| Paris, le 4 juin 2003
La Fédération internationale des ligues des droits
de l’Homme (FIDH) exprime sa très vive préoccupation
au regard de la violente répression dont ont été
l’objet Mme Aung San Suu Kyi, dirigeante de la Ligue nationale
pour la démocratie (LND) et Prix Nobel de la Paix, et
les sympathisants de son parti.
Mme Aung San Suu Kyi a été arrêtée
le 30 mai 2003, alors qu’elle se trouvait en tournée
politique dans le nord du pays. Selon des sources concordantes,
son convoi aurait été attaqué par des membres
de l’armée, de la police et de la sécurité
en civil. Cette attaque, visiblement planifiée, se serait
soldée par la mort de 50 à 80 personnes, et la
disparition d’environ 150 personnes, pour la plupart des
sympathisants de la LND ou de simples civils, originaires des
villes de Mandalay, Sagaing et Yenangyaung (nord du pays), dont
on ne sait s’ils ont été exécutés
ou conduits dans des hôpitaux militaires. Un moine bouddhiste
aurait par ailleurs été tué.
Lors de cette attaque, Mme Aung San Suu Kyi a été
frappée à la tête et au bras et U Tin Oo,
vice-président de la LND, aurait été blessé
par balles. Tous deux sont actuellement détenus et auraient
pu être transférés à la prison Insein
de Rangoun. Personne n’a été autorisé
à les rencontrer depuis le début de leur détention,
ce qui, en plus d’être non conforme au droit international,
ne fait qu’augmenter les craintes quant à leur
état.
Les bureaux de la LND sont actuellement fermés, des
membres du parti ont été placés en résidence
surveillée, et toutes les universités ont été
fermées afin de couper court à tout mouvement
de protestation.
La FIDH condamne avec la plus grande vigueur l’arrestation
de Mme Aung San Suu Kyi, qui a déjà passé
plusieurs années en résidence surveillée
en raison de son activité politique et de son engagement
en faveur de la démocratie et de l’Etat de droit
en Birmanie. La FIDH est tout particulièrement préoccupée
par la gravité de l’attaque dont elle a fait l’objet,
visant directement son intégrité physique. Un
degré supplémentaire vient donc d’être
franchi dans la détermination des autorités à
neutraliser cette éminente opposante, en dépit
des exigences et réactions réitérées
de la communauté internationale.
Ces événements, qui s’inscrivent dans la
droite ligne de la répression menée depuis les
émeutes de 1988, viennent confirmer de façon très
claire la politique de la junte birmane visant à museler,
éventuellement par la force, toute forme d’opposition
politique et à empêcher tout libre exercice des
libertés fondamentales universellement reconnues.
La FIDH appelle avec force les autorités birmanes à
garantir l’intégrité physique et psychologique
de Mme Aung San Suu Kyi et des autres membres de son parti arbitrairement
détenus et de procéder à leur libération
immédiate et inconditionnelle. La FIDH demande également
que toute la lumière soit faite sur
les nombreux cas de disparitions qui ont été
recensés, et que les auteurs des graves violations commises
lors de ces événements soient dûment jugés
et punis. Plus généralement, la FIDH demande aux
autorités birmanes de se conformer aux dispositions de
la Déclaration universelle des droits de l’Homme
et des principaux instruments internationaux relatifs aux droits
de l’Homme.
La FIDH appelle en outre le secrétaire général
de l’ONU, M. Kofi Anan, à instaurer une commission
internationale d’enquête chargée de faire
la lumière sur ces événements, et de prendre
toute mesure utile pour prévenir une nouvelle dégradation
de la situation.
La FIDH demande enfin à la communauté internationale
d’exercer toute la pression nécessaire, y compris
économique, sur la junte birmane, afin que puisse être
enfin instauré un Etat de droit en Birmanie et que les
principes démocratique soient respectés.
La FIDH lance un pétition en ligne pour la libération
d’Aung San Suu Kyi et des autres détenus politiques
birmans, et pour la création d’une commission internationale
d’enquête par le Secrétaire général
de l’ONU. |