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Paris,
le 18 Septembre 2002
Objet:
Visite officielle de M. le Président de la République
du Congo Brazzaville
Monsieur
le Président,
La Fédération
internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH) et la
Ligue française des droits de l'Homme et du Citoyen (LDH)
entendent exprimer leurs très vives préoccupations
concernant la visite en France et les conditions dans lesquelles
celle-ci se déroule, d'une délégation des
plus hautes autorités de la République du Congo
Brazzaville conduite par son Président, M. Sassou Nguesso.
En effet,
des plaintes ont été déposées depuis
le mois de décembre 2001 par des rescapés des
massacres de 1999 au " Beach " de Brazzaville, lesquels
se sont constitués parties civiles, de même que
la FIDH et ses affiliées française et congolaise
en coopération avec le Collectif des Parents des Disparus
du Beach, la Fédération des Congolais de la Diaspora
et Survie.
Une instruction,
confiée à deux juges du Tribunal de Grande Instance
de Meaux, est en cours.
La FIDH
et la LDH tiennent à rappeler qu'en l'espèce les
juridictions françaises sont compétentes pour
connaître notamment des crimes de torture, quelle que
soit la nationalité de leur auteur et le lieu d'accomplissement
des crimes, en vertu de l'article 689.2 du code de procédure
pénale, à condition que la personne présumée
auteur du crime soit trouvée sur le territoire français
au moment du dépôt de la plainte.
Tel était
le cas du Général Norbert Dabira, localisé
en France ; tel sera le cas du Président de la République
du Congo Brazzaville à compter de son arrivée
en visite officielle sur le territoire français, ainsi
probablement que d'autres responsables congolais visés
par la plainte et susceptibles de faire partie de la délégation
à l'occasion de cette visite.
La FIDH
et la LDH s'étonnent d'autant plus de l'accueil que vous
réservez à cette délégation, que
certains membres de celle-ci ont récemment justifié
de leur soustraction à la justice française au
motif fallacieux de son incompétence et multiplié
les manuvres dilatoires aux fins de faire obstacle au
déroulement de la procédure judiciaire en France.
En effet,
il faut rappeler que les autorités congolaises, après
trois ans d'inertie sur les dits évènements des
" Disparus du Beach " ont récemment enjoint
l'Inspecteur général des armées M. Norbert
Dabira de ne pas répondre à la seconde convocation
des juges d'instruction français. Elles ont, pour justifier
cette mesure, argué de l'ouverture d'une procédure
judiciaire au Congo Brazzaville dans ledit dossier, dont on
ne peut manquer de souligner le caractère de pure opportunité
à des fins évidentes de diversion, et annoncé
une saisine de " la Cour internationale de la Haye pour
engager une procédure de dessaisissement du Tribunal
de grande Instance de Meaux ".
La contre-offensive
engagée en réaction à l'instruction en
cours en France ne peut tromper personne. Elle ne vise, en réalité,
qu'à garantir aux auteurs des très graves crimes
perpétrés en 1999 l'impunité dont ils avaient
depuis lors bénéficié.
Dans ces
conditions, la FIDH et la LDH, aux côtés des victimes
rescapées, ne peuvent qu'exprimer leur stupéfaction
et leur indignation de voir accueillir - avec les plus grands
honneurs - des personnalités dont la justice française
dans son indépendance et sa sérénité,
est en train de déterminer, s'ils sont, comme nous l'alléguons,
les auteurs des crimes les plus graves.
Nous ne
vous cachons pas en outre notre surprise en apprenant, sauf
démenti officiel, qu'actuellement certaines autorités
publiques françaises et en particulier la Chancellerie
travaillent conjointement sur cette plainte avec leurs homologues
congolais.
La FIDH
et la LDH sont enfin particulièrement préoccupées
par la forte portée symbolique d'un tel accueil de ces
visiteurs, qui ne manque pas de démontrer la prédominance
manifeste des considérations politiques sur l'administration
de la justice pourtant garante des libertés et des droits
de l'homme dont la France se prévaut sur la scène
internationale.
En vous
remerciant de l'attention que vous porterez à la présente
correspondance, nous vous prions d'agréer, Monsieur le
Président, l'assurance de notre plus haute considération.
| Sidiki
Kaba |
Michel
Tubiana
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| Président
de la FIDH |
Président
de la Ligue des droits de l'Homme
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