|
11 décembre
2002
Alors que
la catastrophe du Prestige fait la une des médias, la
Fédération Internationale des Ligues des Droits
de l'Homme (FIDH) rend public un rapport intitulé Où
finissent les bateaux poubelles ?
LES DROITS DES TRAVAILLEURS DANS LES CHANTIERS
DE DÉMOLITION DE NAVIRES EN ASIE DU SUD
La situation à Chittagong (Bangladesh)
et à Alang (Inde)
Le démantèlement
de navires est l'exemple même du potentiel et des dangers
d'une économie de plus en plus mondialisée.
Les entreprises du Nord, en délocalisant leurs activités
(et, en tant que producteurs de déchets, leurs matières
dangereuses) vers les pays en développement à
bas salaires, créent des milliers d'emplois et contribuent
à la croissance économique de régions en
manque d'investissements dans le secteur privé.
Dans le
même temps cette délocalisation expose les travailleurs
dans les pays en développement à des dangers qui
seraient inacceptables dans les pays industrialisés,
avec des normes en matière de droits des travailleurs
nettement en deçà des normes internationales.
Les ouvriers
de ces chantiers de démolition se trouvent en fait en
bout de chaîne dans le système complexe et mal
régulé du transport maritime international, et
dont ils sont les grands perdants.
Ce rapport
est le fruit de quatre missions d'enquête menées
sur des chantiers de démolition des navires à
Chittagong (Bangladesh) et Alang (Inde). Les chantiers asiatiques
de démolition des navires ont pris de l'ampleur dans
les années 1980. Ils couvrent actuellement 95% du marché
de démantèlement naval. Parmi eux, le chantier
d'Alang, en Inde, est le plus gros site de démolition
du monde.
Les enquêtes
menées mettent en évidence de graves violations
des droits de l'Homme.
Ces violations
concernent les conditions de travail, et en particulier des
graves violations des libertés d'association (création
de syndicats) et de négociation collective, des salaires
en-dessous du minimum légal, et dont le montant varie
en fonction du bon vouloir de l'employeur, des horaires de travail
largement supérieurs au maximum légal, l'absence
de jours de repos payés ou de congés payés
annuels, des logements insalubres,
Ces graves
violations sont d'autant plus révoltantes que le démantèlement
des navires comporte des risques extrêmement graves pour
la santé et la sécurité des travailleurs
: les ouvriers sont exposés, à peu près
sans protection, à des matériaux toxiques et les
accidents sont légion
"Vous connaissez les mouchoirs jetables ? Eh bien, nous
sommes des travailleurs jetables. C'est pareil. Vous vous en
débarrassez une fois que vous vous en êtes servi,
et c'est tellement bon marché que vous pouvez en utiliser
autant que vous voulez", dit un ouvrier.
"Quiconque
prend l'initiative de quoi que ce soit, même s'il ne s'agit
que d'une petite augmentation de salaire, est renvoyé
sur le champ. Dans ces conditions, comment voulez-vous que l'on
démarre quelque chose de l'ampleur d'un syndicat ?",
explique un autre
"Il
y a deux mois environ, le maître a pris ma fiche de présence
la veille du jour où je devais être payé.
Ils me devaient 2 600 Rs. Ensuite le propriétaire a dit
qu'ils avaient perdu la fiche, et que tout ce qu'il voulait
bien me payer, c'était 2 200 Rs. Je ne pouvais rien faire.
J'ai donc dû accepter les 2 200 Rs. J'ai été
trompé".
Un ouvrier
raconte l'histoire d'un collègue qui avait perdu une
jambe à la suite de la chute d'une plaque d'acier. "Nous
sommes allés voir le propriétaire pour demander
une compensation pour ce collègue, qui ne pouvait plus
travailler. Le propriétaire a dit non, et a menacé
de nous renvoyer si jamais nous demandions quelque chose de
nouveau. Nous avons donc réuni de l'argent parmi nous".
Dans ce
rapport, la FIDH adresse des recommandations aux autorités
indiennes et bangladaises, au Gujarat Maritime Board (l'autorité
publique en charge de tous les ports du Gujarat) et aux propriétaires
de chantiers.
La FIDH
adresse également des recommandations à la communauté
internationale, et en particulier aux pays occidentaux dont
proviennent bien souvent les navires qui finissent leur vie
dans les cimetières de bateaux d'Asie du Sud.
La FIDH
les appelle notamment à prévoir un dialogue multipartite
entre l'OMI, l'UNEP et l'OIT ainsi que le Comité sur
le transport maritime de l'OCDE, afin de réfléchir
à l'élaboration d'un texte international contraignant
réglementant la démolition et le recyclage des
navires, et notamment :
-les conditions
de sécurité et les normes sociales et environnementales,
-l'établissement des responsabilités respectives
des différents acteurs intervenant dans le processus,
du constructeur au propriétaire des chantiers de démolition,
-l'établissement d'une obligation de retrait de la circulation
des navires ayant dépassé un certain âge,
prévoyant des mécanismes de contrôle contraignants,
OMI : Organisation maritime internationale
UNEP : Programme des Nations unies pour l'environnement
OIT : Organisation internationale du travail
OCDE : Organisation pour la coopération et le développement
économique
Contacts
presse : Gil : Bureau : 01 40 31 53 29 / Domicile : 01 40 31
72 27
Ce rapport
est dores et déjà disponible sur le site internet
de la FIDH, à l'adresse suivante(adresse rendue publique
le mercredi 11 décembre seulement) :
Où
finissent les bateaux poubelles ?
LES DROITS DES TRAVAILLEURS DANS LES CHANTIERS
DE DÉMOLITION DE NAVIRES EN ASIE DU SUD
La situation à Chittagong (Bangladesh)
et à Alang (Inde)
La version
anglaise de ce rapport sera publiée dans le courant de
la semaine prochaine
|