La France qui se présente volontiers comme le pays
des droits de l'Homme s'apprête, une nouvelle fois,
à dérouler le tapis rouge à ces autocrates
qui ont couvert de leur autorité, quand ils ne les
ont pas directement commandités, ces crimes perpétrés
en toute impunité, faisant fi des pactes et des traités
internationaux relatifs à la protection des droits
humains. Les prétextes de menaces déstabilisatrices
sur les régimes en place sont invoqués, de façon
fallacieuse, pour justifier des politiques fondées
sur l'intolérance, la violence et la xénophobie.
Alors que la mise en uvre d'une justice internationale
fondée sur le respect des normes universelles des droits
humains enregistre des avancées significatives, il
est choquant de voir pareils despotes se pavaner sous les
lambris du palais de la République, consacrant ainsi
l'impunité de leurs crimes qui constitue l'un des fléaux
auquel le continent africain est confronté. C'est pour
affirmer haut et fort que les criminels d'Etat ne sont ainsi
pas les bienvenus à Paris que nous adressons cet appel
contre l'impunité au 22ème sommet entre l'Afrique
et la France.
Nous, membres des associations de victimes, des organisations
de défense des droits de l'Homme et des réseaux
de solidarité, exigeons que s'impose le devoir de vérité
et de justice. L'opacité qui caractérise, bien
souvent, les liens économiques et diplomatiques entre
la France et les Etats africains, ne saurait justifier le
silence hypocrite sur les crimes d'Etat qui prévalent
dans les relations bilatérales et multilatérales.
Il ne peut y avoir de paix durable, de développement,
de démocratie et de réconciliation nationale
en escamotant la vérité et la justice.
Nous, membres des associations des victimes, des organisations
de défense des droits de l'Homme et des réseaux
de solidarité, demandons à la France de prendre
un engagement clair visant à favoriser toutes les poursuites
engagées, et plus généralement d'agir
contre l'impunité des responsables politiques sur qui
pèsent de fortes présomptions de crimes internationaux.
Les auteurs de ces crimes doivent comparaître devant
les tribunaux pour répondre de leurs actes. Le bilan
macabre de ces chefs d'Etats n'honorent ni la France ni la
démocratie : mille personnes ont été
assassinés en 2002 en Algérie et plus de 7000
disparitions y sont intervenues en une décennie ; en
novembre 1990, des milliers de négro-mauritaniens (fonctionnaires,
soldats et sous officiers) ont été arrêtés
et torturés, et parmi eux 310 ont été
tués dans des conditions atroces ; parmi les milliers
de personnes qui ont décidé de rentrer au pays
après avoir fui les combats de Brazzaville en 1998,
plus de trois cent cinquante auraient disparu au " Beach
". A cela s'ajoutent les crimes collectifs en Côte-d'Ivoire,
au Tchad, en République Centrafricaine sans compter
un million de morts pendant le génocide de 1994 au
Rwanda. Le recours systématique à la torture
en Lybie, au Zimbabwé, en Tunisie ainsi que la peine
capitale en vigueur en République démocratique
du Congo sont des pratiques abominables absolument contraires
aux engagements internationaux souscrits, qu'il faut abolir
et réprimer.
Face à ces crimes qui, malheureusement perdurent,
il est du devoir des autorités françaises de
regarder en pleine lumière les crimes commis et de
reconnaître les responsabilités dans le calvaire
des victimes. " L'Afrique et la France ensemble pour
un nouveau partenariat " est un joli slogan qui ne peut
dissiper la soif de justice des victimes africaines des crimes
internationaux, y compris économiques.
Nous appelons les Etats participants au 22ème sommet
France Afrique à s'engager clairement " ensemble,
pour la vérité et la justice ".