée sur les
procédures en vigueur en Iran et dans les états
de l'UE.
Les questions relatives aux tribunaux d’exception, à
l'exercice des libertés d'expression et d'association,
aux restrictions et aux poursuites judiciaires à l'égard
de membres du barreau, ainsi que celles de la pratique de la
torture et des châtiments corporels, n'ont été
évoqués que de façon incidente, sans prendre
en compte, et pour modeste qu'elles soient, les avancées
enregistrées sur ces sujets à Téhéran
en décembre 2002.
Le projet de loi sur la torture déposé devant
le parlement iranien et censuré par les gardiens de la
Constitution pour la 3ème fois au motif de son incompatibilité
avec une lecture dogmatique des règles de Charia (loi
islamique), aurait dû, par exemple, faire l'objet d'un
suivi de la part des participants à la table ronde.
Plus généralement, un certain nombre de sujets
de préoccupations majeurs ayant trait à l'administration
de la justice et aux obstacles à l'exercice du droit
à un procès équitable conforme aux normes
internationales, n'ont pas fait l'objet d'un véritable
débat ayant pour objectif d'infléchir de façon
concrète la réforme judiciaire amorcée
en Iran.
Ces sujets de préoccupations ont pourtant été
régulièrement soulevés par les défenseurs
iraniens des droits humains et par les organisations non gouvernementales
internationales ainsi que par plusieurs mécanismes des
Nations unies.
La récente visite en Iran en février 2003 de la
délégation du Groupe de travail des Nations unies
sur la détention arbitraire, qui n'aurait pas été
possible sans la coopération positive des autorités
iraniennes, a ainsi confirmé l'importance et l'urgence
des questions qui auraient pu faire l'objet à la 2ème
session de Bruxelles de la table ronde UE - Iran d'un dialogue
plus substantiel.
Ceci est d’autant plus surprenant que les conclusions
rendues publiques le 18 mars 2003 par le Conseil de l’Union
européenne mettent l’accent sur de « graves
et constantes violations des droits de l’Homme »
(« continuing serious violations of Human Rights in Iran
»), en se fondant sur un certain nombre de faits incontestables.
Paradoxalement, le Conseil estime toutefois qu’il n’y
a pas lieu que l’Union européenne, à l’instar
des années précédentes, présente
à la 59ème session de la Commission des droits
de l’Homme des Nations unies, un projet de résolution
sur la situation des droits de l’Homme en Iran.
La FIDH, qui a le souci de voir se renforcer la crédibilité
du processus de la concertation UE - Iran amorcé à
Téhéran en décembre 2002, regrette ainsi
que la 2ème session de Bruxelles n'ait pratiquement pas
permis d'enregistrer des avancées significatives. Elle
suivra de ce fait attentivement les conditions de préparation
et de déroulement de la 3ème et décisive
session qui sera organisée sous présidence italienne.
Enfin, la FIDH réitère son appel pour élargir
la participation à ce dialogue à des organisations
effectivement indépendantes issues de la société
civile européenne et iranienne. Tout en prenant acte
de la présence à la session de Bruxelles d'Amnesty
International, de PRI et de la CIJ, elle déplore vivement
que Human Rights Watch n'ait pas été invité
et elle met à nouveau l'accent sur la nécessité
d'intégrer à la prochaine session les organisations
non gouvernementales et les personnalités iraniennes
indépendantes qui en ont manifesté le désir. |