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Paris, le 11 septembre 2003
La FIDH et l’OMCT, dans le cadre de leur programme conjoint
pour la protection des Défenseurs des Droits de l’Homme
protestent énergiquement contre des propos tenus par
le président de la République de Colombie, le
8 septembre, assimilant les ONG de défense des droits
de l’Homme à des groupes terroristes. Ces propos
visent très clairement à discréditer le
travail des défenseurs des droits de l’Homme.
En effet, dans un discours prononcé, pendant la semaine
des droits de l’Homme, à l’occasion de la
prise de fonction du nouveau commandant des forces aériennes,
Alvaro Uribe divise de manière pernicieuse les ONG de
défense de droit de l’Homme en trois catégories.
D’une part, les « ONG théoriques »
et d’autre part les ONG dites « respectables »
qui doivent être protégés par l’Etat.
Le troisième groupe est présenté comme
suit : les ONG des « écrivains et politicards qui
finalement sont au service du terrorisme et qui se cachent comme
des lâches derrière le drapeau des droits de l’homme
» et qui ne devraient donc pas recevoir la protection
de l’Etat.
Il poursuit : « Chaque fois que les terroristes commencent
à se sentir faibles, immédiatement ils envoient
leurs représentants pour qu’ils parlent de droits
de l’Homme. Ils n’ont ni honte, ni limites. Ils
sortent des livres en Europe sur des rumeurs et sur des calomnies.
Ils savent que leur seule arme est la calomnie et ils se cachent
hypocritement derrière les droits de l’Homme. »
« Il faut que ces messieurs sachent [notre] détermination
de vaincre le terrorisme et ses partisans, qu’une de nos
décisions politiques et d’isoler le terrorisme
et que pour ce faire nous allons capturer tous ceux qui commettent
ces délits par complicité ou par aveuglement »
« Lorsque j’ai commencé la tâche de
combattre le terrorisme comme gouverneur de ma province, […]
sont apparus des collectifs et des avocats, ces porte-parole
du terrorisme sont apparus sous ce nom et sous d’autres.
Ils n’attaquent pas les terroristes mais ils attaquent
la volonté du gouvernement départemental de les
vaincre. ».
La FIDH et l’OMCT dénoncent la scandaleuse démarche
d’Alvaro Uribe et le danger que constituent de tels amalgames.
Dans le contexte actuel, ces propos équivalent à
un appel à la violence. Ce discours intervient alors
que le président est l’objet de critiques sur sa
première année de mandat formulées à
la fois par les 80 ONG colombiennes de « la plataforma
colombiana democracia y desarollo » dans un livre (el
embrujo autoritario) lancé le 8 septembre, mais aussi
par un rapport du PNUD. Il semble donc que le président
considère que ces 80 ONG font partie de son troisième
groupe(« écrivains et politicards qui finalement
sont au service du terrorisme et qui se cachent comme des lâches
derrière le drapeau des droits de l’homme »)
et qu’elles sont les porte-parole des terroristes. Cette
réaction va à l’encontre de la liberté
d’expression et participe d’un refus des autorités
colombiennes d’entendre toute voix divergente.
Ces propos de dénigrement du travail des défenseurs
de droit de l’Homme s’inscrivent dans une démarche
plus large, où au nom de la lutte contre le terrorisme,
les pouvoirs publics s’affranchissent du respect des droits
de l’Homme. Le 8 septembre la plus haute autorité
de l’Etat a franchi un nouveau pas vers l’arbitraire
en assimilant les défenseurs de droits de l’Homme
à des terroristes. Alvaro Uribe conclut son discours
en incitant le nouveau commandant des forces aériennes
à passer outre le respect des droits de l’Homme
pour vaincre le terrorisme : « General Lesmez vous assumez
le commandement des forces aériennes pour vaincre le
terrorisme. Que les trafiquants des droits de l’Hommes
ne vous arrêtent pas, ne vous trompent pas, que toutes
les forces aériennes prêtent à cette grande
nation le service de nous aider à nous libérer
de ce cauchemar ».
La FIDH et l’OMCT n’ignorent pas la situation dramatique
dans laquelle se trouve la population colombienne. Elles réitèrent
leur condamnation des crimes perpétrés par la
guérilla et par les paramilitaires et reconnaîssent
la nécessité de lutter contre ce terrorisme. Cependant
cette lutte doit s’effectuer dans le strict respect des
règles d’un Etat de droit. Or les propos tenus
par le président de la Colombie sont en totale contradiction
avec ces mêmes principes et sont d’une extrême
gravité.
La FIDH et l’OMCT exhortent le gouvernement colombien
à revenir publiquement sur un discours qui constitue
une grave menace pour l’Etat de droit. Il revient en effet
à l’Etat de protéger tous les défenseurs
des droits de l’Homme comme l’ensemble de ces concitoyens.
Cette obligation à l’égard de toux ceux
qui s’engagent à promouvoir et à défendre
les libertés fondamentales est consacrée par l’article
12(2) de la Déclaration des Nations Unies sur les défenseurs
des droits de l’Homme, adoptée le 9 décembre
1998. |