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Paris,
le 18 octobre 2002
Depuis son
accession au pouvoir, le Président Joseph KABILA multiplie
les déclarations et engagements publics en faveur de
la promotion et du respect des droits humains fondamentaux.
Cette attitude,
même si elle lui vaut la sympathie et le soutien de certains
dirigeants occidentaux, ne peut cependant être crédible
qu'à la condition expresse que, sur le terrain, une politique
active et effective en matière de défense des
droits humains fondamentaux soit appliquée.
Malheureusement,
les constats qu'ont pu faire les chargés de mission de
la FIDHdurant leur séjour en RDC du 25 septembre au 8
octobre 2002, ainsi que les nombreux témoignages qu'ils
ont pu recueillir, démentent cette volonté pourtant
affichée de respecter et promouvoir les droits humains
fondamentaux en RDC.
Aujourd'hui,
c'est le réquisitoire prononcé par le Procureur
général de la Cour d'Ordre militaire dans le cadre
du procès des assassins présumés du Président
Laurent-Désiré Kabila qui justifie l'intervention
la plus ferme de la FIDH 115 peines de mort ont été
requises à cette occasion !
L'avocat
Sébastien KAYEMBE, président de l'Observatoire
congolais des droits de l'Homme, défend plusieurs des
personnes poursuivies dans le cadre de ce procès. Il
devait tenir ce 16 octobre 2002 une conférence de presse
suite au réquisitoire du Procureur général.
Ce mardi 15 octobre, selon nos informations, il a été
enlevé par des civils en armes et des militaires , et
conduit dans la brousse, où il a été torturé,
puis abandonné (cf. appel urgent RDC 007 / 1002/ OBS
061 de l'Observatoire).
De pareilles
violences et tentatives d'intimidation vis-à-vis de défenseurs
des droits de l'Homme, d'avocats qui effectuent leur travail
sont constitutives de violations flagrantes des engagements
internationaux liant la RDC Ces actes disqualifient totalement
les déclarations d'intention des autorités congolaises
au plus haut niveau.
La FIDH
dénonce avec force ce climat de terreur ainsi que la
suspension du moratoire sur l'application de la peine de mort
en RDC et la parodie de justice qui s'y joue avec l'omniprésence
de cette Cour d'Ordre Militaire, que ce soit dans le cadre de
ce procès ou de bien d'autres procédures.
1) La peine
de mort
La peine
de mort est expressément prévue dans le Code pénal.
Le Code
de Justice militaire n'est pas en reste : on dénombre
pas moins de 30 hypothèses dans lesquelles une condamnation
à mort pourrait être prononcée.
Le 27 janvier
2000 cependant, dans un discours officiel, le Gouvernement congolais
annonçait un moratoire sur l'application de la peine
de mort en RDC.
Le Président
congolais, Joseph KABILA devait par ailleurs confirmer à
plusieurs reprises cette mesure comme, par exemple, le 30 mars
2001 devant la Commission des droits de l'Homme des Nations
Unies.
Lors de
leur séjour en RDC, les chargés de mission de
la FIDH ont appris la levée de ce moratoire. En effet,
le Ministre de la Justice a averti le Haut Commissariat aux
droits de l'Homme des Nations Unies par lettre le 23 septembre
2002 de la levée de ce moratoire.
Par cette
décision, les autorités de RDC se mettent en porte-à-faux
complet avec leurs discours progressistes, pourtant si régulièrement
prononcés sur la scène internationale, jetant
de la sorte un discrédit sérieux sur la réalité
de leurs intentions affichées.
Cette mesure
est d'autant plus inquiétante si l'on considère
l'administration actuelle de la Justice en RDC. Les personnes
qui se verront condamner à cette peine capitale risquent
fort de n'avoir pu bénéficier des règles
normales d'un procès équitable (voir infra).
2) La Cour
d'Ordre militaire (COM) : " la loi est de papier, la baillonette
est d'acier ... "
Corollaire
du discours volontariste des autorités congolaises en
matière de droits de l'Homme, la Justice est remise à
l'avant-plan. Mais, à l'analyse de son fonctionnement,
elle semble surtout être devenue le nouveau bras armé,
fidèle et zélé, du pouvoir en place.
Si les accusations
de " Justice de façade ", " à double
vitesse " restent tristement classiques dans les Etats
où les structures étatiques sont malades , l'attention
des chargés de mission a, durant leur séjour,
principalement été retenue par la militarisation
croissante de la justice en RDC.
Ainsi, à
Kinshasa, la Cour d'Ordre militaire (COM) est devenue en très
peu de temps l'acteur incontournable de la justice congolaise.
Selon des statistiques établies le 19 septembre 2002,
67% des détenus du Centre Pénitentiaire de Rééducation
de Kinshasa l'étaient à la suite d'une intervention
de la COM. Par ailleurs, 60% des personnes détenues sur
intervention de la COM sont en détention !
Créée
par le Décret-loi n°019 du 23 août 1997, elle
ne devait à l'origine être compétente que
pour connaître les infractions commises par des militaires
ou des policiers (article 3 du Décret-loi). On est loin
du compte ... L'article 4 du même Décret-loi indique
en effet que " sa compétence est étendue
à tout individu poursuivi pour des infractions à
main armée portant atteinte aux personnes ou à
leurs biens. "
On peut
supposer que c'est sur la base de cette disposition obscure
que la COM étend de la sorte ses compétences matérielles.
Nous utilisons le mot " supposer " à dessein
car il a été impossible aux chargés de
mission de la FIDH, tout au long de leurs contacts avec les
autorités officielles, d'en apprendre plus sur le fonctionnement
de cette " juridiction " militaire.
Il n'est
pas clair si, théoriquement, cette juridiction dépend
du Ministre de la Justice ou de la défense mais la Mission
a pu constater qu'elle fonctionne en pratique de manière
totalement autonome, et, en conséquence, arbitraire.
Ses décisions ne sont susceptibles d'aucun recours et
son article 5 indique qu'elle appliquera " autant que possible
" les règles de procédure prévues
par le Code de Justice militaire.
A la lumière
de ces éléments, la levée du moratoire
sur l'application effective de la peine de mort prend bien évidemment
un tout autre relief. La personnalité de son Procureur
Général autant que sa procédure font de
cet organe un instrument particulièrement nuisible et
dangereux pour tout Etat de droit.
Pour la
FIDH, comme pour les instances internationales de protection
des normes des droits del'Homme, de pareilles " juridictions
" d'exception restent l'apanage des régimes dictatoriaux.
Puisqu'un
projet de réforme de la Justice militaire serait sur
le point d'être adopté en RDC, ce qui signifie
d'ailleurs que les autorités congolaises reconnaissent
implicitement les lacunes de la procédure actuelle devant
la COM, pourquoi ne pas confier ce procès aux juridictions
congolaises ordinaires ou, à tout le moins, attendre
cette réforme promise au lieu de privilégier de
la sorte une justice qui viole les normes internationales ?
En conclusion
préliminaire, la FIDH recommande aux autorités
de la RDC :
- de réactiver
immédiatement le moratoire sur l'application de la peine
de mort
- de supprimer la Cour d'Ordre Militaire dans les plus brefs
délais, et de ne conserver de juridiction militaire que
pour juger des militaires dans le cadre de leurs activités
au sein des forces armées, à l'exclusion des atteintes
aux droits de l'Homme, qui doivent impérativement relever
de la justice ordinaire.
- de garantir effectivement le droit à un procès
équitable pour les personnes actuellement poursuivies
dans le cadre du procès relatif à l'assassinat
du Président Laurent-Désiré Kabila.
Le rapport
final de la mission internationale d'enquête de la FIDH
sera publié ultérieurement.
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