| Paris,
le 29 octobre 2003
La FIDH publie un rapport d’une mission
internationale d’enquête intitulé «
la torture au Cameroun : une réalité « banale
», une impunité systématique ».
http://www.fidh.org/afriq/rapport/2003/cm370f.pdf
Le rapport dresse un bilan inquiétant
de la situation des droits de l’Homme dans le pays : tout
en démontrant la paranoïa sécuritaire du
régime et ses dérives (p. 8-9) ainsi que les dysfonctionnements
d’une justice trop souvent militaire (p. 7-8), les chargés
de mission ont particulièrement insisté sur la
pratique de la torture au Cameroun.
Ils stigmatisent tout d’abord cette pratique
dans les commissariats de police et gendarmeries après
une arrestation (p.10-12). L’enquête préliminaire
se résume, selon un journaliste camerounais, par la «
quête de l’aveu forcé » lors de gardes
à vue prolongées. Une liste macabre de 45 personnes
décédées depuis janvier 2003, seulement
quelques jours après leur arrivée dans la prison
centrale de Douala, est à cet égard édifiante
(p. 13).
Le rapport souligne ensuite les conditions
déplorables de détention dans les prisons, traitements
inhumains et dégradants : surpopulation carcérale
due notamment au grand nombre de détentions provisoires,
accès payant aux soins, assistance judiciaire déficiente,
etc. « Rien n’est aux normes », aux dires
de certains administrateurs pénitenciers (p.12-17).
Les chargés de mission insistent en
outre sur les arrestations et détentions arbitraires
ainsi que les actes de torture perpétrés sous
les ordres des chefs traditionnels au nom d’une justice
coutumière. Tout-puissants, ceux que l’on nomme
les Lamidos, mettent à terre l’autorité
légitime de l’Etat en matière de justice
avec, paradoxalement, la complicité silencieuse du pouvoir,
vraisemblablement soucieux de conserver une assise électorale.
Les actes de torture demeurent très
largement impunis. Même si les autorités nationales
rappellent qu’une loi de 1997 sanctionne les tortionnaires,
les victimes et leurs familles hésitent à porter
plainte, soit par peur des représailles, soit découragées
par une justice partiale.
La FIDH demande aux autorités compétentes
de procéder immédiatement à des enquêtes
impartiales dans tous les cas de décès suspects
des détenus et d'allégations d'actes de torture
; d’engager des poursuites judiciaires à l'encontre
des auteurs de ces actes ; de procéder à une indemnisation
adéquate des victimes et de leurs familles. Enfin la
FIDH appelle au retrait de toute compétence judiciaire
aux chefferies traditionnelles.
La FIDH a saisi le Comité contre la
torture de l’ONU qui doit examiner ce mois-ci le rapport
du Cameroun lors de sa 31ème session.
Enfin, mandatés par la FIDH et l’OMCT
dans le cadre de leur programme conjoint de l’Observatoire
pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme,
les chargés de mission ont mis en lumière la mise
sous surveillance de la société civile par le
pouvoir en place. Alors que le président de la Commission
nationale des droits de l’homme et des libertés
cherche « à mettre de l’ordre dans les ONG
», les défenseurs des droits de l’Homme,
assimilés à des opposants politiques ou personnes
subversives, sont sans cesse entravés dans leurs activités
: filatures, gardes à vue, vexations, parfois même
menacés de mort.
La FIDH et l’OMCT recommandent au gouvernement
camerounais de se conformer aux dispositions de la Déclaration
sur les défenseurs des droits de l'Homme, adoptée
par l'Assemblée générale des Nations-Unies
le 9 décembre 1998. La FIDH et l’OMCT soulignent
notamment la nécessité, au risque d’une
utilisation fallacieuse, d’abroger immédiatement
la circulaire du Procureur de la République de Maroua
datée du 10 janvier 2003 demandant spécifiquement
d'interpeller et de déférer à son Parquet
tous les membres des associations de défense des droits
de l'Homme, sur simple suspicion d'escroquerie.
Contacts presse :
Madeleine Afité : + 33 - 6 65 59 84 68
Benoît Van der Meerschen : + 32 - 2 210 94 92
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