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La FIDH
souhaite interpeller une nouvelle fois l'Union européenne
pour qu'elle fasse effectivement prévaloir ses principes
et engagements en matière de respect des droits de l'Homme
dans le cadre de ses relations avec la Russie. L'exigence de
démocratie doit en effet s'appliquer aussi à la
Russie. L'Union européenne ne peut accepter que les engagements
souscrits par les autorités russes en matière
de protection des droits de l'Homme et du droit humanitaire
et qui sont censés fonder le partenariat entre l'UE et
la Russie soient systématiquement bafoués. La
cohérence de la politique étrangère de
l'UE exige une fermeté exemplaire à l'égard
d'un Etat - aussi grand et puissant soit-il - qui viole massivement
et en toute impunité les droits les plus élémentaires
de la personne.
En Tchétchénie, la population civile reste la
principale victime d'une guerre qui se traduit par des opérations
de nettoyages systématiquement accompagnées d'actes
de racket, détention arbitraire, torture, viols, disparitions
forcées, exécutions sommaires, etc. Comme le Secrétaire
général du Conseil de l'Europe l'a rappelé
le 5 novembre dernier, " les mesures anti-terroristes doivent
être proportionnées et en totale conformité
avec les règles de l'Etat de droit. Une des principales
tâches des forces de l'Etat est de protéger les
civils innocents ". En aucun cas, la lutte contre le terrorisme
ne peut servir de prétexte à la perpétration
des violations massives en cours en Tchétchénie.
La prise d'otages de Moscou du 23 octobre 2002 que la FIDH a
immédiatement condamnée, a rappelé, de
façon dramatique, que le discours sur la normalisation
en Tchétchénie n'était qu'un leurre destiné
uniquement à satisfaire la communauté internationale.
En outre, les conditions dans lesquelles s'est déroulé
l'assaut final contredisent les obligations internationales
de la Russie et les prescriptions des instruments internationaux,
d'autant plus que les forces de l'ordre impliquées dans
la conduite de l'assaut ont fait état publiquement de
l'exécution de la quasi-totalité des preneurs
d'otages. Ces derniers ont été exécutés
sommairement, alors qu'ils étaient inconscients et ne
représentaient plus un danger pour la vie des otages.
L'utilisation d'un gaz toxique, sans que soit mesuré
au préalable son impact, a causé la mort de près
de 120 otages. De plus, les soins aux personnes asphyxiées
n'ont pu être assurés immédiatement, en
particulier parce que et les médecins n'ont pu obtenir
les informations nécessaires sur la nature du gaz pour
procéder aux traitements adéquats.
Depuis trois ans, Moscou promet une solution politique, mais
n'a assuré aucun retrait de troupes significatif ; de
plus, depuis un décret du 8 octobre 2002 les autorités
civiles en Tchétchénie dépendent du commandement
militaire et des services spéciaux. L'attitude actuelle
de la Russie qui refuse d'ouvrir des négociations politiques
avec les autorités tchétchènes, qui les
réclament depuis trois ans sans condition préalable,
confirme qu'elle ne cherche pas réellement une issue
pacifique au conflit.
La guerre en Tchétchénie se déroule en
toute impunité sans que la Russie soit l'objet de sanctions
de la part des institutions régionales et internationales
dont elle est membre et qui ont dans leur mandat la défense
des droits de l'Homme. Elle s'accompagne aussi d'un durcissement
du régime et d'une nette restriction des libertés
fondamentales en Russie.
Ainsi le 1er août, l'ordre a été donné
par le service de l'immigration du ministère russe de
l'Intérieur de cesser de fournir des produits alimentaires
aux Tchétchènes réfugiés dans le
centre d'accueil de Serebrianiki (175 km au nord de Moscou).
Cette mesure ne constitue qu'un exemple des discriminations
dont sont l'objet au quotidien les personnes d'origine caucasienne
sur l'ensemble du territoire de la Russie (interpellations abusives,
pogroms, discrimination dans l'emploi, dans le domaine de la
santé et de l'éducation
).
Par ailleurs, de façon croissante, des pressions sont
exercées sur les personnes déplacées en
Ingouchie pour les forcer à rentrer en Tchétchénie.
La zone de refuge que constituait jusqu'à présent
l'Ingouchie est menacée. Cet été, le déploiement
militaire à proximité des camps de déplacés
de Sleptovskaya s'est accompagné d'une multiplication
d'arrestations et de disparitions parmi la population tchétchène.
Le 11 juillet, le chef du gouvernement tchétchène
pro-russe a annoncé que, sur ordre de V. Poutine, les
camps en toile des réfugiés en Ingouchie devaient
être " liquidés ". A cette situation
s'ajoutent les déplacements forcés de populations,
qui ont eu lieu cet été, dans le nord de la Tchétchénie,
à la suite de la fermeture de camps de déplacés
à Znamenskoye.
Le 1er novembre, la Douma a adopté de nouvelles mesures
législatives - qui doivent être encore confirmées
par la seconde chambre - renforçant le contrôle
des médias par les autorités en cas d'opérations
anti-terroristes. La presse se voit interdire de publier des
informations ayant trait à la technologie, aux armes,
aux munitions, aux explosifs et susceptibles de perturber le
déroulement d'opérations anti-terroristes. Toute
diffusion de propos relevant " de la propagande ou la justification
d'activités extrémistes y compris des déclarations
de personnes visant à empêcher une opération
antiterroriste, à faire la propagande de l'opposition
à une telle opération ou à justifier cette
opposition " est également interdite. Ces réformes
législatives abrogent de fait le droit de critiquer la
guerre en Tchétchénie, puisque officiellement
il s'agit d'une opération antiterroriste. De nouvelles
directives adoptées le 4 novembre sont venues renforcer
ce dispositif. Elles établissent une véritable
censure de la presse lors de prises d'otages, les journalistes
devant, en de telles circonstances, obligatoirement consulter
les autorités avant toute publication. Ces mesures sont
contraires à l'article 29.5 de la Constitution qui dispose
que "La liberté de l'information de masse est garantie.
La censure est interdite."
La loi sur l'extrémisme politique adoptée en quelques
jours en juin 2002 ne donne aucune définition claire
de "l'extrémisme politique", laissant ainsi
la porte ouverte à de nombreuses interprétations
arbitraires. Malgré cela, une personne peut encourir
jusqu'à 5 ans de prison ferme, pour ce seul motif, ou
même pour un simple "appel à l'extrémisme
politique". En outre, le procureur ou toute autre institution
de justice, peut fermer une organisation, un syndicat ou un
groupe religieux soupçonné d'"extrémisme".
Cette loi constitue une réelle menace pour toute la société
civile russe.
En outre, récemment, les subventions accordées
par des fondations ou organisations étrangères
pour des programmes en matière de défense des
droits de l'Homme, d'éducation
ont été
soumises à un taux d'imposition supérieur à
30% entravant bien évidemment le déroulement de
ces projets associatifs. De plus, alors que l'accès au
territoire de la République de Tchétchénie
est restreint pour les ONG, celles qui toutefois réussissent
à travailler sur le terrain sont victimes d'actes d'intimidation.
Un groupe armé a attaqué les locaux de Memorial
à Grozny le 18 juillet dernier, quelques jours après
que cette organisation a annoncé qu'elle cessait toute
forme de coopération avec les forces fédérales.
Risquant des prises d'otages comme celle d'un collaborateur
de MSF en août 2002, les organisations humanitaires sont
en outre soumises à un harcèlement constant, à
des menaces et à des atteintes physiques aux biens et
aux personnes de la part des forces armées russes.
La loi adoptée cet été par la Douma et
le Conseil de la Fédération sur le service civil
alternatif prévoit la possibilité de transférer,
selon une procédure partiale et des critères particulièrement
flous, les objecteurs des institutions sociales ou médicales
où ils auraient été placés dans
des unités militaires. Cette disposition expose les objecteurs
de conscience à tous types de chantage financier compte
tenu des risques de mauvais traitements qu'ils encourraient
dans le cas d'un tel transfert. En outre, la durée du
service alternatif est de trois ans et demi alors que le service
militaire traditionnel est de deux ans, et enfin les objecteurs
doivent prouver leurs convictions pacifistes devant un comité
militaire dont on peut douter de la neutralité.
Enfin, les traitements dégradants et inhumains sont toujours
récurrents dans les prisons russes comme l'a constaté
la Cour européenne des droits de l'Homme qui a condamné
la Russie le 15 juillet 2002 pour ce motif. Le Comité
de l'ONU contre la Torture, dans ses conclusions en mai 2002,
a également condamné la perpétration généralisée
d'actes de tortures contre les détenus et au sein de
l'armée à l'égard des appelés, actes
restant très largement impunis. Par ailleurs, ni le terme
de torture ni les actes qui lui sont assimilés ne sont
définis en droit russe.
Pourtant, face à cette situation, l'indifférence
de l'Union européenne prévaut. Lors du dernier
sommet entre la Russie et l'UE, en mai 2002, aucune référence
n'a été faite à la situation des droits
de l'Homme ni au conflit en Tchétchénie.
Le sommet du 11 novembre 2002 doit marquer une rupture avec
cette politique dangereuse et à courte vue de l'UE. Elle
doit publiquement et clairement condamner les violations des
droits de l'homme commises en Russie. La position de UE a clairement
montré ses limites et l'UE, à poursuivre dans
cette voie, signerait sa complicité avec la politique
criminelle menée par Moscou. Le sommet sera un test décisif
à cet égard.
L'Union européenne doit exiger des autorités russes
qu'elles entament de réelles négociations avec
les autorités tchétchènes afin qu'une issue
politique et pacifique - la seule possible - soit enfin trouvée.
A cette fin, l'UE doit se poser en médiateur privilégié.
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