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Paris
- Beyrouth, le 14 octobre 2002
- En novembre 2000, la Déclaration de Bamako, adoptée
par les gouvernements de la Francophonie consacrait l'adhésion
de celle-ci aux principes des droits de l'Homme et de la démocratie
et son engagement pour contribuer à la "la promotion
d'une culture démocratique intériorisée
et le plein respect des droits de l'Homme".
Les Etats francophones se sont notamment engagés à
"Ratifier les principaux instruments internationaux et
régionaux relatifs aux droits de l'Homme, honorer et
parfaire les engagements ainsi contractés, s'assurer
de leur pleine mise en oeuvre (
)". (Declaration de
Bamako, art. 21).
La Francophonie se dotait en même temps d'un mécanisme
de surveillance de la situation des droits de l'Homme dans les
pays membres, prévoyant la mise en oeuvre de mesures
concrètes en cas de violations graves ou massives des
droits de l'Homme et/ou de crise ou de rupture de la démocratie.
La Fédération internationale des ligues des droits
de l'Homme s'était félicitée de l'instauration,
longtemps attendue, d'un tel mécanisme, et n'a pas ménagé
ses efforts, pour que celui-ci soit activé. Elle l'a
d'ailleurs saisi à plusieurs reprises. Deux ans plus
tard, force est de constater que, une nouvelle fois en Francophonie,
il y a loin de la parole à l'acte : la Francophonie a
surtout brillé par son absence d'initiative concrète
pour remédier effectivement aux situations de violations
graves des droits de l'Homme.
Pourtant, la situation des droits de l'Homme dans les pays francophones
ne s'est pas améliorée, loin s'en faut. Le sommet
de Beyrouth constitue une ultime chance pour l'Organisation
internationale de la francophonie d'affirmer son rôle
nécessaire aux fins de mise en ouvre des normes universelles
: le sommet doit impérativement prendre des décisions
concrètes concernant les violations graves ou massives
des droits de l'Homme et/ou de rupture ou de menace de rupture
de la démocratie en cours en Côte d'Ivoire ou dans
la région des grands lacs ; et des positions fermes concernant
le Proche-Orient et l'Irak.
Et concernant le Liban, si la FIDH se félicite qu'un
tel sommet puisse se tenir pour la première fois dans
un pays arabe, elle en attend néanmoins davantage que
de seulement servir de caution à des autorités
qui ne sont pas exemptes de reproches au regard de leurs mesures
et pratiques dans le domaine des droits de l'Homme.
La FIDH
est particulièrement préoccupée par :
- Le sécuritarisme et l'autoritarisme croissants
au Liban, lourdes menaces pour les libertés civiles et
politiques. L'affaire de la fermeture de la chaîne de
télévision MTV en est une triste illustration,
déjà condamnée par la FIDH ;
- Les dossiers des disparus qui reste au point mort ;
- Les discriminations systématiques, dont continuent
d'être victimes les
réfugiés palestiniens au Liban ;
- Le sort tragique réservé aux demandeurs d'asile
non-palestiniens.
En outre, la FIDH appelle la Francophonie à s'engager
notamment pour la lutte contre l'impunité, la protection
des défenseurs des droits de l'Homme, et ce, dans un
contexte international de lutte anti-terroriste engendrant des
atteintes aux droits de l'Homme.
Soutenir
la Cour pénale internationale : un défi pour la
francophonie.
Les Etats de la francophonie se sont engagés à
"Adopter en particulier, afin de lutter contre l'impunité,
toutes les mesures permettant de poursuivre et santionner les
auteurs de violations graves des droits de l'Homme, telles que
prévues par plusieurs instruments juridiques internationaux
et régionaux, dont le Statut de Rome portant création
d'une Cour pénale internationale ; appeler à sa
ratification rapide par le plus grand nombre ;" (Declaration
de Bamako, art. 22).
A ce jour 19 Etats seulement des 52 Etats membres de la Francophonie
(55 Etats et gouvernements) ont ratifié le Statut de
la CPI.
En outre deux Etats membres de la Francophonie, la Mauritanie
et la Roumanie ont d'ores et déjà signé
un accord bilatéral d'impunité avec les Etats-unis.
Ces accords, conclus dans le sens de l'interprétation
américaine de l'article 98, conduiraient à un
résultat absurde et déraisonnable en permettant
à des Etats non parties de violer le principe fondamental
du Statut de Rome selon lequel quiconque - quelle que soit sa
nationalité - commet un crime de génocide, des
crimes contre l'humanité ou des crimes de guerre sur
le territoire d'un Etat partie, doit pouvoir ressortir de la
compétence de la Cour.
La FIDH
appelle :
- Les Etats de la Francophonie qui ne l'ont pas encore
fait, à s'engager dans le processus de ratification du
Statut de Rome et à prendre toutes les mesures nécessaires
pour harmoniser leurs législations internes avec celui-ci.
- Les Etats francohones qui ont succombé aux pressions
américaines, à dénoncer les accords bilatéraux
récemment négociés.
- Les Etats francophones qui ont su, jusqu'à ce jour,
résister aux démarches américaines, à
ne pas céder aux pressions et aux intimidations en répondant
collectivement dans le cadre des organisations régionales
en vue de faire front commun contre une CPI à deux vitesses.
La FIDH souligne à cet égard la responsabilité
de l'OIF à l'occasion du sommet de Beyrouth, d'affirmer
avec
les Etats ayant ratifié le Statut de Rome à procéder
à l'élection des juges en toute transparence et
en concertation avec les composantes concernées de la
société civile.
Protéger
les défenseurs des droits de l'Homme en francophonie.
Les défenseurs des droits de l'Homme, parce qu'ils
sont un pilier essentiels de la promotion et du respect des
droits de l'Homme universels et indivisibles et à ce
titre en première ligne de la répression doivent
bénéficier d'une protection particulière.
Les Etats membres de la Francophonie se sont engagés,
dans la Déclaration de Bamako (art. 17) à "
reconnaître la place et faciliter l'implication constante
de la société civile, y compris les ONG, les médias,
les autorités morales traditionnelles, pour leur permettre
d'exercer, dans l'intérêt collectif, leur rôle
d'acteurs d'une vie politique équilibrée ".
Le programme d'action prévoit en outre d'"apporter
le soutien de la francophonie aux défenseurs des droits
de l'Homme, en s'appuyant notamment sur les structures et instruments
spécialisés " (IV. 3).
La FIDH demande aux Etats francophones de tout mettre en ouvre
pour garcoantir la liberté d'association et la liberté
d'action des défenseurs des droits de l'Homme. En particulier
la FIDH, de ncert avec l'OMCT, préconise l'instauration,
dans le cadre du chapitre V de la Déclaration de Bamako,
d'un mécanisme spécifique de garantie de la liberté
d'action des défenseurs des droits de l'Homme, cordonnée
avec le mécanisme instauré par l'ONU dans ce domaine
depuis avril 2000.
Anti-terrorisme
et droits de l'Homme.
Dans le contexte post-11 septembre, la FIDH demande à
la Francophonie d'être particulièrement vigilante
quant aux dérives de la lutte anti-terroriste, qui, telle
qu'elle est menée actuellement, s'affranchit d'un certain
nombre de dispositions internationales de protection des droits
de l'Homme. Or, la lutte contre le terrorisme doit impérativement
s'inscrire dans le cadre des droits de l'Homme, universellement
reconnus.
Aussi, la FIDH recommande à la francophonie d'instaurer,
dans le cadre du chapitre V de la Déclaration de Bamako,
un mécanisme de surveillance spécifique de la
conformité des mesures anti-terroristes, adoptées
par les Etats de la francophonie, y compris les conventions
régionales contractées, avec leurs engagements
internationaux de défense des droits de l'Homme.
Concernant enfin le rôle et la place des ONG en Francophonie,
la FIDH déplore l'inconsistance du "partenariat
rénové" avec les ONG, qui aboutit en l'occurrence
à ce qu'aucune ONG indépendante de défense
des droits de l'Homme n'ait été invitée
à participer au sommet de Beyrouth, même pas celles
qui, à l'instar de la FIDH, se sont vues doter par la
Francophonie d'un "statut consultatif".
Une fois encore, la FIDH appelle avec force le sommet à
passer enfin de la parole à l'acte.
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