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Paris,
le 5 mars 2003
Monsieur
le Président de la République,
La FIDH
et la LDH tiennent à exprimer leurs vives préoccupations
face aux méthodes indignes d'expulsions des immigrés
organisées récemment par le autorités françaises.
Celles-ci s'effectuent manifestement en violation des instruments
internationaux et régionaux relatifs à la protection
des droits de l'Homme et soulèvent plus largement le
problème du traitement des étrangers arrivant
sur le sol français.
Lundi 3
mars 2003, la France a procédé à l'expulsion
de 54 africains par un vol charter organisé conjointement
avec l'Allemagne. L'avion a décollé de Roissy
Charles de Gaulle avec à son bord 30 Ivoiriens, 23 Sénégalais
- dont une personne en provenance d'Allemagne - tous scotchés
aux pieds, scotchés et menottés aux poignets,
et détachés seulement à l'atterrissage
à Abidjan, comme le signale l'un des passagers forcés.
Ce vol était
officiellement " destiné à désengorger
la zone d'attente pour étrangers " de Roissy. D'autres
vols sont semblent-ils en préparation. " Ils seront
renouvelés chaque fois que nécessaire " a
précisé le ministre de l'intérieur français,
Nicolas Sarkozy.
Ces refoulements
avec pour objectifs rentabilité économique et
discrétion, n'est qu'une manifestation supplémentaire
du traitement indigne par les autorités nationales des
étrangers arrivant sur le sol français.
Plusieurs
rapports de l'agence nationale d'assistance aux frontières
pour les étrangers font en effet état de "
violations récurrentes et délibérées
des droits fondamentaux, de pressions, intimidations, injures,
brutalités, violences orchestrées par les forces
de police et d'entraves au droit d'accès des associations
habilités ". La pratique renouvelée de charters
fait craindre en outre une recherche abusive d'étrangers
à refouler, entrave un peu plus le droit des étrangers
à une " résistance " notamment en déposant
une demande d'asile et empêche tout témoignage
extérieur sur les conditions du retour des étrangers
non acceptés sur le territoire français.
Ces pratiques
en violation flagrante des droits de l'Homme s'accompagnent
en outre d'un durcissement du régime du droit d'asile
en Europe expliquant en partie le nombre accru de personnes
en zones d'attentes et les nouvelles méthodes employés
par les autorités françaises pour, selon elles,
endiguer ce problème.
La FIDH
et la LDH condamnent fermement ces pratiques, et souhaitent
ainsi rappeler aux autorités françaises les recommandations
adressées aux Etats membres du Conseil de l'Europe par
le Commissaire aux droits de l'Homme concernant les droits des
étrangers souhaitant entrer sur le territoire des Etats
membres et à l'exécution des décisions
d'expulsion formulées à Strasbourg en septembre
2001 : constatant que " le traitement des étrangers
dans les aéroports européens n'a pas connu d'amélioration
significative ", le Commissaire insiste sur le fait qu'
" à l'arrivée à la frontière
de tout Etat membre, toute personne a le droit d'être
traitée avec respect pour sa dignité humaine "
et précise qu' " une expulsion forcée, si
elle doit avoir lieu, doit se faire selon un processus absolument
transparent, permettant de s'assurer qu'à toutes les
étapes les droits fondamentaux de la personne ont été
respectés ".
En espérant
que notre appel retiendra votre attention, nous vous prions
de croire, Monsieur le Président, en l'expression de
notre très haute considération.
Sidiki
Kaba
Président de la FIDH |
Michel
Tubiana
Président de la LDH |
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