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16.01.2003
A l'occasion de la visite du Premier ministre algérien
Ali Benflis en France, le 17 janvier, et l'Année de l'Algérie
en France, dix organisations françaises et algériennes
de défense des droits de l'homme interpellent les autorités
françaises sur la situation des droits de l'homme en
Algérie.
Monsieur Jacques Chirac
Président de la République
Palais de l'Elysée
Paris
Paris, le 16 janvier 2003
Monsieur le Président,
A l'occasion de la visite du Premier ministre algérien
Monsieur Ali Benflis en France, le 17 janvier 2003, nous tenons
à
exprimer notre vive préoccupation face à la situation
des droits de l'Homme en Algérie. Cette visite s'inscrit
dans le contexte de l'Année de l'Algérie en France,
qui vise, selon les mots mêmes du Président du
Comité d'organisation Monsieur Hervé Bourges,
à " renforcer la connaissance mutuelle et les liens
amicaux " entre les deux pays. Si cette démarche
est a priori positive, nous craignons que ces célébrations
officielles ne servent aussi à masquer la tragique réalité
que vit ce pays au quotidien.
En effet, la violence politique et la répression sont
le lot quotidien des Algériens. En 11 ans d'Etat d'urgence,
durant une guerre civile qui ne veut pas dire son nom, plus
de 100 000 personnes ont trouvé la mort ; des milliers
d'autres ont disparu ; d'autres ont été victimes
d'exécutions sommaires, de torture systématique
Les manifestations sont réprimées dans le sang,
comme en Kabylie où, depuis avril 2001, elles ont fait
plus de cent morts et un millier de blessés. Alors que
l'on estime à plus de 7000 les victimes de disparition
forcée en Algérie ces onze dernières années,
les familles de disparus continuent à demander en vain
la vérité et la justice et se heurtent à
l'indifférence et au mépris des autorités,
voire aux violences des forces de l'ordre. Les autorités
prétendent que la violence n'est plus qu'un phénomène
résiduel, et pourtant plus de 1000 personnes ont été
tuées au cours de l'année 2002.
Dans un climat d'impunité généralisée,
les responsables des exactions ne sont pas inquiétés.
Les défenseurs des droits de l'Homme sont fréquemment
victimes de harcèlement et de violences ; lorsqu'ils
demandent que des enquêtes soient diligentées pour
identifier et punir les auteurs de violations, ils sont poursuivis
par la justice et condamnés. La situation de la liberté
d'expression est également préoccupante : les
journalistes algériens font régulièrement
l'objet d'intimidations, de menaces et de poursuites judiciaires.
Pour ces raisons, nous avons décidé, tout au
long de l'année 2003, et parallèlement à
la célébration officielle, d'exprimer nos inquiétudes
et notre solidarité en organisant des débats et
des événements publics, afin de faire entendre
la voix des exclus, des victimes et des oubliés, et de
rappeler la situation réelle des droits de l'Homme en
Algérie.
Nous tenions à vous rappeler le contexte de ces violations
systématiques des droits fondamentaux avant votre rencontre
à Paris avec M. Benflis, afin que la France use de toute
son influence auprès des autorités algériennes
pour qu'elles respectent ces droits. L'Algérie a en effet
ratifié les grands textes internationaux relatifs aux
droits de l'Homme ainsi que l'Accord d'association avec l'Union
Européenne, qui comprend une " clause droits de
l'Homme ", et qui s'accompagne d'une résolution
spécifique, votée par le Parlement Européen.
Il est par ailleurs important que les autorités françaises
contribuent à aider concrètement les Algériens,
en particulier en favorisant leur accueil en France au titre
de l'asile. Enfin, nous demandons aux autorités françaises
de s'engager à établir la vérité
sur les crimes commis durant la guerre d'Algérie, ce
qui favorisera les démarches à entreprendre auprès
des autorités algériennes.
Nous espérons que notre appel retiendra votre attention,
et nous vous prions de croire, Monsieur le Président,
en l'expression de notre très haute considération.
Signataires :
Abdennour Ali Yahia, président de la Ligue algérienne
pour la défense des droits de l'Homme
Sylvie Bukhari de Pontual, présidente de l'Action des
Chrétiens pour l'Abolition de la Torture
Kamel Daoud, président de l'association Algérie-droits
de l'Homme pour tous
Nassera Dutour, porte-parole du Collectif des familles de disparus
en Algérie
Driss El Yazami, secrétaire général de
la Fédération internationale des Ligues des droits
de l'Homme
Robert Ménard, secrétaire général
de Reporters sans frontières
Danielle Mitterrand, présidente de la Fondation France
Libertés
Francis Perrin, président d'Amnesty International, section
française
Michel Tubiana, président de la Ligue française
des droits de l'Homme
Nesroulah Yous, secrétaire général de
Vérité et Justice pour l'Algérie
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