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À ce jour, 1,5 milliard de personnes n'ont pas accès
à l'eau
potable, et près de 4 milliards manquent de conditions
sanitaires convenables. Selon les estimations de l'OMS, 80 %
des maladies sont transmises par l'eau contaminée. L'eau
potable est pourtant une ressource vitale pour l'être
humain
et le droit à l'eau potable et à l'assainissement
fait partie
intégrante des droits de l'Homme officiellement reconnus.
" (Extraits du rapport)
Paris,
le 3 octobre 2002 - La FIDH publie ce jour un rapport de
mission internationale d'enquête qui établit clairement
les responsabilités dans le drame subi par les enfants
de Tibiri (Niger), empoisonnés durant plus de 15 ans
par l'eau d'un forage creusé en 1983 et mis en service
en 1985. Sa teneur en fluorures (supérieure à
3mg/litre et grimpant parfois à 6,9 mg/litre), largement
supérieure à la norme préconisée
par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) de 1,5
mg/litre, a provoqué chez toute une génération
d'enfants âgés au début de ce siècle
de quinze mois à quinze ans, des handicaps allant de
la décoloration de l'émail dentaire en voie de
minéralisation à, pour près de 500 d'entre
eux, des malformations osseuses d'une extrême gravité.
Le second objectif de la mission était d'évaluer
les conséquences de la privatisation du système
de distribution de l'eau au Niger.
Alertée
en particulier par l'Association Nigérienne de Défense
des Droits de l'Homme, organisation membre de la FIDH au Niger,
la FIDH a décidé de mandater une mission d'enquête
sur la situation des enfants de Tibiri et d'étudier dans
ce cadre la responsabilité de l'Etat nigérien
au regard des obligations internationales qui lui incombent,
notamment au titre du Pacte des Nations unies sur les droits
économiques, sociaux et culturels (PIDESC), en matière
de droit à la santé et de droit d'accès
à l'eau.
Une mission,
composée d'Isabelle Gourmelon et Eric Benhamou, journalistes
(France), s'est rendue au Niger du 18 au 30 août 2002
et révèle la responsabilité de l'Etat nigérien
dans ces événements. Les défauts flagrants
constatés dans les système d'alerte et d'étude,
ont visiblement retardé l'arrêt de l'exploitation
du forage. Il a en effet fallu 13 années d'expertises
et de contre-expertises avant que l'arrêt de la distribution
d'eau soit enfin décidée, et le forage définitivement
condamné. A l'exception de la mission envoyée
par le secrétariat aux Endémies la veille du départ
de la mission de la FIDH (août 2002) pour bâtir
un plan d'action, les pouvoirs publics ont brillé par
leur absence depuis la découverte des premiers cas en
1987.
D'ici 4
ans, 28 des 468 victimes de malformations osseuses graves auront
plus de 15 ans, et 195 entre 11 ans et 15 ans. Pour eux, il
sera trop tard pour l'intervention chirurgicale bénigne
qui leur permettrait néanmoins de retrouver une vie "normale".
La mission
rappelle que le différend qui a opposé les chefs
coutumiers aux autorités durant des années a constitué
une grave entrave à la réussite de toute initiative.
La mission
rappelle que l'Etat nigérien a l'obligation de garantir
le droit à obtenir réparation devant les tribunaux
en cas de violation du droit à la santé ou à
l'eau potable afin que ce type de violation ne reste pas impuni.
L'ANDDH, qui a annoncé officiellement son intention de
porter l'affaire devant les tribunaux, est encore aujourd'hui
dans la phase de constitution du dossier (recueil de témoignages,
avis médicaux
).
La mission
avait également pour but d'évaluer les conséquences
de la privatisation du système nigérien de distribution
de l'eau, qui n'a pas été suffisamment régulé,
ni contrôlé. Elle rappelle à ce titre qu'il
incombe au Niger, au titre du Pacte des Nations unies sur les
droits économiques, sociaux et culturels de garantir
" la disponibilité, l'accessibilité physique
et surtout économique ainsi que la bonne qualité
de l'eau distribuée".
Même
s'il est encore trop tôt pour mesurer avec exactitude
les conséquences du processus de privatisation du système
de distribution de l'eau - imposée par la Banque mondiale
contre une aide de 73 millions de dollars - sur la jouissance
des droits économiques, sociaux et culturels, la mission
a pu relever des faits préoccupants.
Le prix
de l'eau a en effet augmenté de plus de 20%, et le comportement
des fontainiers, est particulièrement pointé du
doigt. En effet, la grande majorité des citadins nigériens
étant démunis, la borne fontaine reste le seul
point d'approvisionnement. Et le gouvernement n'a pas encore
mis en place une gestion communautaire de ces points d'eau,
ce qui est pourtant une exigence de la Banque mondiale. Les
plus pauvres dépendent donc des porteurs d'eau, ils sont
à la merci des spéculateurs.
Une conférence de presse se déroulait ce matin
au Niger pour présenter ce rapport, disponible sur le
site internet de la FIDH ( http://www.fidh.org/afriq/rapport/2002/niger341.pdf
).
Contacts
presse : (33-1) 43 55 25 18
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